Anecdotes
A savoir :
Ces anecdotes et réflexions proviennent d’interviews, mais pour la plupart, de dialogues intervenus sur le Forum de l’Afideo, et reflètent les aspects du handicap qu’est la surdité.
Comme la plupart des sourds oralistes ont eu un vécu commun, il peut arriver que quelques témoignages-clé aient été synthétisés en un seul, et ce, afin d’éviter les redondances. Ce qui explique que certains témoignages ont été légèrement remaniés, autant sur le fond que sur la forme, par rapport à ce qui a été dit dans le forum, dans un souci de meilleure compréhension des faits par le lecteur que vous êtes aujourd’hui.
Respectez, vivez, humez ce vécu de l’intérieur, et vous aurez un aperçu de ce qu’est évoluer à vie dans le monde du silence.
Vous découvrirez ainsi qu’il n’est pas si silencieux, par exemple… Ou que si la surdité peut être vue comme un handicap dans certains aspects de la vie de tous les jours, elle peut aussi être un facteur d’enrichissement sur le plan humain.
Pourquoi un sourd ne ressemble pas à un autre ? Ces anecdotes montrent bien que chacun a une histoire différente, inhérente à des facteurs comme la famille, le mode de communication utilisé, l’influence des frères et soeurs, l’éducation scolaire, la rééducation orthophonique, l’intégration dans la société en général.
Vous trouverez bien sûr des anecdotes un peu moins drôles, qui relatent ce que peuvent ressentir des sourds face à l’incompréhension et au rejet par les entendants.
Voilà pourquoi nous pensons que l’AFIDEO a un rôle à jouer : pour faire évoluer les mentalités, car ne l’oublions jamais, les sourds, même avec un sens en moins, sont des êtres humains à part entière.
Bonne lecture !
Apprendre la surdité de l’enfant, et les suites…
« Mes parents sont entendants, j’ai eu une méningite, ma surdité n’est pas génétique.
Lorsque mes parents ont appris ma surdité, les médecins leur ont dit : « Votre fils ne parlera jamais, il est sourd profond »…
Sympas les toubibs, très optimistes et humains !
Ma mère est Allemande d’origine, elle vit en France depuis qu’elle a 25 ans, elle sait bien ce que c’est que d’apprendre la langue française…
Mon père est Français, professeur d’allemand, amoureux des livres et de la langue française.
Avec de tels parents… Le choix était clair : ils voulaient que je parle, que je puisse communiquer avec eux dans leur langue, le français.
Cela allait de soit, ils ont une conception de l’éducation basée sur le français et surtout j’étais entendant, je savais parler l’allemand et le français. Ma maladie n’a pas touché mes capacités intellectuelles ou ma faculté de communiquer en français. J’étais seulement sourd et au fond, être sourd c’est seulement être privé d’ouïe et donc être privé du pouvoir de comprendre ce qu’on nous dit…
Rien de plus, pour eux.
La surdité ne signifait donc pas la LSF, bien au contraire, c’était un véritable défi pour eux.
Ils ont donc choisi l’oral.
Ah ! Le médecin ! Il me fait rire… s’il savait à l’époque que j’allais être prof pour sourds, que j’allais faire des études universitaires !
L’histoire de mes parents est aussi une croyance sur les possibilités d’un être humain, on peut toujours progresser, il faut y croire.
Mes parents se sont renseignés eux mêmes. Ils ont lu des bouquins de linguistique, ils ont réfléchi sur la LSF. Les toubibs ainsi que l’orthophoniste de l’hôpital manquaient vraiment d’ouverture d’esprit et de connaissances sur le problème qu’est la surdité. Ils ont beau avoir le titre de spécialistes de la surdité, ce qui fait justement qu’ils sont souvent incapables d’en savoir plus, ils se contentent de ce qu’ils savent et donnent des conclusions toutes faites… Ils ne laissent pas souvent la porte ouverte aux possibilités…
Mes parents l’ont très vite senti. Ils sont mêmes allés en Allemagne, à Hambourg, parce qu’il y a une une très bonne école oraliste réputée dans toute l’Allemagne. Ils ont failli déménager à Hambourg pour que je puisse oraliser, en allemand bien sûr.
Mais un jour, ils ont rencontré des parents dans une association de parents d’enfants sourds (L’URAPEDA : super association !! Beaucoup plus informée et ouverte que le milieu médical). Ces parents avaient un enfant polyhandicapé, sourd aussi, et avaient appris le LCC (Langage Complétée Cornett, ancien nom de la Langue française Parlée Complétée). Puis, ils sont allés à l’ALPC, se sont inscrit à un stage. Et voilà comment a commencé la « grande » histoire avec le LPC..
Et en tant que prof, je dis toujours aux parents : Croyez y ! Il faut y croire ! Il faut aller à fond dans l’oral !
Mais toujours avec humanité et amour, bien sûr. »
(MAX)
« Je viens d’une famille d’entendants, ma surdité est survenue lors de la grossesse de ma mère, et bien sûr le diagnostic de surdité a été vraiment la dernière chose à laquelle s’attendaient mes parents, qui ont ensuite dû, comme tous les autres parents d’enfants sourds, se battre contre vents et marées pour avoir un maximum d’informations sur le sujet auprès du corps médical et paramédical, afin de prendre les décisions qui leur semblaient les plus objectives et factrices d’intégration dans la société.
Ce que je constate, de plus en plus, ce sont les questions inquiètes des parents face aux possibilités d’avenir de leur enfant sourd. Or, à mon sens, il est primordial – avant même le choix du mode de communication, de la scolarisation et du suivi orthophonique – que la manière dont l’enfant, puis plus tard l’adolescent, façonnera sa personnalité, se fasse en fonction du REGARD que ses parents, et par extension, son entourage, porteront sur lui. Un regard TOUJOURS déculpabilisant, positif, encourageant – mais sans être toutefois dénué de réalisme – permet de relativiser l’idée et le fait d’être définitivement handicapé. Et de devoir vivre avec jusqu’à sa mort.
Pour ma part, je sais que je suis irrécupérablement sourde profonde, je ne me voile pas la face à ce sujet, je sais quels sont les problèmes qui en découlent, je sais que je vais devoir composer avec toute ma vie, mais aussi, que je n’ai pas à avoir honte d’être handicapée. Je n’ai pas à en être fière non plus (c’est pourtant parfois une idée véhiculée par l’entourage « politiquement correct » de la personne handicapée), en revanche, je peux être par exemple fière de la personnalité positive que j’ai forgée au fur et à mesure des années, et qui me permet de faire sereinement face à tout ce qui peut m’arriver dans la vie en tant qu’être humain.
Apprendre aussi à poser par-ci par-là une touche d’humour est toujours un plus ! »
(ANONYME)
« Dans la série parents…
Un de nos enfants est sourd profond de naissance.
Nous avons rencontré des oralistes, lpcistes et lsfistes. Je précise enfants ET adultes.
Nous avons écouté les âneries du corps médical, au choix : « pour 100 000 FF il va parler », ou au contraire « arf…c’est pas de chance il ne parlera jamais ».
Aucun médecin (qui d’ailleurs ne croyait pas qu’il était sourd…) ne nous a parlé des différentes techniques de communications (Hôpital Debré…).
Seul l’orthophoniste là bas nous a fortement soutenu dans notre démarche, et nous met maintenant en contact avec d’autres parents.
Nous avons pleuré… cinq minutes, mais de rage face à la connerie des toubibs de l’hôpital de St germain en Laye, incapables de nous dire : « votre enfant est sourd », surtout que le pédiatre nous avait déjà dit « mais nous il n’est pas sourd, voyez il tourne la tête quand j’agite mes clés… »
Coté famille, gros resserrement : mes parents, les parrains, marraines, amis, baby sitters, frères et soeur prennent tous des cours de Langue des Signes, tout en continuant en commun le travail d’orthophonie : musculation des lèvres, de la langue, articulation, essais de sons, etc…
Les copains plus éloignés du cercle ont tous appris les signes essentiels à la vie de tous les jours du petit bonhomme, qui lui de toute façon, si, il voit qu’en signe ça ne passe pas, se met en mime et montre, pour expliquer ses souhaits.
Comme il faisait énormément de colères, liées à une non-communication, nous avons immédiatement opté pour la LSF, tout en stimulant fortement l’oral (nous avions décidé déjà qu’il serait en projet bilingue et en intégration de groupe). Il n’y a donc pas de choix entre l’un et l’autre, c’est l’un + l’autre !
Aujourd’hui il signe tout a fait normalement, explique ses soucis, ses joies, sa journée, ses angoisses, etc… Il arrive à prononcer quelques mots dans la joie, est très demandeur d’oral.
Nous n’avons donc pas encore choisi, avec l’équipe pédagogique le moyen technique pour développer ce point (l’équipe est ouverte à toute les méthodes, pourvu que l’enfant soit heureux).
Enfin, en ce qui concerne les renseignements, ce sont les sourds eux-mêmes qui nous ont aiguillés. Jamais les organismes gouvernementaux. »
(CYRILLE)
« Je suis parent entendant d’une petite fille sourde, Loan, qui va sur ses 2 ans.
Mon but pour elle, c’est que malgré sa surdité, elle puisse plus tard se débrouiller toute seule comme une grande dans la vie courante.
C’est pour cela qu’on a choisi l’oralisme, sur les conseils de médecins et de notre super audioprothésiste.
Peu après, on nous a conseillé le LPC, on a donc pris des cours. On essaye tant bien que mal de coder à Loan.
Elle commence à accrocher puisqu’elle essaye de nous coder en retour.
Voilà le point de vue d’un papa entendant ».
(JULIEN)
« Mes parents sont entendants, et c’est une dame de la crèche qui a une fille sourde qui a émis la possibilité de ma surdité à mes parents, j’avais un an. Mes parents sont allés voir x ORL jusqu’à ce qu’ils trouvent un bon ORL qui a su leur expliquer comme il faut la surdité et qui les a convaincus que j’étais bel et bien sourde. Ce docteur ORL leur a conseillé de me mettre au CEOP (Centre Expérimental Orthophonique et Pédagogique) et mes parents ont suivi les conseils du CEOP qui est une école à dominante oraliste. LPC, mais ils ont aussi apris la LSF.
Mes parents, donc, se sont fiés à l’xième médecin ORL qui a su leur expliquer et bien les conseiller. Heureusement ! »
(CAMILA)
« Pour l’abattement c’est sûr ! Ma tante avait pleuré comme une madeleine pendant plusieurs jours quand ils lui ont dit que mon p’tit cousin était sourd… Surtout qu’en plus y a les réactions de l’entourage !
Je sais pas trop comment ça s’est passé pour mes parents, mais par rapport à la famille je crois qu’ils ont été un peu ’mis à l’écart’. Je suis pas sûre…
Et ma tante, une de ses amies – enfin, elle croyait – lui a dit « moi si j’avais eu une soeur qui avait eu deux enfants sourds, je n’aurai pas fait d’enfant ! » Alors que dans la famille ils sont 5 enfants, et chacun a 2 enfants, y a que ma mère qui a tiré le ’mauvais lot’…
Les gens ne pensent pas à ce qu’ils disent et c’est ca le plus dur pour les parents. »
(MEYA)
« La réaction de l’entourage… Pour moi ils ont tous été formidables. Ils ont tous soutenu ma mère, l’ont encouragée… Mon père, en sachant que j’étais sourd a pleuré, et c’est sa belle-mère qui l’a consolé (une bonne occasion de briser le stéréotype de la belle-doche horrible !). Après… La vie a repris le dessus, ils se sont habitués à avoir un enfant sourd et ont tous articulé – mais pas trop ! -, sauf quelques incorrigibles que je ne vois d’ailleurs presque jamais. »
(CIVILI)
« Je suis maman de deux enfants sourds.
Je ne vais pas revenir sur le corps médical (on a tous le même vécu avec des ORL ineptes) ni sur le traumatisme de l’annonce de la surdité que nous avons – comme Cyrille – surmonté assez vite. D’autres parents ne s’en remettent jamais….
Je remarque que les jeunes disent « mes parents voulaient que je parle donc ils ont choisi l’oralisme et le LPC »… Et là…. je ne suis pas tout à fait d’accord sur ce postulat….
Moi aussi j’aimerais bien que mes enfants parlent car :
- nous sommes une famille entendante (aucun sourd à l’horizon même quand on remonte six générations et jusqu’à l’ultra cousine issue de germain)
- parler, lire et écrire est quand même une chose fondamentale pour gagner son autonomie de nos jours. Si on ne parle pas on y arrive aussi mais c’est un peu plus compliqué et ça restreint les choix de vie.
Cependant, je ne suis pas sûre que mes enfants vont arriver à oraliser et je n’ai pas envie de leur pourrir la vie avec une overdose d’orthophonie ou même une communication orale qui va leur demander plein d’effort de concentration. Et c’est pourquoi j’ai choisi d’abord la LSF et je m’en réjouis. Grace à la LSF mes enfants ont pu, dès l’âge d’un an, comprendre ce que je leur demandais, répondre à mes questions, exprimer leurs besoins, commenter leur environnement, raconter leur journée, négocier etc… ce que des petits oralistes ne peuvent pas faire (quand ils sont très jeunes j’entends car même s’ils décodent leurs parents, ils n’ont pas les moyens de leur répondre).
La LSF permet de structurer la pensée des bébés, donner un sens à ce qui les entoure, se sentir en confiance et communiquer sans faire d’effort.
Une fois cela mis en place, je passe à l’oral avec la grosse artillerie : Borel Maisonny et LPC…. Pour le moment, ça marche assez bien. Je pense que mes enfants resteront LSFistes même s’ils entrent bien dans l’oral parce que la LSF c’est leur première langue (et que franchement, on se régale……)
Donc pour faire court, j’ai la même méthode que Cyrille : bilinguisme !!
Enfin, sur l’information des parents : les professionnels ne nous ont parlé que de LPC et d’implant. J’ai fait toute seule la démarche vers la LSF et la rencontre de sourds signeurs.
C’est pas juste ! Il y a encore trop de partialité de la part des professionnels. »
(ANONYME)
« Le LPC est une innovation majeure dans l’histoire des sourds, car le LPC marie le confort de la communication offert par la main et la rigueur de l’oralisation par la lecture labiale.
Avec le LPC, on peut faire de l’oralisme pur mais pas « dur ». Je pense qu’on peut faire encore beaucoup avec le LPC, que nous sommes à la préhistoire du LPC.
Cependant, j’ai aujourd’hui une grande maîtrise de la LSF, je me sens très à l’aise, je signe de plus en plus fluidement, c’est agréable. Je ne déteste pas la LSF, je trouve, de tout mon coeur, que c’est une très belle langue, très riche. J’en suis même fasciné et je suis obsédé pour perfectionner ma langue des signes.
MAIS ! Je ne crois pas tellement que la LSF soit la meilleure solution pour élever un enfant aussi bien à l’école que dans la famille. Je crois vraiment au LPC et à ses apports.
C’est mon point de vue et mon choix, il ne faut pas chercher à comprendre. Pour comprendre ce choix, il faudra apprendre à coder aussi bien que les LPCistes, à fréquenter la communauté sourde LPCiste.
J’ai fréquenté pendant 10 ans la communauté sourd LSF, et j’apprends depuis la LSF. Aujourd’hui, depuis peu, je les comprends, je comprends la notion de la culture sourde et désormais je ne cherche plus du tout à me mettre en conflit avec eux pour savoir ce qui est le mieux ! Je les laisse en paix. Chacun à ses croyances ! Qu’on les respecte !
En outre, c’est un peu la même chose avec les méthodes orthophonique : on y croit ou on n’y croit pas. C’est fort malheureux quelque part parce qu’un sourd peut avoir dans sa vie plusieurs professionnels et donc plusieurs méthodes. Cela prête à confusion et c’est très dangereux.
Il faut que chacun exprime clairement ce qu’il veut de l’enfant sourd, veut-il qu’il fasse de la LSF ? Veut-il qu’il fasse de l’oralisme avec ou sans le LPC ?
Qu’il le fasse, mais à fond et bien ! Objectivement ! »
(MAX)
Lettre de Max à Asia, maman d’une petite fille sourde sévère de 20 mois :
« Bonjour Asia,
Je suis avant tout désolé pour la surdité de votre fille. Cela ne doit pas être facile à accepter.
Mais je voudrais vous dire qu’il faut avant tout considérer votre fille comme une fille normale, comme si elle était entendante.
Vous pouvez l’éduquer comme vous le feriez avec un enfant entandant, avec amour mais aussi avec exigence. Vous pouvez lui transmettre vos traditions et vos valeurs, votre envie de vivre.
C’est la première chose avant tout.
Ensuite, bien sûr, votre petite fille a une surdité, moyenne, il faut donc s’adapter à sa particularité.
Il est clair qu’il ne faut pas négliger le travail auditif, lui chanter à l’oreille des chansons, surtout si elle aime ça ! Je vous encourage très vivement à le faire. Je n’ai jamais connu ce plaisir, je suis sourd profond, je ne reconnais même pas la voix de ma mère, mais si votre fille apprécie cela, c’est à poursuivre !
Il faut éduquer son oreille parce qu’elle est déficiente, donc c’est à travailler, comme une jambe qui n’est pas forte, il faut la travailler pour la rendre plus forte.
Et si possible trouver des jeux auditifs, l’amuser avec des bruits, lui proposer de la musique… etc..
Enfin, pour l’acquisition du langage, je vous conseille vivement, à titre personnel mais aussi d’un point de vue d’un professionnel (je suis professeur pour jeunes sourds), de s’investir dans le français parlé.
Au début, peut être que votre fille aura du mal à vous comprendre, mais si vraiment c’est le cas, je ne peux que vous conseiller de lui coder (doucement, si possible en rajoutant de l’expressivité, des sourires, des rires, jouer avec la main qui code autour du visage…), en associant les phrases à chaque action, comme « Tiens le verre », ou même coder des babillages.. Je ne sais pas, cela dépendra de l’évolution de votre fille. Cependant, votre fille étant sourde moyenne, il ne faut pas lui coder tout le temps, il faut qu’elle travaille son écoute et sa lecture labiale. Le code ne peut que l’aider à améliorer sa lecture labiale et son niveau de français en enrichissant son vocabulaire. Toujours coder des phrases simples et bien significatifs, bien rattachées au contexte (un autre exemple : « Tu es fatiguée ? Tu veux dormir ? »…
Ne vous posez pas trop de questions sur des interrogations éventuelles que votre fille pourrait avoir sur sa différence… Elles viendront certainement tard, vers l’âge de 12-15 ans, lorsqu’elle prendra consicence d’elle-même…
Mais si elle vous en pose quand même, répondez lui franchement sans ambiguïté.
J’insiste aussi sur l’orthophonie. L’orthophoniste est absolument indispensable pour le travail d’écoute et d’oralisation.
Et puis surtout croyez en votre fille, en ses capacités ! Un médecin a dit à ma mère, quand je suis devenu sourd suite à une méningite, que je ne parlerais jamais, 6 ans plus tard je parlais comme un moulin !!
Votre fille parlera, si vous le voulez, si vous y croyez. Enfin, lorsqu’elle aura 12 ou 15 ans, si elle sait le français, elle pourra choisir son mode de communication, elle pourra choisir la LSF, ou le français. Soit de fréquenter des sourds LSFistes, soit des sourds oralistes et des entendants, ou les deux !
Car il est beaucoup plus facile pour un sourd d’apprendre en première langue le français puis d’apprendre sur le tard la LSF que le contraire.
J’espère avoir répondu à vos interrogations.
Ah oui, j’oubliais… Vivre une surdité ?… C’est une question délicate !!
Moi même, je ne sais plus ce que c’est d’être sourd à vrai dire car déjà je ne sais pas ce qu’est entendre.
En fait, je ne me pose pas de questions, je vis avec, sans problèmes particuliers. Parce que je veux vivre la vie avant tout…
Je pense que vous allez vivre en même temps que votre fille sa surdité. Vous allez l’accompagner dans cette découverte si particulière.
Si on prend dans le bon côté, cela pourra devenir une expérience enrichissante aussi bien pour vous que pour votre fille.
Mon frère m’a dit un jour, il y a deux ou trois ans, il avait 19 ans, que quelque part je l’ai beaucoup influencé, je lui ai beaucoup apporté, surtout pour avoir un regard respectueux sur son prochain. Un handicap ça marque surtout ses proches, plus que soi-même car nous mêmes le vivons tous les jours, et nous, nous l’oublions si nous le vivons bien. En fait, il faut avant tout aimer la vie et ainsi la surdité n’a plus de poids dans notre quotidien.
Ce n’est pas la surdité qui va gâcher la vie de votre fille, mais autre chose.
Donc, considérez bien votre fille comme une fille normale !! Mais en même temps, n’ignorez pas la surdité, elle est là. Il
faut aborder dans une discussion la surdité précisément et clairement.
Bonne chance !
Max. »
« En orthophonie, il fallait travailler la respiration, moduler ses sons, avec un logiciel ordinateur : y avait soit un petit train, soit une mongolfière, on devait les faire avancer le plus longtemps possible et faire se déplacer la montgolfière dans le ciel, plus ou moins haut. On pouvait compliquer le jeu avec des obstacles qu’on devait éviter en haussant la voix ou en la baissant.
Y avait aussi la prononciation des voyelles (ordi aussi) pour avancer dans le labyrinthe, je devais prononcer une voyelle différente : i pour aller à droite, a pour aller en haut, u pour aller en bas, e ou o pour la gauche… je crois.
Mon orthophoniste me faisait aussi la méthode verbo-tonale de borel-maisonny et me montrait des ’coupes’ de profil du visage pour que je sache où placer la langue en prononçant.
Elle me faisait également lire des comptines que je devais dire de plus en plus vite, du style les chaussettes de l’archiduchesse !
Mais le plus courant c’était de prendre un livre (comme j’adore bouquiner…), de me le faire lire à haute voix en me reprenant quand je prononçais mal, et aussi en bonus pour la mémoire, de me faire faire un résumé de ce livre la semaine suivante.
On avait aussi un truc avec un casque et un oscilloscope… mais j’arrive plus trop à me rappeler dans quel but c’était… elle me faisait parler dans un micro… ah oui ! elle disait une phrase, je regardais comment ca bougeait sur l’oscilloscope et je devais répéter la phrase de facon à obtenir la même chose (c’était quand j’arrivais vraiment pas à voir ou je prononcais mal…)
Pour les « r », comme beaucoup de sourds je pense, on prenait un verre d’eau pour nous faire rouler les r… Les « s » et les « ch » j’ai eu du mal, mais je sais pas trop comment elle m’a corrigé ca…
Aaaah, l’enfance !
Je m’amusais bien en général, je racontais ma vie à mon orthophoniste !
Grosse pipelette ! »
(MEYA)
« Ma prof de soutien, lorsque j’étais à l’école primaire, venait chez moi 3 fois par semaine, le soir après la journée d’école. Elle me faisait faire des exercices d’articulations et de la régularisation du son (en effet, j’ai une grosse voix que j’ai du mal à contenir).
Elle me faisait parler avec les mimes de sons, par exemple : « ch » en pliant légèrement les doigts et bouger les mains en meme temps droite/ gauche légerment, et du haut en bas d’un trait.
Elle utilisait également l’alphabet de la LSF.
C’etait très utile pour moi. J’ai pu voir la différence entre le « s » et le « ss », le « j » et le « ch ». Ces 2 exemples ont la même position de la langue, mais seule la voix différencie ces phonétiques. »
(AURCHEVALLIER)
« J’utilisais aussi d’autres logiciels sur l’ordi pour travailler la voix, comme savoir passer progressivement du grave à l’aigu et vice versa : une vrai montagne russe, c’est pas facile !
Et aussi, le miroir pour voir la buée, la main sous la gorge pour sentir les vibrations etc.
L’ortho prenait des images, fallait ensuite inventer une histoire par écrit sur ces images, pffff. Bon pour travailler le français et l’imagination !
On travaillait aussi sur les sons, fallait reconnaître les sons à partir de l’ordinateur. C’est fou ce que l’ordinateur aide beaucoup à visualiser les sons ! Y’avait aussi une espèce de graphisme sur papier, une variation d’amplitude en fonction de chaque lettre, un truc de ce genre.
Pfff, l’ortho c’est du boulot ! »
(MARTIN)
« J’ai fait toute ma petite enfance, sans le LPC, sans la LSF, j’oralise aujourd’hui. Mes parents, lorsqu’ils ont appris ma surdité, étaient plutôt désemparés, il faut dire aussi que les moyens d’information, de soutien, n’étaient pas les mêmes à l’époque.
Ma mère a été et est encore une personne très présente dans ma vie, elle m’a incitée à parler, elle accompagnait toute action de parole. Exemple : tendre un verre, et me disait : « Tu veux boire ? » m’incitant à répéter tout ce qu’elle disait.
L’un de mes jeux favoris quand j’étais petite, je ne m’en rappelle pas, je devais avoir dans les 1 an et demi ou 2 ans, ma mère m’a raconté, nous avions un très grand miroir à la maison et la possibilité de faire un tour complet dans l’appartement, elle me prenait sur le dos, traversait l’appartement en courant et s’arrêtait devant le miroir pour me dire « encore ? », je rigolais, mais je rigolais tellement fort que je ne pouvais essayer de prononcer quoi ce soit. Ma mère a continué ce petit manège, jusqu’à ce que je prononce ce mot, il faut dire que je ne me lassais pas de ce petit tour sur son dos. Elle était folle de joie !
Et le mot « encore » fut mon premier mot « audible » ou « compréhensible »….
J’ajoute quand meme que j’ai fait beaucoup d’orthophonie, si je n’en avais pas fait autant, je ne sais pas où j’en serai aujourd’hui. J’ai toujours eu des cours d’orthophonie 2 à 3 fois par semaine depuis toute petite jusqu’à mes 20 ans. Je peux dire que le fait de parler tous les jours fait la fierté de ma mère et je lui en suis reconnaissante, quels que soient les moyens et les efforts qu’elle a apportés. Sa fierté était d’autant plus grande quand je suis passée à la radio pour ma boîte, Medias-soustitres (personnellement j’avais peur que ma voix ne soit pas si audible que ca à la radio, vu que c’est bien déformé).
Mon handicap, je vis avec, sans problème. La vie est tellement courte qu’elle vaut la peine d’être vécue. D’autant plus que c’est vrai que c’est enrichissant. C’est un combat permanent, mais on n’en ressort que plus fort.
Le fait d’etre traité comme « normal » joue beaucoup. Je suis peut-être sourde, handicapée, malentendante tous les mots que l’on peut me donner mais je suis avant tout une personne à part entière. »
(CYBERBALOO)
Expliquer la surdité à un entendant
« Comment expliquez vous ce que vous entendez, comment expliquez vous comment vous vous en sortez dans la vie, comment vous vivez dans ce monde de fou, quoi !
Comment définiriez vous votre surdité ?
Parce que je me suis rendue compte après un mois passé en Angleterre que les Français ne connaissent pas du tout la surdité encore moins comment réagir vis à vis de nous…
Ce serait chouette si nous mettions au point une brochure pour EXPLIQUER à ces fainéants d’entendants qu’un sourd n’est pas aussi idiot qu’il en a l’air et qu’il suffit de respecter certaines règles de bases comme parler en face et ne rien mettre face à la bouche….
Mais aussi expliquer ce que nous « entendons »/percevons grâce à nos appareils…
Dites moi comment vous vous présenteriez ? »
(CELINE)
« Quand je suis fatiguée, stressée, contrariée, alors j’entends moins bien, je comprends moins bien.
Je fais la distinction entre « entendre » et « comprendre ».
Effectivement, je perçois beaucoup de sons, mais n’en comprends que peu. La parole vient en brouhaha jusque dans mon cerveau qui doit faire le tri puisque que ma cochlée ne le fait pas. Il est fréquent que les entendants me demandent ce que j’entends, mais comment l’expliquer si je n’ai moi-même jamais entendu ? Alors, je dis que j’ai de l’écho, et parfois, lorsque j’ai des acouphènes : j’ai une abeille dans l’oreille ! »
(MADELEINE)
« Pour expliquer et faire comprendre aux entendants ma façon d’entendre, j’ai pris l’habitude d’utiliser une image.
Imaginez une télé qui transmet des images, seulement, il y a beaucoup de parasites qui brouillent l’écran, de telle manière qu’on voit des images mais si floues qu’on ne les reconnaît pas.
De temps en temps apparaît une image qu’on peut reconnaître et saisir.
Les entendants ont au contraire une télé où leurs images sont impec !
C’est la même chose pour nous avec le son ».
(MARTIN)
« Pour expliquer ce que j’entends, j’utilise l’image de deux personnes sur une falaise, il y a un vent d’enfer, la mer est déchaînée, l’une crie quelque chose à l’autre qui est à quelques mètres. Il entendra certes quelque chose, et peut-être quelques syllabes, mais ça ne lui suffira pas pour comprendre l’intégralité du message.
Pour nous les sourds, c’est pareil, on entendra peut-être quelques trucs dans un brouhaha de fond, mais on ne comprendra pas, que ce soit de visu ou au téléphone. Il nous faut absolument la lecture labiale, du moins, pour les sourds profonds. »
(ANONYME)
« Pour les entendants qui me demandent comment me retransmettre un discours (aux messes de mariages par exemple, ou à une conférence, ou devant un film non sous-titré à la TV) de manière satisfaisante, et ce, sans qu’il perde le fil du truc, j’utilise l’exemple des films muets : il peut se passer plein de choses sur scène, mais quelques phrases-clé de temps à autre suffiront largement pour suivre correctement. »
(ANONYME)
Surdité ou malentendance, histoire de mots ?
« J’ai lu le bouquin « les sourds c’est comme ça », dans un chapitre, le chercheur explique que les sourds LSF ont inventé des étiquettes.
Il y a sourd, demi-sourd, faux-sourd, sourd simple, sourd fort, sourd oraliste, sourd qui aime lire, sourd intelligent, sourd prétentieux (les sourds LSF traitent souvent les oralistes de prétentieux), sourd bête, sourd lèche-botte d’entendant, sourd qui reste bouche close, sourd replié sur son école… et j’en passe ».
(ACOUPHENIX)
« Vers mes 5-6 ans, je me disais « sourd », mais ma mère m’a corrigé en disant que je suis « malentendant ». Ca me vexait. Je voulais mon handicap à 100%, pas à juste 50% !
Mais maintenant, je me dis malentendant, et je ne me suis jamais plus considéré comme sourd… Jusqu’à très récemment.
Toujours est-il qu’avec mes appareils, je me considère comme (et je suis) malentendant. Point barre.
Et je ne dis pas aux autres « je suis sourd » ou « je suis malentendant » mais « j’entends très mal » en montrant rapidement mes appareils. Ca suffit, et dans la très grande majorite des cas, la personne se reprend sans histoire si elle parlait trop vite ou en tournant la tête.
Mon problème, c’est que j’ai besoin à 50% de la lecture labiale et à 50% de l’audition pour comprendre…. Du coup, le plus souvent, quand mon interlocuteur parle en découpant les mots (ce dont j’ai horreur, je ne suis pas un débile mental), ou quand il trouve malin de parler plus fort (en plus de me déranger désagréablement les oreilles, c’est le meilleur moyen de me faire remarquer), ou encore s’il a la fâcheuse habitude de tourner la tête dans tous les sens (hé ho, c’est à moi que tu parles ?), j’explique calmement et clairement : « je lis beaucoup sur les lèvres ».
La plupart du temps, je m’en sors, sinon c’est que je suis devant un cas désespéré, et dans cette ultime situation, je sors : « Bon écoute, ça ne sert à rien de continuer, si tu veux vraiment me dire quelque chose, tu lui dis à lui / tu me mailes / tu m’envoies un sms / etc… ».
Bien souvent, je me suis rendu compte qu’avoir une connaissance à ses côtés est très utile dans cette situation ».
(HUGUES)
« Je trouve que le mot « malentendant » est ambigu alors que « sourd » c’est clair…
Car moi, je suis sourde profonde et pourtant beaucoup croient que je ne suis que malentendante, tout ça parce que je me débrouille bien et que je sais me servir de mes oreilles (quand on m’appelle, je me retourne) … grr !
Il faut bien reconnaître que sourd et malentendant n’est pas la même chose même si la frontière entre les deux est plutôt floue : pour moi, quelqu’un est malentendant à partir du moment où il peut converser par téléphone.
Mon père n’a jamais aimé le mot « malentendant » il disait que c’était un mot pour faire moins peur aux gens… Et un jour un ami sourd sévère lui a téléphoné et lui et mon père parlaient normalement et mon père vient me voir et me dit ce n’est pas un vrai sourd. C’est quoi alors ? Un malentendant…Et pourtant il n’aime pas ce terme…
Pour moi il y a plusieurs catégories de surdité : les surdités très profondes prélinguales comme la plupart d’entre nous, et pour beaucoup d’entre nous, le téléphone est inutilisable.
Puis la surdité prélinguale toujours mais avec une surdité sévère et moins : ceux-là parlent presque aussi bien qu’un entendant et peuvent téléphoner mais se fatiguent beaucoup.
Le reste, surdité post linguale, les devenus sourds comme les personnes âgées ou à la suite d’un accident. Ceux là n’ont rien à voir avec la plupart d’entre nous : ils se font très bien comprendre et sont habitués au monde des entendants et généralement ils s’en sortent très bien avec les aides (appareils ou implant) au point qu’on ne remarque même pas leur surdité.
Nous sommes tous sourds, n’est-ce pas ? Même si ce n’est pas le même type de surdité… Et la malentendance dans tout ça ? »
(CAMILA)
« Pour une personne qui ne te connaît pas, « sourd » veut dire que tu n’entends rien du tout, et qu’elle doit donc faire des signes ou te montrer les choses qu’elle veut dire (réaction d’ignare).
Alors que « malentendant » veut dire que tu entends mal, qu’il faut donc qu’elle fasse un effort pour parler. Souvent, les gens parlent plus fort, ce que je trouve très détestable. Il suffit de leur expliquer qu’on comprend mal plus qu’on entend mal, et que cette compréhension passe par la lecture labiale.
Tu saisis la nuance ?
Voilà pourquoi je n’aime pas du tout employer le terme de « sourd », il est complètement inadapté à mon cas surtout… et surtout quand je suis appareillé, mais ça, c’est une autre histoire. »
(HUGUES)
« Ca m’est déjà arrivé qu’on me demande si avec mes appareils j’entends bien. Pour moi, c’est difficile de répondre à cette question car je ne me rends pas compte de l’énorme différence entre ce que j’entends (avec les appareils bien sûr) et ce qu’un entendant entend. »
(CAMILA)
« Je me présente comme sourde qui lit sur les lèvres ! Et qui peut pas utiliser le téléphone ! Et vu la tête d’intelligente que j’ai (sic) les gens captent bien que je suis fortiche à ce jeu de lecture labiale héhé.
De toute façon, j’ai jamais utilisé le terme de « malentendant », trop long d’une part et ça risque d’embrouiller les gens car ils croient que j’entends mal donc se permettent de me parler assez fort dans mon dos… Si je préviens dès le premier abord que je suis sourde et je précise que je n’entends RIEN mais que je comprends grâce à la lecture labiale, le réflexe est quasi inévitable : ils me parlent presque tous en face !
Je dis bien presque ! Ceux qui mettent la main devant leur bouche, je leur fais comprendre que je ne les comprends pas s’ils me cachent leurs lèvres ! Et après ils font attention.
A ma connaissance, personne ne m’a prise pour une idiote parce que j’ai employé le terme de « sourd » ! Pire y’a un médecin qui a reformulé ma phrase en disant : « ah oui vous êtes malentendante »…
J’ai failli l’étriper et je lui ai expliqué froidement que non. « Sourde » point barre ! »
(CELINE)
Histoires d’intégration et de discrimination
« J’ai lu le bouquin « les sourds c’est comme ça », dans un chapitre, le chercheur explique que les sourds LSF ont inventé des étiquettes.
Il y a sourd, demi-sourd, faux-sourd, sourd simple, sourd fort, sourd oraliste, sourd
qui aime lire, sourd intelligent, sourd prétentieux (les sourds LSF traitent souvent les oralistes de prétentieux), sourd bête, sourd lèche-botte d’entendant, sourd qui reste bouche close, sourd replié sur son école… et j’en passe ».
(ACOUPHENIX)
« Beaucoup de sourds s’offusquent du fait que les entendants râlent parce que c’est hyperpénible de répéter, et de devoir écrire face à un sourd qui ne comprend pas, mais les entendants ont le DROIT de le penser et de le dire, car c’est VRAI !
Même : nous les sourds, sommes les premiers à bougonner ou à complexer dès que l’on doit se répéter (ou faire répéter) plusieurs fois parce qu’on ne (nous) comprend pas !
Une fois qu’on a bien mis les choses au clair avec l’entendant récalcitrant, parce qu’il n’a pas eu le comportement adéquat, on peut retourner la situation en lui disant : « ok tu répètes ta phrase, mais en utilisant des synonymes, en faisant des gestes, ça fera marcher ta cervelle (atrophiée ?) ». Bref, il faut valoriser l’interlocuteur en sous-entendant qu’il est suffisamment intelligent pour s’adapter à n’importe quelle situation !
Vive la pommade ! »
(ANONYME)
« Ma mère me disait un truc, je ne sais plus quoi, que j’ai parfaitement compris.
Voyant que je ne réagissais pas, elle me l’a répété. Alors, j’ai répondu, sérieusement : « Pas la peine de gueuler, j’suis pas sourd ! ».
Cela voudrait dire que j’avais complètement oublié que je l’étais.
Pourquoi ?
Car je ne me pose plus cette question, je suis moi avec toutes mes caractéristiques. Point ! »
(MARTIN)
« Courir après l’info : que ce soit à l’école ou au boulot, ce sera notre boulet à vie… Si on ne veut pas être largué…
Surtout dans ce monde qui évolue dans la communication ultrarapide !
C’est fatigant, je le concède… surtout quand on tombe de haut parce qu’on n’a pas été mis au courant en même temps que tout le monde, mais du coup, on développe une capacité de réaction immédiate pour pouvoir faire face à n’importe quelle situation qui survient par surprise !
Ca fait de nous des êtres ultra réactifs et des tchatcheurs à mort… ! »
(ANONYME)
« Dans ma classe, j’en connaissais un qui était très fort pour m’ignorer complètement. Il ne faisait jamais attention à moi, ne me parlait ni ne me regardait, etc… comme si je n’existais pas! Je m’en fichais vu qu’il ne m’intéressait pas et que les autres étaient loin de faire comme lui.
Mais là où j’ai vu qu’il avait vraiment un problème, c’est quand on s’est croisés à la gare, on était carrément face à face. Je suis polie, je lui ai dit « bonjour », mais il a passé son chemin comme s’il ne m’avait pas vue!
Un jour, je lui ai adressé directement la parole, et il a paru très très, mais alors très mal à l’aise… et bien sûr, il ne pigeait pas un mot de ce que je lui disais !
Ca me fait plus rire qu’autre chose quand j’y repense, mais c’est un exemple de ces gens qui préfèrent
jouer l’indifférence plutôt que d’avoir affaire à un handicapé. »
(CLEMENTINE)
« A 47 ans, je sais ce que je suis et où est ma place.
Je ne vis dans un monde entendant que contraint et forcé mais je n’en fais pas une maladie.
Je connais quelques entendants vraiment super et je me sens très bien avec eux. Il s’agit de collègues avec qui j’ai travaillé pratiquement 15 ans, nous avons donc eu le temps de nous connaître, de nous adapter, de nous habituer les uns aux autres.
Mais malgré tout cela, je suis sourd et je me sens mieux dans le monde sourd, ne serait ce que parce que je m’exprime plus aisément en LSF qu’en oralisant, la LSF sort toute seule tandis qu’oraliser requiert un effort.
Mes oreilles sont comme les soeurs Etienne d’un curé, elles ne servent à rien.
Cependant, je me sens très bien avec les entendants qui signent et les interprètes, j’en connais beaucoup, et ils sont tous très sympas ».
(PATPISOURD)
« Un type que je croise souvent au travail, et avec qui j’ai discuté un bout de temps d’une campagne de communication que j’organisais pour le lendemain, me dit : « Aaah mais c’est vous la muette, heiiinnn ? ».
Et moi, décidément, faut pas rigoler, je lui dis très sérieusement : « oui c’est vrai, je suis donc ventriloque », impressionné le type, j’en rajoute : « Comment je ferais pour vous parler depuis dix minutes, sinon ? ».
Il me répond, après un bref temps de réflexion : « Ah ben oui c’est vrai que vous êtes muette ! ».
Bon c’est pas grave… Mieux vaut en rire !
»
(ANONYME)
« C’était il y a 15 ans dans l’entreprise où je travaille, nous étions une trentaine, un collègue a proposé de faire un jeu pour passer le temps. Il s’agissait d’un test de Q.I., le collègue en question a donc fait autant de photocopies que de participants et il m’a collé le test sous le nez, rigolard, en m’expliquant son initiative.
Ne voulant pas me défiler, j’ai accepté son jeu sachant que je n’avais rien à perdre : je suis sourd et donc pour beaucoup d’entre eux, un presque con.
Il y avait un temps limite et je me suis attaqué à ce texte, totalement libéré, puisque je n’avais aucune pression, on n’attendait rien de bon d’un sourd, mon but était de faire un score honorable, sans plus.
J’ai terminé ce test largement avant le temps imparti et j’étais effaré de constater que les autres suaient, s’énervaient, rougissaient, j’ai alors compris alors qu’ils s’agissait d’un vrai défi pour eux (entre eux : moi être con donc eux s’en foutre de moi). Ce défi les a handicapés puisque tout le monde sait que la pression fait diminuer les moyens. Et une fois les tests – qui consistaient en une cinquantaine de questions – terminés, nous les avons corrigés en prenant bien soin de mélanger les feuilles afin de garantir une certaine neutralité.
J’ai obtenu le meilleur score : 42 points et le deuxième me suivait laborieusement avec… 28 points et tout le reste plafonnait aux alentours de 20. Alors on m’a regardé avec des yeux… mais des yeux…
J’étais surpris aussi, mais je rigolais en mon for intérieur et j’ai profité de l’instant pour leur dire quelque chose du genre : « Ben ça alors, vous êtes tous cons ».
Et j’ai rajouté, pour encore plus de plaisir : « Vous savez, je suis sourd tout court, pas con quoi ! »
L’étonnement passé, ma vie professionnelle a changé du jour au lendemain, les collègues banals que j’avais avant ce test sont devenus des collègues vraiment super !
Ils venaient me demander conseil sur tout, mon avis leur importait… Mes chevilles ont failli péter. Et puis, j’ai été muté je me retrouve comme il y a 20 ans. Mais j’ai passé 15 merveilleuses années avec eux ».
(PATPISOURD)
« Je suis vraiment, vraiment dégoûtée pour les sourds maltraités et torturés le siècle dernier afin de leur arracher un misérable mot : retour au Moyen-Age !
Il faut croire qu’il est nécessaire de passer par une phase d’erreur avant de trouver le bon « truc »… comme en médecine ! Ayez une petite pensée pour le pauvre Ignace Semmelweiss qui préconisait l’asepsie et qui s’est fait descendre en flammes durant toute sa vie professionnelle par ses pairs !
Il faut tout de même ne pas oublier que les sourds ont été gâtés à travers les siècles : d’abord collés l’asile avec les dérangés du ciboulot (eh oui, non doués de parole, ils étaient assimilés à des animaux, et traités comme tels) ensuite les institutions se servaient d’eux comme cobayes (parfois en toute bonne foi, il faut le reconnaître) qui sont par la suite devenus des singes savants bons pour l’exhibition dans les foires et soirées … !
Nos prédécesseurs ont gagné leur paradis !
Aujourd’hui j’ai l’impression que l’information passe mieux chez les audioprothésistes et les orthophonistes, elle est plus large et plus objective : nul besoin de nous frapper pour nous arracher un cri !
Je répète, ces écrits très imagés n’engagent que leur auteur ! »(ANONYME)
« Je crois qu’il faut garder en tête le fait que l’intégration personnelle d’une forme d’ouverture d’esprit est extrêmement importante, ainsi, je prends les gens tels qu’ils sont.
J’ai tout à fait conscience que certains ont peur ou horreur des handicapés (car cela ramène à la réalité de la maladie et de la mort, ce qui est tout à fait humain), je fais avec, je les rassure s’ils m’en laissent l’occasion.
D’autres seront curieux, poseront plein de questions, j’y réponds volontiers, car plus les gens seront informés, plus vite nous ferons tomber les préjugés sur les sourds jugés débiles que l’on mettait encore à l’asile dans les années 70 (je l’ai échappé belle, on peut le dire !). »
(ANONYME)
« Je suis l’aînée d’une fratrie de quatre enfants, ma mère est restée au foyer pour s’occuper de nous, et plus particulièrement de moi. Elle s’est énormément investie.
Ma sœur a appris à coder en LPC, mais elle ne l’a jamais utilisé avec moi : « On te code plus, tu dois comprendre toute seule », et mes frères ont toujours dit : « Bah, elle comprend bien, pas la peine de se casser les pieds à apprendre le LPC ».
Je me suis demandée si, également du fait de notre isolement géographique – qui faisait que je ne rencontrais jamais de sourds – ma famille n’avait pas eu tendance à sous-estimer l’impact de mon handicap.
Le niveau d’exigence de mes parents était très élevé : je devais avoir de bonnes notes, je n’avais pas le droit de redoubler, je devais parler le mieux possible. A l’adolescence, bien sûr, les coups de gueule ont été très fréquents. Je me demandais quand toute cette pression allait s’arrêter, et si elle s’arrêterait un jour… Ce qui est arrivé après le bac, ouf.
Je pense qu’aujourd’hui, je peux remercier ma mère de s’être autant investie, je suis aujourd’hui intégrée dans la société, mais il y a un prix à payer, dans le sens où je parais tellement peu handicapée (et je fais aussi – avouons-le – tout pour que cela ne se remarque pas) que ça devient difficile de le faire admettre aux gens que je côtoie dans la vie de tous les jours. »
(ANONYME)
« Je suis sourd oraliste et je suis intégré au sein d’un groupe d’entendants au boulot…
On ne me considère pas comme un handicapé et on n’éprouve pas de pitié à mon égard (ça m’énerve la pitié des autres à propos de ma surdité)… Sauf qu’on fait gaffe à me parler correctement, pas trop fort et à bien articuler…
Tout ça car si je parle bien (trop bien selon les entendants) donc j’entends bien… pffff
Mais, si un sourd LSF ayant le même niveau d’études que moi a un poste d’ingénieur, là les entendants réagiraient autrement.
Ils prendraient un peu d’écart et lui donneraient une tâche facile (donner un boulot de technicien au lieu d’ingénieur afin de « faciliter le travail du pauvre sourd »).
C’est sûr, si on reste là sans rien faire, c’est sûr qu’il va rien se passer…
C’est à nous d’aller de l’avant et d’aller vers les autres…
Si on se sent mal à l’aise avec certains entendants, ben on change de fréquentation et ça marche du tonnerre… »
(ACOUPHENIX)
« Choisir d’oraliser, c’est choisir d’aller au devant des autres. Choisir de ne pas parler, c’est attendre des autres qu’ils viennent vers nous. Ou pire, se renfermer.
Non ?
En tout cas, c’est la très nette impression que ca me donne, vis a vis des entendants qui ne connaissent pas ou prou le problème de la surdité.
Je ne critique pas ceux qui ont choisi la LSF pure, et de ne pas oraliser. Je ne partage tout simplement pas leur mode de vie. S’ils l’ont choisi et que ça leur convient, soit. Mais qu’ils prétendent que c’est le meilleur moyen de s’en sortir pour un sourd, non. Stop.
Ca va aussi dans l’autre sens : qu’un oralisant prétende que la LSF c’est du n’importe quoi, je ne suis pas d’accord. Il est des gens qui ne peuvent pas s’en sortir par la parole, voire ne pourront jamais s’en sortir ou n’auraient jamais pu s’en sortir en ayant recu une éducation 100% orale. Il est de ces gens dont la surdité est très difficilement appréciable même pour d’autres sourds. Je ne me permettrais jamais de critiquer leur choix.
Mais mon idée de base reste quand même là : le meilleur moyen de s’en sortir dans cette société, c’est de faire comme les autres. Dans la mesure du possible ».
(HUGUES)
« Ca me tue, ces gosses dans le métro qui disent à leur mère en me désignant du doigt : « m’man y a quoi le m’sieur sur ses oreilles ? » et réponse de la mère : « chéri on ne montre pas les gens du doigt »…
Personnellement, ça me gêne que l’on me désigne du doigt et des fois, ca me donne envie de leur donner des baffes quand ils insistent…
Mais la plupart du temps je dis : « c’est pour mieux t’entendre, mon enfant »… version p’tit Chaperon Rouge ».
(YOHAN)
« Ma main me démangeait de baffer les gosses qui me pointaient du doigt dans la rue…
Et le pire, c’est qu’après tout le monde se met à me fixer…
Je suis d’un naturel timide : quand je suis dans un endroit où je ne connais personne, j’ai horreur de me faire remarquer à cause d’un gosse mal élevé… »
(LAURE)
« Je regrette de m’être fait couper les cheveux : avant, j’étais tranquille car personne ne voyait mes appareils… »
(RIANE)
« Concernant les « conversations un chouïa pénibles qu’on a avec les entendants » : on parle avec quelqu’un dans la rue, la conversation prend un tour sympa, et sujet inévitable, on finit par parler de sa surdité (que ce soit pour ralentir la logorrhée verbale de l’interlocuteur ou pour expliquer notre « petit accent ») et paf, il se met à ne plus comprendre du tout, alors que cinq minutes auparavant, on papotait comme des mémés prenant le soleil sur la devanture de leur maison.
Et aussi parfois, l’interlocuteur se met à parler petit nègre, à mimer, à parler bébé, exactement comme s’il avait oublié la demi-heure de conversation « intellectuelle » sans problème et on en passe des meilleures…
C’est drôle ces blocages, quand on leur rappelle que peu de temps avant, on papotait « normalement » : « ah ben heu… ouiii… chai paaas », ça fait rire, et réfléchir en même temps : on réalise que les préjugés peuvent vraiment jouer sur l’inconscient ! »
(ANONYME)
« Je ne dis pas toujours que je suis sourde à une personne que je ne connais pas. Soit on le devine à ma voix, soit je le lui dis (mais c’est devenu extrêmement rare).
Je le précise quand c’est nécessaire, par exemple dans les administrations ou chez le médecin, etc…
Et surtout, j’adore qu’on me prenne pour une étrangère.
Je ne ressens plus de gêne en montrant mes appareils. Je me rappelle qu’un jour, un ami (n’ayant jamais vu mes appareils cachés par les cheveux que j’avais longs), a réagi à leur vue : « mais cache-les, ils ne sont pas terribles ! »…
Que dire devant une telle réaction ? J’avais beaucoup de mal à l’accepter mais comme je le connais, il est honnête et ne cache jamais ses opinions. »
(LAURE)
« En général, je ne dis pas que je suis sourde à un inconnu qui me demande le chemin (à quoi bon ???)
De toute façon, les personnes vous demandent systématiquement : « Vous êtes française ? ». Si leur ton ne me plaît pas, je fais la méchante : « Oui, et vous ? » ou alors : « Non, je suis martienne ». Sinon, j’explique très gentiment : « Non, je suis malentendante » (c’est moins lourd que « sourd »).
Le pire c’est leur réaction immédiate : j’ai constaté que si je dis « je suis sourde » à l’inconnu, il me plante là et s’en va en bafouillant… Ca leur pose problème pour discuter ?
Et je suis en rogne pour le reste de la journée.
Sinon, quand elles répondent : « Mais vous parlez ??? » d’un air choqué… Je pousse un GROS et GRAND soupir… J’appelle à ma rescousse toute ma patience, pour expliquer qu’il y a des sourds qui parlent….
Bref, bref, voilà pourquoi je limite au MAXI les explications sur ma surdité. C’est ma vie privée et ca ne regarde personne ».
(LAURE)
« Une fois une vieille dame est venue me demander le chemin. Je lui ai répondu et elle me fait un sourire :
- »Tu es francaise ? ».
- »Non je suis sourde ».
- »OH MON DIEU, je ne le savais pas !!! »
- »Pas grave »
- »Vous avez appris à parler avec un orthophoniste ? »
etc, que de questions !
Franchement, j’ai eu peur.. j’ai cru qu’elle allait avoir une crise cardiaque… argh ! »
(LAURE)
« Moi je ne supporte pas que l’on parle à mon oreille !!! C’est désagréable au possible ! Et pareil, quand la personne se met à parler fort, surtout en plein cours !!! Alors je suis obligée de jouer la prude « pas si fort », ou encore je lui demande d’écrire sur ma feuille…
Bah susceptible, ça dépend ! Moi ça me fait marrer quand la personne qui est en face de toi te parle dans toutes les langues car il croit que tu es étrangère !
Parfois, on s’est moqué de moi dans la rue parce que je ne comprenais pas… On m’a traitée de grenouille qui coassait… Bah faut dire que ça m’a super vexée et en plus ils m’ont fait un croche-patte !
Faut avouer que c’est pas très agréable de voir que les gens ne veulent plus continuer la conversation ou prennent peur parce que tu es sourd ! »
(ANONYME)
« Un truc qui me fait rigoler : souvent, en boîte de nuit, un type me parle à l’oreille, je recule légèrement pour pouvoir lire sur ses lèvres, il me lance, vexé : « Non mais c’est bon, j’allais pas t’embrasser ou te mordre ! »
(ANONYME)
« Souvent je vois des personnes énervées quand je ne leur réponds pas… Alors que je ne les entendais tout simplement pas du tout. M**** quoi, même si j’entendais, je ne serais pas obligé de répondre aux inconnus !
Ca me rappelle une fois, un type sur un quai de gare qui m’a interpellé. J’ai pas entendu la première fois. Ni la seconde. A la troisième, j’ai changé de direction et ai donc croisé son regard, j’ai alors vu qu’il s’adressait à moi. Il avait même l’air énervé : « Ca vous dérange de répondre aux gens ? » qu’il me sort. Je lui dis alors tout de suite : « Excusez moi, je suis malentendant. » Et ce C** de Première se confond tout d’un coup en excuses…. Le pire : tout ce qu’il voulait… une clope. « Ah non je fume pas ». Il s’est encore excusé et m’a dit au revoir poliment. J’ai rien dit de plus. Je bavarde pas avec les c*** ».
(HUGUES)
« Je me suis habituée aux réactions agressives en face de moi lorsque je ne me retourne pas sur les gens qui me saluaient, ou me posaient une question, que ce soit au travail, ou dans un magasin. Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis fait engueuler, sacquer, snober, parce que je n’avais pas répondu.
Dans ce cas, je réagis selon la situation : une personne que je serai amenée à revoir, je vais la voir et lui dis tout de go : « Si vous avez essayé de m’appeler ou de me parler dans mon dos, il est normal que vous n’ayez pas eu de réponse : je suis sourde, et je n’entends rien du tout, ni le marteau-piqueur, ni l’avion qui décolle (et ça remet les choses à leur place !). Mettez-vous en face de moi et articulez, et tout ira bien maintenant ».
C’est la solution de facilité de traiter les « engueuleurs » de « c*** », mais on peut aussi essayer de se mettre à leur place, ce n’est pas agréable de se sentir snobé sans aucune raison apparente – surtout au boulot – c’est même carrément vexant.
Et je l’ai vraiment compris un jour : je croisais souvent mon boss dans les couloirs au boulot, certains jours, il répondait à mon salut de tête, d’autres, non, et je l’avoue, je me disais : « Pfff il est mal luné, ça va rigoler aujourd’hui », or, un jour, une collègue m’apprend qu’il est archi-myope. Déclic dans ma tête, tout s’explique… Et je suis du coup beaucoup plus indulgente pour ceux qui m’abordent sur la défensive ou avec un air crispé a priori pas justifié : là je me dis qu’il s’est auparavant passé quelque chose, je m’empresse donc de mettre les choses au clair avant que ça dégénère.
C’est donc évident qu’en général, ça va mieux, tant qu’on ne joue pas sur la corde : « Ben tu vois je suis handicapé et j’y peux rien, c’était pas la peine de faire un tel foin », pour enfoncer davantage un interlocuteur qui se sent déjà mal de t’avoir sacqué ou crié dessus. Ce n’est pas juste pour lui : il n’avait pas tous les éléments en main pour évaluer la situation. Et c’est humain de s’énerver quand on est vexé. »
(ANONYME)
« Dans le métro, en période de pointe, je suis sûre que j’ai l’air d’une bête traquée, mes yeux virevoltent à droite, à gauche, je regarde partout, même dans les reflets des vitres pour sans cesse vérifier que quelqu’un n’est pas en train de me parler ou de me demander de me pousser. Car dans ce cas, si je ne bouge pas – et pour cause – les gens n’hésitent pas à me donner des coups de sacoche dans le dos ou à me bousculer, ou à marcher sur mes mignons escarpins, ce qui est fort peu agréable lorsqu’on est déjà pas très bien réveillée le matin… Bonjour le stress avant même d’être arrivée au bureau ! »
(ANONYME)
« Je n’aime pas qu’on me parle quand je conduis car je serais un danger public !!! … Je regarde le rétroviseur. Le problème est que la personne ne pense pas à montrer ses lèvres spontanément (et le rétro est quand même petit).
Ce qui m’a le plus épatée, c’est une conductrice sourde avait installé un miroir à la place de la radio…
Je me rappelle d’un truc : un ami sourd avait la détestable habitude de vouloir tout connaître ce qu’on disait alors que c’était lui qui conduisait. Il n’arrêtait pas de se retourner pour lire sur les lèvres et la voiture faisait de ces embardées … J’ai cru que j’allais définitivement avoir les cheveux tout blancs…
Dans ma voiture, je me suis équipée d’un second rétroviseur qui est juste en-dessous de l’obligatoire. Il me permet de lire sur les lèvres du passager. C’est pratique et ça fait moins peur que de tourner la tête à 90° !! »
(RIANE)
« J’ai un jour provoqué un accident de vélo ….
Le cycliste voulait que je m’écarte d’un chemin étroit, le long d’une rivière, il a crié ou sonné comme un malade mais il était dans mon dos. Avec les voitures bruyantes dans le voisinage, c’était peine perdue, j’ai continué à rouler à mon rythme bien bonhomme et puis j’allais à un exam (donc, je me concentrais bien) … Eh bien non, le cycliste a cru que j’allais m’écarter et m’est rentré dedans !!!
De surprise, j’ai fait un mouvement brusque et je l’ai fait tomber à l’eau, vélo compris…
Eh quand même, je n’ai même pas fait exprès… mais si vous aviez vu son expression ahurie… Moi, j’étais tremblante de rage !!! P*****, il m’a foutu une sacrée crise cardiaque en me tombant dessus comme ca !! Je l’ai agoni d’injures.
Celui là, il a pris une sacrée leçon de savoir vivre…
Le plus marrant, c’est qu’à à mon exam, j’ai eu la meilleure note !!! Le stress a réactivé toutes mes cellules grises ou quoi ?? »
(RIANE)
« Lorsque j’avais 8 ans… je me rappelle encore la tête de mon père au moment où une voiture m’a éjecté. En fait, il était avec un ami devant la maison de ce dernier. Moi je sortais de la maison en face qui venait d’être construite. J’avoue que j’avais désobéi à mon père car je n’avais pas le droit de rentrer dans cette maison… Fier de l’avoir visitée, j’en suis sorti en courant, en direction de mon père… et paf ! Une deuch’ m’a projeté au sol. Heureusement que je n’ai rien eu… mais n’empêche que si je n’avais pas été sourd… rien ne serait arrivé. »
(TOF)
« Il ne m’est jamais rien arrivé – je touche du bois ! – Mais j’ai souvent failli être renversée par… les pompiers, le SAMU et la police qui arrivaient sans crier gare (du moins, pour moi !) sur les passages piétons au feu vert… ! »
(LAURA)
« Quand on parle de développement des autres sens lorsqu’on en a perdu un, c’est très vrai. C’est un chemin très étroit, dans la campagne paumée, j’ai 8 ans, je fais du vélo. En arrivant à un virage à 90° – bordé de buissons et d’arbres très touffus, qui marque la fin d’une pente que j’adore dévaler à toute bringue – j’aperçois une bande d’oiseaux qui s’envolent, mais chose étrange, ils volent vers moi, conclusion : ce n’est pas moi qui les ai effrayés, mais autre chose. Je ralentis donc et m’arrête carrément sur l’accotement : une ambulance fonçait effectivement à vive allure sur ledit virage… Je n’ose imaginer la purée. Merci les zoziaux !
Vingt ans après, je suis encore à vélo sur ce même étroit chemin, et j’aperçois un énorme camion qui arrive sur moi, je me mets donc tout près du fossé, prête à me jeter dedans corps et biens, (et tant pis pour les sangsues !), car même si je ne l’entendais pas, il me donnait l’impression d’aller très vite, la bâche le recouvrant volait littéralement, d’où ma méfiance et ma crainte de me faire happer par l’appel d’air. Arrivé à ma hauteur, le chargement du camion, qui n’est plus retenu par la bâche, s’écrase sur la route : c’est alors un amoncellement de poutres métalliques, de plâtre, de briques qui s’étale sur la chaussée, dans un nuage de poussière et dans un vacarme de fin du monde. Je n’ose imaginer la nouvelle purée si je m’étais pris le chargement dans le dos !
Merci mon acuité visuelle ! »
(ANONYME)
« Je ne sais jamais quand on m’appelle ! Faut remuer l’air ou alors faire des signes de bras !! Ou encore attirer l’attention des passants qui regarderont fixement quelque part et moi comme toute curieuse qui se respecte, je me retournerai pour voir ce qui intrigue autant ces badauds et eurêka : je la connais cette personne qui s’acharne à vouloir m’arrêter !
C’est compliqué, je sais bien mais ça arrive parfois ! Les passants comprennent rien et du coup je me marre avec mes amis ! »
(CELINE)
« Ca doit arriver souvent aux sourds de se faire insulter car on ne « veut » pas donner de cigarettes…. Je n’avais pas entendu, ma mère était en retrait par rapport à moi, et je me suis fait traiter de « salope » selon ma mère…. Mais la plupart du temps on ne le sait pas ! Ca peut être parfois bien (on ne réagit pas aux provocation) mais ça peut aussi les provoquer… »
(ANONYME)
« Je me suis déjà fait emm… dans le métro, mais j’ai l’antidote miracle : un bouquin, dans lequel je plonge systématiquement le nez. Et si un poivrot ou un type un peu lourd se met à me brailler dessus en faisant plein de moulinets, le livre me permet de fixer mon regard dessus, car si je lève la tête et croise le regard du type, c’est fichu, je n’aurai plus la paix, et on ne sait jamais si ça peut dégénérer ou pas, surtout si on ne comprend pas ce que dit l’énervé (et qu’il croit qu’on fait exprès de ne pas comprendre !
.
Le fait de ne pas entendre m’a déjà servi : à plusieurs reprises, des types sont venus me parler, m’ébouriffer les cheveux ou me tourner autour, et comme je ne réagis pas, le nez toujours plongé dans mon livre, ça les énerve, et rien qu’à sentir les regards aigus de tous les passagers du métro fixés sur moi, je devine que les « voyous » sont en train de m’insulter très grossièrement, et bien copieusement. La honte, j’ai horreur de me faire remarquer.
Mais jusque là, c’est toujours resté verbal, et heureusement, car je me demande si j’avais entendu les insultes, peut-être qu’à bout de patience, je n’aurais pu m’empêcher de répliquer bien sèchement et froidement ou de de gifler l’impudent !
Souvent, lorsque les types partaient enfin, des gens, spectacteurs lâches et désolés, venaient me voir et me disaient : « Chapeau mademoiselle, à votre place j’aurais eu du mal à ne pas réagir à ces insultes, votre calme était impressionnant », je ris doucement avec l’air cool (et une sacrée tremblotte dans les pattes, tout de même !).
(ANONYME)
« Un soir, je me suis fait racketter par un jeune de mon âge…
Il était en état d’ivresse… Il m’a demandé si je n’avais pas d’argent pour manger. D’habitude je refuse toujours mais là, il est devenu violent et s’est agrippé à mon tee-shirt… j’ai dû lui donner quelques sous. Ensuite, il m’a demandé si je n’avais pas de billet dans mon portefeuille… Là, j’ai du dire que c’était trop… bla bla bla …
Il n’a rien voulu savoir, même le fait que j’avais des problèmes de surdité, en lui montrant mes prothèses, tout en expliquant que c’est coûteux – c’est tout de même le prix d’une bagnole et c’est pas remboursé par la Sécu – que j’étais étudiant et que j’avais besoin d’argent pour reprendre mon train… bla bla bla… Impossible de le raisonner…
Je ne vais pas faire un scénar, mais voilà la question que je me suis souvent posée après ce racket. Aurais je dû faire comme si j’étais totalement sourd et ne rien comprendre ? Dans ce cas, m’aurait-il lâché ? Quelque part je me suis dit non car il était bourré et aurait pensé que je foutais de sa gueule… »
(TOF)
« Je me pose des questions sur les personnes qui veulent à tout prix nous aider, rien que parce qu’après nous avoir vus, elles pensent que nous avons besoin de cette aide…
Personnellement, j’ai ça en horreur. La personne qui considère que je pourrais peut-être avoir besoin de son aide me prend, à mon avis, pour un handicapé, et ne me considère pas comme une personne normale. Ca me rabaisse.
Ca m’évoque les les pintades sexagénaires en mal de reconnaissance sociale qui se réfugient derrière les actions caritatives et le bénévolat…
M****.
Je ne demande qu’à avoir des gens qui m’écoutent quand j’ai quelque chose à dire, et qui soient capables de me fournir des solutions quand j’en éprouve le besoin… (et que je le dis).
Je parle plutôt de l’aspect où la personne a envie de faire quelque chose à la simple vue d’un monde qu’elle ne connaît pas…
Un peu comme les occidentaux la première fois qu’ils ont découvert les peuples aborigènes.. ils ont considéré qu’il fallait tout leur apprendre alors qu’ils vivaient très bien tranquilles…
Alors qu’ils n’avaient rien demandé à personne, quoi.
Mais je ne dis pas que je crache sur les aides, je crache sur ceux qui considèrent qu’ils peuvent m’aider, sans même me demander mon avis ».
(HUGUES)
« Chaque année, mon orthophoniste organisait une réunion avec mes profs pour leur expliquer mes éventuelles difficultés, au collège et au lycée. Et j’y participais également.
Ca se passait toujours bien ! Et du coup, les profs faisaient beaucoup plus d’efforts, enfin ca dépend. »
(LAURE)
« A chaque rentrée scolaire, lors des stages ou emplois saisonniers, j’informe systématiquement les entendants de ma surdité. Elle ne peut passer inaperçue, il est donc important que les autres sachent comment ils doivent se comporter…
La présentation diffère suivant le profit de la personne (ou des personnes) et de la situation… Lorsque c’est à la fac, l’information se fait devant l’ensemble des étudiants (petite promotion, heureusement !), mais dans l’entreprise, elle se fait petit à petit (lorsque je rencontre de nouveaux collègues). »
(ANCLAIRE)
« Pas plus tard qu’hier, à la fac, nous avons eu un contrôle de maths. Bon, c’est vrai c’est pas gai mais quand y’en a un, on fonce et on le réussit !
Donc en conséquence, j’avais appris toutes mes formules, révisé tous les exos, bref, je connaissais tout sur le bout des doigts !
Bref, une heure avant ledit contrôle, nous avons TD.
J’apprends avec stupeur que la prof a mis dans le contrôle une leçon sur ce qu’on va faire en TD ! Là je commence à m’échauffer… comment diantre vais-je apprendre et appliquer ce qu’on fait en TD pour dans une heure ?!
Je m’applique, j’essaye de comprendre. Pas évident au milieu du brouhaha ! Même que la prof a menacé de nous laisser en plan si le boucan ne cessait pas…
Bref le contrôle tant aimé arrive. Sur la feuille il y avait marqué « calculatrices autorisées » c’est tout !
Et quelqu’un qui était à côté de moi sort ses feuilles de cours et TD au nez et à la barbe de la prof….
Je regarde la prof qui l’avait bien vu, je regarde autour de moi ! Tout le monde avait ses cours en main !
Il restait 10 mn, j’ai pioché dans mon sac, ai sorti verte de rage mon cahier de statistiques et j’ai bouclé rapidos mon test !
Je suis sortie énervée au possible ! Même la prof ne l’avait pas noté sur la feuille. J’ai demandé avec un brin d’ironie à tous ceux qui sortaient s’ils savaient qu’on avait droit au cours ! « Bien sûr »…
Sympa !
C’est marrant parce que je suis toujours la dernière au courant en ce qui concerne les cours, controles, rattrapages. Mais la première prévenue quant aux potins, secrets etc.
Pas top ! »
(CELINE)
« Le WE dernier, une copine m’a textoté pour un TP noté, mais je lui ai dit que c’était annulé (je l’ai su par liste de diffusion de la promo, heureusement que ça existe !) car la fille n’avait pas internet chez elle. Puis, cette semaine, elle est venue me voir et m’a donné deux dates, une pour une soutenance d’un projet et l’autre pour un rattrapage alors que je n’en savais rien !!
J’ai compris qu’elle voulait me « remercier » de l’avoir prévenue pour l’annulation du TP noté !
Bref je ne peux pas faire confiance à mes potes de promo, même s’ils sont à côté de moi, ils ne me répètent pas toutes les consignes pour les interros, ils « oublient » parfois, et ce n’est pas de leur faute, on le sait, mais bon ! Faut sans cesse leur rappeler notre surdité. »
(LAURE)
« Les informations sont très souvent super difficiles à obtenir. Ceci dit, bien souvent, j’en suis au même point que mes camarades. Dans les rares cas ou je suis le seul non informé, je gueule surtout auprès du prof. Mes camarades ne peuvent évidemment pas être tout le temps à mes petits soins, et surtout, ca n’est pas évident pour eux de savoir si j’ai bien suivi telle ou telle info.
D’un autre côté, je suis délégué de classe. Pour une raison certainement très égoïste. Ca me permet d’être le premier interlocuteur de l’administration, et donc, d’être dans les premiers informés !
Et comme de toute façon, plus personne n’aime être délégué de classe dans le supérieur, je ne me gêne pas.
Mine de rien, c’est un confort que je savoure pleinement. »
(HUGUES)
« Comme quoi, on a toujours un effort à faire… quand est-ce qu’on aura ENFIN un repos bien mérité ?
Ca me rappelle qu’au collège on a eu une interro prévue et j’étais pas au courant, lorsque je l’ai su le jour même, je me suis mise dans une colère noiiiire et j’ai carrément incendié mes « amies » qui ne m’avaient pas prévenue. J’ai révisé à la va-vite pendant la récré mais j’étais tellement énervée que j’ai rien appris !
Devant le contrôle, j’ai fondu en larmes et la prof m’a refait faire le contrôle le lendemain ! J’ai eu de la chance sur ce coup-ci ! Et je peux dire qu’après, jusqu’au lycée, j’ai toujours été au courant de tout car j’ai marqué les esprits en piquant ma crise…
Faut peut-être que je la refasse un de ces jours à la fac ?!! »
(CELINE)
« En ce moment, c’est l’enfer pour les travaux de groupe dans ma fac… Je suis dans un groupe de quatre personnes (avec moi ça fait cinq) et on doit faire un rapport ensemble. On a commencé la semaine dernière et c’est à rendre pour dans deux semaines et à côté de ça, on a des révisions et trois autres rapports à rendre. Et donc pas de minute à perdre ! Quand on se voit pour bosser, on est obligé d’aller vite… Et donc ils parlent tous super vite, réfléchissent, marmonnent, essaient de voir ce qu’on peut faire etc… Et moi je ne comprends rien du tout car tout va trop vite, alors je leur demande de parler un peu plus doucement quand ils parlent et surtout de me regarder si possible, et pas de parler devant la feuille ou en bougeant sans arrêt…
Réponses :
« On n’a pas plus temps là, on est obligés de speeder, on peut pas t’expliquer » (oui c’est vrai mais bon faut bien que je participe !)
« Tu peux pas demander à quelqu’un d’autre de t’expliquer ? » (c’est ça oui !)
« D’abord on réfléchit, et après on te dit ce qu’on fait finalement » (si je viens pour ne pas débattre avec eux mais simplement attendre sagement la solution, ce n’est pas la peine que je vienne !)
Aarrgghhh ! Pas facile ! ils me répondent tous ça, mais quatre d’entre eux font quelques efforts pr me répeter (mais ça c’est quand j’insiste) mais, y en a un qui est un c** de première, il parle super vite et surtout ne regarde jamais les gens quand il parle et c’est lui qui parle le plus, (en plus !) alors je lui demande s’il pourrait pas me regarder quand il me parle personnellement, ou s’il peut me répéter, il pousse un « pfff », regarde les autres comme pour dire : « Elle est pénible celle là » et il attend que quelqu’un d’autre me répète ce qu’il a dit à sa place… Et bien sûr il me dit pareil : « On n’a pas le temps de t’expliquer ». Et lui, il est dans ma classe depuis l’année dernière et il sait s’y prendre pour parler avec moi.
Donc je peux dire que ce type est un c** mais d’un autre côté c’est vrai qu’on est à la bourre… »
(CAMILA)
« Ma réponse à Camila : c’est malheureux, ça arrive à tout le monde, et personnellement je ne réagis même plus face à des situations pareilles. Si par contre, ça se passe avec une personne dans le groupe que je connais bien, je lui en parle en privé. En espérant qu’elle fera le nécessaire pour que ça passe la fois suivante, ce qui est généralement le cas.
Dans le cas d’un c** de première, je suis super heureux d’en avoir peu rencontré. Ce sont justement le genre de types que j’évite, mais surtout, je n’hésite pas à le descendre devant tout le monde s’il se permet de lâcher un « pfff ».
Malheureusement, les autres ne réagissent en général pas beaucoup, mais ça a au moins l’avantage de le calmer un peu.
C’est malheureux à dire, mais il est clair que bien souvent, nous sommes contraints de devoir prouver aux autres que nous sommes intéressants pour eux, à moins qu’ils fassent un tout petit effort pour tirer parti de notre cerveau.
C’est triste, mais c’est exactement la même chose que pour l’intégration des femmes dans le monde du travail : toujours devoir faire ses preuves. Au moins, ça marche. Sauf avec les c***. Autant ne pas parler de ces c*** et plutôt se concentrer sur les personnes intelligentes que nous croisons tous les jours : on ne va quand même pas se laisser pourrir l’humeur par un type qui est incapable de comprendre notre désarroi… »
(HUGUES)
« Comme les autres, je me démerde avec les moyens du bord…
- photocopies des notes de cours empruntées à des copines (car elles écrivent mieux que les mecs…)
- certains profs me proposent de faire des heures de soutien sur des points de cours non compris, assez rare mais c’est super ! Y a aussi ses profs nuls aussi malheureusement, à s’en prendre la tête !
- une ou deux fois, un prof m’a passé tout le cours sous forme de poly, j’en étais super étonné, c’est comment dire ? … émouvant !
- sans oublier des adresses internet intéressantes.
Du côté du relais handicap, je trouve que ce n’est pas mal comme structure. Je peux faire des photocopies en quantité illimitée et surtout gratos ! Ils peuvent me passer des polys de cours mais souvent, ce n’est pas toujours complet et ils ne correspondent pas toujours aux programmes mais parfois, cela m’a bien aidé ! Si des problèmes surgissent avec des profs ou l’administration, ils peuvent intervenir, etc…
Ce n’est pas mal mais je regrette que ce soit un peu « mou » ! Je trouve qu’ils pourraient faire encore plus de choses ! Je ne sais pas moi… Par exemple, créer un réseau entre les étudiants handicapés et valides volontaires, aussi un réseau entre les profs prêts à s’investir. De cette manière, ce réseau pourrait permettre l’échange d’informations, de conseils, surtout pour les étudiants de première année. Les profs pourraient intervenir auprès de leurs collègues, un truc de ce genre là. Par exemple, cette année, j’ai prêté mes notes de biologie de premier semestre de l’année dernière à un autre étudiant handicapé…
Le relais handicap pourrait organiser des journées d’information, car ça sert aussi pour les étudiants ayant un handicap temporaire, genre bras cassé ou autre.
Vous voyez qu’il y a plein de choses à faire ! Et encore je ne dis que ce qui me passe par la tête. Avec plus de réflexion, on pourrait aller plus loin… »
(MARTIN)
« Ca dépend des profs… y a des connards, y a des flippés, y a des sympas…
Au lycée, j’ai surtout eu des profs sympas (heureusement !) mais y avait quand même chaque année au moins un connard (en sport et/ou en phy-chimie…).
Là en études sup, je dirais qu’il y a un peu plus de connards et de flippés que de sympas, snif. Y a au moins 3 abrutis, dont un qui se fout de la gueule de tout le monde, hum… et une flippée. Mais ca se comprend, en études sup, y a moins de profs pédagogues, formés professionnellement pour… Donc, c’est plus difficile.
En général ils sont prêts à comprendre, ils ont tous accepté le micro HF, mais y en a qui semblent pas comprendre ce qu’est la surdité même si je leur explique… La flippée ose pas me parler elle passe par quelqu’un d’autre. Les abrutis, y en a 2 qui semblent croire qu’avec le micro je suis tout à fait entendante, que ca rend l’audition ! J’ai beau répéter que ce n’est qu’une béquille à l’audition, je me suis fait engueuler une fois ou deux « parce que j’écoutais pas »… Là je lui lance mon regard de la mort qui tue pour le reste du cours !
Mais bon ! C’est comme partout, y a des vertes et des pas mûres ! Et puis avec toutes les aides que j’ai, je vais pas pleurer ! »
(MEYA)
« Je connais 2 langues : l’anglais et l’espagnol.
Pour le premier, je suis aussi nul aussi bien à l’écrit qu’à l’oral, surtout pour l’oral, je ne pige que dalle ! A cause de la différence entre l’écrit et l’oral come le mot « people » qui se prononce « pipole ». Sans compter les différentes sortes de ss zz th ou je ne sais quoi ! Bon courage en tout cas.
L’espagnol par contre est beaucoup plus facile car c’est proche du français et ce qui est génial est qu’on prononce toutes les lettres. Reste la question de l’accent tonique mais avec un peu d’entraînement, on s’habitue. Mais les Espagnols, qu’est ce qu’ils parlent vite ! Et fort, ils sont tout le temps en train de beugler, rendant la compréhension plus difficile ! »
(MARTIN)
« J’ai appris l’allemand et première langue et l’anglais en deuxième langue et oralement, je me débrouille beaucoup mieux en allemand qu’en anglais. Parce que la langue allemande se prononce presque comme à l’écrit (contrairement à l’anglais où pour chaque lettre de l’alphabet il y a une multitude de sons possibles). Et parce que les Allemands articulent mieux que les Anglais (il n’y a pas cet horrible « the » !). Les Allemands hachent leurs mots et font des pauses dans leurs phrases.
Donc l’allemand, dans un sens ou l’autre (parler et comprendre oralement l’allemand), c’est l’idéal pour un sourd (du moins, par rapport à l’anglais). Donc vive la langue allemande !
J’ai aussi appris le portugais, l’embêtant dans cette langue est qu’il y a plein d’intonations et on n’entend que très peu la fin des mots (comme si c’était atténué). Pour quelqu’un qui parle normalement le portugais, je n’y pige que dalle (ça va trop vite pour moi). Mais si je demande à quelq’un que je connais de bien articuler et de bien prononcer tous les sons de la phrase, là, je comprends un tout petit peu. Mais bon, ce n’est pas ainsi que les Portugais articulent normalement, il faut vraiment une articulation, je dirais, presque exagérée pour que je puisse comprendre (et encore faut-il que cela fasse partie de mon vocabulaire, car le vocabulaire en portugais je n’en ai que très peu). »
(CAMILA)
« Je parle l’anglais (assez couramment) indispensable pour mon travail…
Je suis partie à NY pour une semaine : j’étais hébergée chez un ami qui m’a présenté pas mal d’étrangers et de new-yorkais. Je peux vous assurer que les premières phrases sont toujours difficiles quoi qu’il arrive. C’est comme le français : je ne comprends jamais du premier coup une personne inconnue que je rencontre.
J’ai quand même une préférence pour les européens qui articulent bien mieux l’anglais que les américains et les anglais qui parlent à toute vitesse. Je généralise peut être trop : il y en a qui font des efforts pour se faire comprendre.
Au pire des cas, je demande toujours d’écrire. ET surtout, jamais, jamais, jamais, faire semblant d’avoir compris… même si vous êtes épuisé… »
(RIANE)
… au restaurant, dans les magasins, …
« Il faut savoir qu’en tant que sourd, on est parfois responsable de certaines situations dans lesquelles on se fourre. Exemple : chez le coiffeur, je n’avais pas dit à la shampooineuse que je n’entendais pas, résultat, quand j’ai vu toutes les têtes interloquées des clients se tourner vers moi, j’ai deviné qu’elle s’adressait à moi, effectivement, elle me hurlait dessus pour une histoire de démêlant… la honte. Chez une autre coiffeuse, elle a cru que je la snobais et s’est vengée en me cognant la tête à plusieurs reprises avec le séchoir, en me tirant les cheveux, et ce, sans s’excuser, et sans même faire mine de s’excuser, une horreur. Je suis sortie de là absolument furax contre elle, mais aussi contre moi-même.
Effectivement, comment couper court à ce genre de situation dans laquelle on a une grande part de responsabilité – pour ne pas avoir dit les choses clairement dès le début, en pensant que ce ne serait pas utile – et ce, sans que l’autre personne se sente coupable d’avoir réagi aussi violemment ? Et de se sentir soi-même coupable de l’avoir mise dans cette situation (même si c’est malgré soi) ? Ca peut aller très loin. »
(ANONYME)
« Un jour, j’ai dû entrer dans une banque (car son distributeur ne m’avait pas rendu la CB), j’ai illico annoncé ma surdité au guichet, minute de silence… soudain, le monsieur a ri !
J’étais trop vexée !
Evidemment, après, j’étais devenue méchante et agressive avec lui. Je n’ai jamais compris pourquoi une telle attitude avec moi ? Enfin c’est pas trop grave. Mais bon, quand même, 3 jours avec une gorge nouée… »
(LAURE)
« Les discussions à plusieurs à table : je fais avec, question d’habitude. Mes amis entendants oublient souvent que je suis complètement larguée dès qu’ils se mettent à parler à plus de 2…
Je préfère conduire le débat comme ca, j’arrive à suivre la discussion. mais quand ce débat m’échappe, bah, tant pis, je mange pendant que c’est chaud… et après je demande des détails, genre « Bon, vous avez fini ? Vous en êtes où ? ».
Parfois je m’apercois qu’ils ont changé 2 ou 3 fois de sujet pendant que je mangeais !!!
Quand j’ai fini de manger, je peux enfin les écouter tranquillement (si je peux toujours les comprendre) car pendant que je mange, je baisse souvent la tête et oups, je rate une phrase à tous les coups …
Dur à suivre. De toutes façons, quand ils veulent me parler, ils sont obligés de tout reprendre à zéro…
Il faut être optimiste dans ce genre de situation. Il ne faut jamais désespérer d’être une « plante décorative »… Pendant qu’ils parlent, moi je réfléchis à mes petits plans ou projets … et je gagne du temps …
De toutes façons, c’est du blabla et le sujet ressort souvent à chaque fois… »
(RIANE)
« On peut manger et regarder les gens en même temps, question d’entraînement. J’explique mes trucs : si je dois être avec un groupe d’entendants papoteurs de première, je prends un plat froid (attention aux salades aux feuilles géantes non prédécoupées qui te collent plein de sauce vinaigrette sur le nez ou le menton… très sexy… ) ainsi je peux papoter ou les écouter, ça ne refroidit pas, c’est déjà ça. Ou prendre un plat pas trop difficile à découper (sinon bonjour les envois de sauce sur le voisin en coupant l’élastique de la paupiette) et bonne chance avec tout ce qui est riz et semoule, qui dégouline partout quand on se prend la fourchette sur le coin de la lèvre…
Du coup, on mange plus lentement, entre surveiller ce que font la bouche, les mains, celles des voisins, c’est tout benef’ pour la digestion !
Mais ce n’est pas de tout repos ces jonglages, j’ai souvent l’impression de manger comme une aveugle qui ne regarde jamais son assiette !
Le truc marrant, étant donné que je suis une fille, et que lorsque je mange, en ayant sans cesse les yeux fixés sur les personnes qui sont avec moi, et que si par malheur, c’est : 1/ un tête à tête (professionnel de surcroît …) et 2/un mâle, il croit que je suis passionnément ses faits et gestes… avec mon regard sans cesse fixé sur sa pulpeuse bouche couverte de sauce ! Beurk ! »
(ANONYME)
« Je fais attention aux plats, presque jamais de salade verte qui dégouline de vinaigrette, ça ne vous est jamais arrivé de mordre dans une fourchette désespérément vide ? Si c’est le cas, s’ensuit un mouvement brusque propre à déboîter les vertèbres cervicales dans la crainte de retrouver ce qu’on pensait manger sur son pantalon…
Et si c’est par terre, je regarde alentour tout en donnant un discret coup de pied, il arrive même parfois que l’aliment expulsé par le dudit coup de pied fasse l’objet d’une petite glissade d’une autre personne portant un plateau auquel cas je plonge vite fait mon nez dans mon assiette. »
(PATPISOURD)
« Avec plusieurs collègues, je ne suis pas la conversation, du coup, des fois quand je ne comprends pas ce qu’ils disent (ils parlent d’un film qu’ils ont vu au ciné par exemple), je demande à ma voisine de table de quoi ils parlent, elle me répond : « ils racontent un film » mais elle ne me donne pas les détails ! Je suis toujours un peu mal à l’aise, je voudrai tant savoir ce qu’ils disent, je n’ose même pas leur dire « stop, je ne comprends pas, répétez s’il vous plaît ».
J’ai peur qu’ils s’énervent… »
(NATHY)
« Un jour j’étais avec une amie entendante et un copain sourd LPCiste. On codait mais à la table voisine, il y a avait des Italiens qui se disaient : « Oh ! les pauvres sourds ! Ils sont limités etc ». Tout un discours complètement faux, et mon amie, étant Italienne d’origine, en avait tellement marre qu’elle leur a répondu que non, pas du tout ! Et elle a aussitôt raconté notre histoire. Cela va de soi que les Italiens étaient bouche bée ! En italien en plus ! »
(MAX)
« Aaaaaaaaaaaaaaaaah, l’administration, la très chère administration, elle m’en a fait voir de toutes les couleurs.
MAIS, c’est grâce à ce genre de problèmes que je suis devenu expert ès-engueulades, j’arrive quasiment toujours à obtenir gain de cause.
Un promoteur immobilier à qui j’avais affaire, Monsieur R, pensait pouvoir me berner.
Malheur à lui, je l’ai secoué comme un prunier, je l’ai engueulé dans le nez, j’ai pris à témoin d’autres clients qui hallucinaient complètement.
Il ne savait plus ou se mettre, il a même appelé ma mère au téléphone (en effet je lui avais donné le numéro pour me contacter, c’était à un moment ou les fax, SMS et internet n’étaient pas encore démocratisés) pour lui demander de me calmer, ma très chère môman l’a envoyé paître.
Ben, maman me fait confiance pour résoudre mes affaires, et les siennes accessoirement depuis son veuvage.
J’ai obtenu gain de cause auprès de ce R et j’espère que cela aura servi pour d’autres éventuels clients sourds ».
(PATPISOURD)
« Je sais que je n’ai en général pas trop de problèmes car je prends tout le temps une mine plutôt ahurie/interrogative si on me court après en hurlant, à la sortie d’un magasin. En plus je suis sincère, et ca ca se remarque très vite. Il faut dire que je suis du genre incapable de foutre la pagaille en public, chose qui me manque parfois quand c’est moi qui suis mécontent d’un vendeur (ils ont de la chance de tomber sur moi ces c**s là).
Mais c’est vrai que c’est très très frustrant d’être pris pour un voleur tout simplement parce que tu n’entendais pas l’antivol. C’est pourquoi quand je vois que la personne a l’air incrédule, je n’hésite pas à lui montrer directement mon appareil, histoire de la calmer un peu. Ca marche généralement bien. »
(HUGUES)
… au travail ! Et l’embauche ?
« Etant étudiante en 2ème année d’école de commerce, j’ai eu la chance d’avoir effectué plusieurs stages instructifs. Cela s’est toujours bien passé dans l’ensemble. Mes collègues (pas tous) faisaient attention à moi, me taquinaient et cela me mettait à l’aise. J’ai pu leur montrer qu’ils pouvaient compter sur moi. Ce n’est pas parce que nous avon un handicap, que nous sommes plus débiles que les autres. Il faut évidemment fournir plus d’efforts.
Actuellement, je fais un stage et j’avoue que ça se passe moins bien car mes collègues se tapent les uns sur les autres et ils ne font même pas attention à moi. J’ai l’impression d’être un fantôme… Jamais, ils ne me demandent si je comprends bien, ils ne m’informent guère. Je suis obligée de courir à droite, à gauche et je ne récolte que peu d’informations.
Je leur ai carrément dit que j’avais des difficultés d’intégration et ils m’ont répondu « ah bon, pourtant ca se voit pas, tu parle bien et tu comprends bien… ». Alors que j’avais beau leur dire de faire attention à moi, leur expliquer ce qu’était la surdité. Mais ca sort par l’autre oreille !!
J’avoue que ca me fait un peur le jour où je me lancerai dans la vie active. J’ai fait ces études pour prouver que les sourds sont aussi capables de réussir que n’importe qui. On verra… »
(LELE)
» Je travaille depuis plus d’un an et demi dans une compagnie d’assurance dans différents services. On passe tous par des périodes de doute, de remise en question sur sa situation professionnelle, si les collègues, le responsable nous estiment, si on est à la hauteur etc..
C’est normal qu’on se pose des questions, surtout si l’on est sourd. Mais il faut savoir qu’il faut pas généraliser ceci par rapport à la surdité, car tout le monde – les entendants compris – a des passages à vide, que ce soit en stage, en CDI, … La vie professionnelle c’est ça, jamais en ascendance régulière mais toujours avec des hauts et des bas. C’est valable pour tout le monde.
Moi aussi j’ai eu le sentiment d’être délaissé à un moment donné, qu’on ne me confiait pas de nouvelles tâches, et surtout d’avoir des problèmes avec ma chef. J’ai donc connu un passage à vide…
Mais avec tout ce cogito, j’ai préféré en parler ouvertement avec ma collègue avec qui je m’entends très bien, et elle m’a expliqué qu’elle aussi cela lui arrive souvent d’avoir des doutes, qu’elle n’apprécie pas vraiment la chef mais qu’elle fait avec, et me conseille surtout d’en parler avec la chef, en toute transparence. Ainsi tout se passe mieux ensuite. Le fait d’en parler ouvertement permet de remettre les pendules à l’heure. Bref actuellement, tout se passe pour le mieux, et j’en suis heureux.
C’est vrai que le monde professionnel n’est pas toujours évident, car c’est un monde qu’on ne choisit pas, mais qu’on subit : pratiquement une arène ! Il faut surtout s’entourer des collègues en qui on a confiance, bien faire son boulot même si c’est pas toujours marrant et surtout être patient…
Si vous voulez être heureux sur le plan professionnel, soit vous vous adaptez patiemment à la politique de l’entreprise, soit vous cherchez ailleurs une meilleure ambiance, un meilleur boss etc…
C’est pas toujours facile, mais on peut y arriver ! Tout dépend de ce que l’on veut ! »
(SNOP)
« C’est jamais pareil, d’un service à l’autre, d’une boîte à une autre.
J’ai fait des contrats dans des boîtes, ou je n’avais des relations qu’avec le big boss, les employés c’etait même pas la peine d’y penser.
Exemple : Ils partaient bouffer tous ensemble en me mettant de côté.
Alors…
Une autre fois, j’étais dans une « start-up » on mangeait tous ensemble le midi, c’était la course de celui qui arriverait le premier, et on était une bonne vingtaine … (même si je ne comprenais pas tout). La belle époque !
Faut pas généraliser… »
(CYBERBALOO)
« Conseils :
- Ne mentionnez pas votre surdité sur la lettre de motivation ! Ca peut faire mauvais effet et le dossier part à la poubelle. Mentionnez-le sur une feuille part si on vous le demande.
- Mettez au placard votre pancarte « Handicapé, Sourd, J’ai du Mal ! ». Là pire, c’est très mal vu ! Le misérabilisme n’a pas sa place dans ce genre d’entretiens d’embauche. Dites tout simplement que vous êtes sourd et qu’il faut articuler et parler un peu fort pour comprendre… Le jury n’est pas né de la dernière pluie, tout de même ! On est dans une société mal foutue pour les sourds, bah ayez votre machette pour affronter cette jungle.
- Montrez que vous êtes motivé ! Dites par exemple « malgré ma surdité, j’ai envie d’aller plus loin, de m’accrocher car je fais plus que les autres pour arriver au même niveau qu’eux ». Ca montre que vous avez la gnac !
- ZEN !!! Soyez vous même et respirez par le ventre ! »
(ACOUPHENIX)
« Il est vrai que lorsqu’on intègre une entreprise, les gens font attention au début, à votre surdité.
Avec le temps, les gens ont tendance à oublier.
Dans mon cas, ça arrive souvent, ils me disent en permanence : »Appelle moi si t’as des nouvelles de tel ou tel dossier… »
J’avais l’air bien moi, les autres avaient l’air très embêtés, quand je leur disais : « Ben tu peux toujours attendre mon coup de fil ! »
(CYBERBALOO)
« J’ai eu une mauvaise expérience qui m’a un peu marquée. Lors de ma recherche d’emploi saisonnier, une banque était intéressée par mon CV et avait téléphoné chez mes parents (j’avais donné celui de mes parents vu que je n’entends pas…).
Ma mère a bien été obligée de les informer de ma surdité. Je ne dis pas le long moment de silence à l’autre bout du fil après cette annonce… ! Et évidemment, quelle fut la réponse de la dame : « eh bien, notre proposition ne va pas lui convenir, au revoir ! ». J’étais très en colère : même pas moyen de discuter avec cette bonne femme… Enfin bon, pour dire que certaines entreprises ne méritent pas qu’on s’y intéresse…
Ah oui : en plus, j’avais noté que j’étais sourde en bas de mon CV et elle ne l’avait pas vu… »
(ANCLAIRE)
« Je vais parler de ma propre expérience puisque j’ai cherché du boulot et en ai trouvé un. Je suis passée par les entretiens, forcément.
Eh bien, ma méthode c’est la ruse. Pas très loyal mais quand même.
1/ Les CV et lettres : jamais je n’ai mentionné ma surdité
2/ Quand l’entreprise appelle pour une convocation à un entretien : je mets ma mère dans le coup. Elle répond aux coups de fil et dit
- « ah, ma fille est absente. Mais elle m’a donné son planning, je l’ai sous les yeux. C’est pour un entretien ?
- oui
- eh bien, dites moi le jour et l’heure ! » etc jusqu’a ce qu’elle obtienne un RV. Et moi, je suis à côté, je lui dis si c’est bon ou pas… Je demande à ma mère d’obtenir aussi des infos sur le déroulement de l’entretien (avec qui, nom de la personne et fonction)
3/ Le jour de l’entretien : généralement, le jury demande toujours de se présenter : ce que je fais (diplôme, compétences), puis à la fin, je dis » je suis malentendante (ça fait moins peur que sourd) » et d’ailleurs, je parle aussi de l’AFIDEO ( »je participe à une association » etc…)
Mon pari : je table sur l’ignorance des gens sur la surdité !
Mes faiblesses deveiennent une force ! C’est à dire qu’ils ne se rendent pas compte des difficultés que j’aurai à surmonter, j’oralise très bien, donc pour eux, je passe pour qn de « normal ». Il faut se focaliser sur les compétences. J’évoque (mais très rapidement et évasivement les difficultés de communication, notamment téléphone).
4/ Si on a une réponse positive, c’est seulement à ce moment-là que je choisis d’expliquer en détail les difficultés, et les aménagements de poste etc. Et là, j’estime que l’employeur ne peut plus se rétracter, puisque s’il prend le candidat et que celui-ci lui démontre qu’il peut faire le boulot, où est le problème ?
Petite remarque : concernant les aides à l’embauche AGEFIPH : au début j’en parlais. Mais seulement lors des derniers entretiens (dont celui à la suite duquel j’ai été embauchée), sinon je n’abordais même pas la question. Car je pense qu’à un certain niveau d’études, ce n’est pas ça qui les intéresse. _ Mais en faisant ce choix, je me prive peut-être d’une chance, celle de faire pencher la balance de mon côté, si l’employeur hésite entre 2 candidats…
Pour moi, c’est juste la cerise sur le gâteau pour le patron !
Voilà comment j’ai procédé. Je ne dis pas que c’est la meilleure solution, mais ça marche. A chacun aussi de trouver sa démarche, en fonction du degré de handicap.
Mais il faut y croire soi-même ! Si on est convaincu, on convaincra d’autant plus facilement l’employeur. Au début de ma recherche d’emploi, je me faisais du souci, je me sentais dévalorisée. Mais non, il faut savoir mettre ceci en valeur, tirer sa force de sa faiblesse ! Chaque problème a sa solution et il y a toujours un moyen de faire autrement !!!
Foncez ! »
(DOLORES)
« Quand j’étais graphiste en sortant des Arts Graphiques avec peu d’expérience, j’ai fait plein de stages grâce à un ami qui avait une bonne réputation auprès des agences de Design, et après je me suis démerdée avec des CV et entretiens…. Et hop une collègue avait parlé de moi au patron et ainsi de suite…. Avec plus d’expérience et de contacts et par relations, on trouve plus facilement du taf.
A l’époque où je faisais des stages, généralement je montrais mon Book, et mon style plaisait, on était emballé, mais quand on parlait de ma surdité au directeur qui ne me voyait pas mon travail, c’était à l’eau, genre : « Sourde ? On prend plutôt les autres candidats, ils sont normaux, eux ! »
(LAURA)
« Je ne mentionne jamais ma surdité sur mon CV : elle n’a rien à y faire (sauf *éventuellement* pour préciser un point faible.
Dans mon cas par exemple, j’ai juste signalé que j’étais très bon en anglais écrit, mais pas à l’oral « à cause de difficultés auditives ». Sans plus).
Lors de l’entretien, là, c’est du cas par cas. Si je comprend bien la personne, tant mieux. Par contre si je vois qu’elle n’articule pas assez ou qu’elle tourne souvent la tête, alors là je dis : « Excusez moi, mais je suis malentendant, et je lis beaucoup sur les lèvres. J’ai juste besoin que vous fassiez un tout petit effort pour que je vous comprenne ». Et généralement, la personne me pose deux trois questions du style : « Faut que je parle plus fort ? Plus clairement ? Comme ca, ca va ? Vous aurez besoin d’installations particulières pour votre travail ? » et c’est tout. On ne s’attarde pas dessus.
Résultat ? Je bosse avec un maitre de stage très satisfait de moi. »
(HUGUES)
« A mon agence de Design, il y a des commerciaux qui bossent avec des graphistes. Il y en a un que je trouvais très gentil, facile à comprendre, super sympa avec moi.
Ce midi donc, mes copines-collègues m’ont appris par hasard que ce type leur en fait baver : il est mesquin, hypocrite, a les dents longues, bref le type dont il faut se méfier. J’en suis tombée par terre !
M****, je n’entends pas ce qui se passe, ce qui se dit derrière son dos ! Ca me fout les boules d’être sourde parfois car j’en apprends beaucoup moins sur les gens…
Mes collègues me tiennent souvent au courant des choses mais… pas toujours… Alors je leur pose des questions » tu t’entends bien avec tel ou untel ? », « il est sympa ? » pour savoir à quoi m’en tenir.
(LAURA)
« J’ai eu un choc un jour : une personne avec qui je bosse me semblait très compétente, gentille avec moi etc…
Et voilà, j’apprends qu’elle a une réputation de grognon chez les autres, voire pas sympathique du tout… Peut-être qu’elle est plus gentille avec moi parce que je suis sourde ?
Il y a des moment où je regrette d’avoir entendu les potins : mon regard sur la personne change et je ne suis plus naturelle avec elle…
Je préfère garder mon opinion sur la personne et personne ne doit m’influencer ».
(RIANE)
« Ah oui j’étais morte de rire à la dernière soirée.
Je ne connaissais personne et y’avait que des entendants. J’ai discuté avec eux et puis, après le repas, musique.
Je dansais « normalement », comme les autres quoi.
Et y’a quelqu’un qui m’a attrapé par le bras et qui m’a dit :
- Attends, tu n’entends rien ? »
Je lui réponds que non rien du tout à part un gros bruit et les vibrations de la musique.
Il m’a regardé et m’a répondu : » C’est dingue, tu nous bluffes ! Tu nous fais croire que t’entends pas alors que tu danses super bien, t’es vraiment dans le rythme, mieux que certaines personnes »
Héhé beau compliment ! Mes chevilles n’ont pas enflé heureusement !
Mais je n’ai jamais fait de danse (quelle horreur) et je me demande comment je fais pour être dans le rythme ? M’enfin !
Aimer danser ? Ben je danse tout le temps, avec ou sans musique. »
(CELINE)
« A l’approche de Noël, je dois acheter des cadeaux pour mes proches. Souvent quand je demande à mon frère ou à ma soeur ce qu’ils aimeraient avoir, ils me répondent souvent « un CD ».
Moi, qui n’écoute pas de musique et qui n’y connaît rien, j’évite d’en acheter ainsi que tous les cadeaux qui font appel à de la musique. »
(CAMILA)
« Tiens hier y avait aux infos un reportage sur les lois anti-bruits qui traînent depuis 92, mais peu appliquées… Ca va être intéressant.
J’habite en ce moment entre deux églises, et dans un dédale de vieilles ruelles, par lesquelles de temps en temps, passe un scooter dont le bruit est amplifié par les échos de mon quartier… L’horreur quand j’écoute de la musique et pour les entendants qui dorment chez moi !
Vivement l’amende anti bruit !!! »
(LAURA)
« On pourrait sortir une startup « tu en as marre du bruit ? Toi aussi deviens sourd pour 1 euro » « .
(TWINSEN)
« On peut être sourd, mais avoir conscience du bruit, et du fait que ça puisse gêner les entendants, ça s’apprend : chez moi, je fais attention avec mes talons, le bruit de l’eau, des WC, de la TV, de la vaisselle car je sais que les voisins apprécient très modérément ce genre de manifestations à une heure avancée de la soirée.
Quand je dors chez des gens et que je rentre tard, je fais toujours hypergaffe avec les clés, le parquet qui grince, l’eau, etc. Et ça me fait toujours plaisir lorsque le lendemain matin, on me dit « c’est cool, je ne t’ai pas entendu rentrer ».
(ANONYME)
« Un jour ma voisine de dessous était venue me voir me prévenir qu’il y aurait une grande fête chez elle toute la soirée donc beaucoup de bruit, je lui ai dit que ça me dérangerait pas de tout puisque je suis malentendante.
Elle avait oublié ma surdité, elle s’est excusée et est repartie … gênée ! »
(NATHY)
« Moi, le matin, j’ai HORREUR de mettre mes appareils tout de suite, le bruit m’agresse ! Entendre l’eau du robinet couler quand je me lave les dents, entendre le tintement de la cuillère contre le bol, ça me met de mauvais poil ! Et entendre les gens aussi !.. »
(DOLORES)
« Pour moi, c’est clair : les appareils, c’est après la douche !
Déjà qu’une fois, j’ai eu le malheur de prendre ma douche avant le petit dej, et que je l’ai pris avec un membre de la famille. Mes appareils branchés, j’ai eu la stupeur de découvrir en prenant mon café que… la radio était allumée. J’ai demandé : « Vous l’allumez tous les matins ??
- « ben… oui »
- « eh beh heureusement que je ne mets jamais mes appareils à ce moment-là ! ».
Le calme matinal est effectivement d’un confort absolu… Et j’ai mis 20 ans à m’en rendre compte.
Sinon, le fait d’être « obligé » de mettre mes appareils parce qu’on m’appelle au téléphone ou parce que je suis avec un ami, ca m’horripile !! Merde, je suis bien comme ca, mes appareils c’est pour plus tard dans la journée ! Non mais hein.
Faudrait voir si vous aimez être réveillé avec un seau d’eau sur le visage ! C’est le même effet que me fait le bruit tant que j’en ai pas envie, après une nuit entière de silence total ! Tiens… ben ca m’explique une chose : ne pas mettre mes appareils, ca prolonge mon sommeil ! »
(HUGUES)
« Dès que j’entends un bruit bizarre, je demande à quelqu’un de me l’identifier, pour que je sois moins stressée la prochaine fois que je l’entends (ca peut être le chien du dessus ou l’aéroport voisin !!)
Ce qui m’a fait rire, c’est quand mes parents sont venus chez moi, ils m’ont dit que derrière le mur des WC, il y a les canalisations qui font un bruit d’enfer… Je suis la seule à ne pas remarquer ce bruit « indiscret » (ben quoi, ce sont les WC de mes voisins de dessus !). Tant mieux !
Idem pour la porte d’entrée de l’immeuble : mon appartement est situé en face de l’entrée de l’immeuble, pourtant je n’ai jamais entendu les gens entrer et sortir sauf s’ils font exprès de faire un max de boucan.
Si je veux rendre ma mère de mauvaise humeur le matin, je me présente au petit dej sans mes appareils. Il parait que je suis impossible pour la communication matinale … »
(RIANE)
« C’est vrai qu’au réveil, c’est pas évident de se réhabituer au bruit ! Je vais surtout tout doucement ! Je me réveille rarement en plein bruit sauf une fois, inoubliable !
C’était une nuit d’orage, l’été, sous une tente avec d’autres scouts, je dormais contre le truc en fer qui soutient la tente. On m’a secoué. Je ne comprenais pas. Je voyais les autres au centre. Je mets mon appareil et pile poil à ce moment là, un affreux coup de tonnerre. Imaginez mon effroi, j’ai pleuré comme une madeleine. J’avais douze ans. Juste après, la tente s’est effrondrée… »
(VIVIEN)
« A Lille, l’immeuble était vieillot, et il y avait du parquet sur les paliers. Un jour, j’ai été réveillée à 3h du matin à cause des voisins qui sont passés bien bruyamment dans l’escalier. J’ai cru que les parquets allaient se casser tellement ça ondulait et je sentais mon matelas bouger comme un bateau…
Ca m’a réveillé en sursaut, de panique. J’ai cru qu’il y avait un problème : un incendie par exemple !!
Je ne dis pas ma colère quand je n’ai rien vu sur le palier (c’était la veille d’un exam en plus !)
C’est pas parce que je suis sourde qu’ils peuvent tout se permettre. Je suis très sensible aux vibrations. »
(RIANE)
« Quand ma mère rentrait et que j’étais sous la douche, étant donné que nous avons des portes qui ferment la douche, je sentais la vibration dans l’air. Et je disais « Maman, tu es là ? » Et elle était toute étonnée car je n’étais pas censée l’entendre.
Et c’est comme ça qu’elle me dit que j’entends quand je veux.
Sinon, je trouve que les vibrations sont bien utiles pour nous orienter et pour compenser notre déficit auditif.
Je pense que selon le degré de surdité, la sensibilité est plus ou moins grande. »
(SURFERIN)
« J’étais en train de faire du rangement quand, soudain je sens des vibrations bizarres ! j’avais un peu peur. Je cherche l’origine : TV éteinte, Ordi : pas les mêmes vibrations, chaudière non plus…. encore plus bizarre : je sentais mieux les vibrations en touchant le robinet de ma cuisine !!!
A ce moment là, je me suis concentrée sur le rythme des vibrations. Je me suis dit qu’on dirait de la musique ou la radio ???
Et je suis allé voir les voisins pour en être sûre.
Finalement, ils m’attendaient !!! J’étais abasourdie ! Ils étaient sûrs que j’allais les sentir ! Pour se faire pardonner, ils m’ont donné un bon gâteau ! Alors là !
Par contre la machine à laver le linge, quand elle essore … ! Elle bouge beaucoup et cogne les parois … Elle m’a flanqué de ces trouilles alors que j’étais sous la douche !
Je pensais qu’il y avait un tremblement de terre !!!
(AURCHEVALLIER)
« Nous, on est toujours étonnés des vibrations ressenties par notre fils : sur ma bécane, j’avais un problème de disques de freins qui vibraient (mais je ne le savais pas).
Je cherchais depuis plusieurs semaines la cause des vibrations dans le guidon…
Un jour, le petit qui est dans le panier, tout d’un coup, se lève, me montre du doigt l’avant de la moto en criant « hummmmmmmmmmmmm » (version longue qui signifie « y’a quelque chose que je veux te montrer »).
On s’arrête, il descend du panier, va sur la roue avant, et me montre avec insistance le disque, et le tape de la main…. moi quoi ? Je cherche ce qu’il veut me dire, et il se met à ma faire « vibrations » en signes, accompagné de la bouche « brrrrrrrrrrrr ».
Je sors les clés Allen pour vérifier le disque… il était desserré et n’était pas plat… ce qui provoquait cette fameuse vibration !
Et c’est le petit de 2 ans qui a trouvé la solution…
Il s’amuse bien sûr énormement quand je l’emmène dans les ateliers moto, où il peut sentir les résonnances des échappements, et bien sûr, il adore son tapis vibrant relié à la chaine HI FI.
Enfin la maison est entièrement en carrelage, mais il arrive à ressentir nos appels quand on tape fort du pied sur le béton… et ça, ça m’épate ! »
(CYRILLE)
« Par exemple, comment fait-on pour se lever si on entend pas la sonnerie du réveil ? C’est simple, on utilise un réveil vibreur.
Ca me rappelle que quand je voulais éteindre mon vibreur quand il était l’heure de se lever, je le faisais tomber du côté du mur. Et ca a toujours réveillé mes parents tellement il faisait un boucan d’enfer.
A chaque fois que j’attends le métro, je sens les vibrations d’un train qui arrive. Je le sais avant même qu’on voie le train arriver. C’est dingue !!! Mais des fois, le train n’arrive toujours pas dans le bon sens.
C’est très utile les vibrations, je dois dire. »
(EMMANUELLE)
« S’il ya de la musique forte, je préfère éteindre mes appareils pour mieux ressentir les vibrations qui résonnent dans ma poitrine. Ma soeur fait de la clarinette et je coupe mes appareils pour être tranquille mais la clarinette est si grave et puissante que je ressens les vibrations le long du canapé et ça chatouille !
Ca m’est aussi arrivé : je dors le matin, peinard, dans la maison de mes grands parents, une maison avec plancher en bois. Mais mes cousins et cousines cavalent dans le couloir et les vibrations de leurs pas me réveillent. La colère noire !
(MARTIN)
« Moi j’ai eu toutes sortes de réveils !
- Réveil doux de ma femme avec tout plein de câlins au moins on arrive à l’heure et de bonne humeur
- Réveil de ma soeur avec un verre d’eau
- Réveil de mon chien qui fonce direct dans mon ventre voir mes bijoux. Ma mère ferme la porte de ma chambre, donc le chien saute sans arrêt sur moi. Là la porte est ouverte et le chien attend que je sois levé sinon il me latte. Tout ça car le chien sait qu’il aura une récompense au ptit dej !
Vraiment radical ce réveil.
- Réveil avec lumière
- Réveil avec vibreur
- Réveil de mon père avec un coup de pied au cul car je me suis rendormi
- Réveil d’une ex qui m’a poussé hors du lit (ailleuuuu !) »
(ACOUPHENIX)
« Je déteste le réveil vibreur ! Je l’ai utilisé pendant 4 ans et à la fin je ne supportais plus du tout les vibrations ! Ca me donnait mal à la tête et toute la journée, je sentais les vibrations ! Arghhh quelle horreur !
Là ça fait… 6 ans que j’utilise le flash et ça marche à merveille ! C’est plutôt bien d’avoir des éclairs de lumière par intermittence plutot qu’un truc qui vibre pendant 3 minutes ! Rien que de repenser à ce réveil vibreur j’en ai des frissons !!
Mais avant que ces joujous n’existent, mes parents venaient me réveiller en me faisant un bisou ! Et le chien suivait l’exemple en me léchant pour me réveiller ! »
(CELINE)
« Pour se conditionner à se réveiller à telle heure précise, c’est très simple les enfants.
Vous regardez droit dans les yeux de votre chien (ou de votre chat mais je ne suis pas sûre du résultat) et par télépathie vous lui demandez de venir vous réveiller à telle heure le lendemain.
Ca marche garanti !
Je vous jure, ma chienne comprend à quelle heure il faut que je me réveille et donc elle saute sur mon lit, me fait un gentil bisou et repart. Si je suis pas levée assez rapidement à son goût elle insiste, et finit par gratter le lit, ce qui m’exaspère et je me réveille. Elle est parfaite ma chienne !
Essayez vous m’en direz des nouvelles !
(CELINE)
… et toutes les formes de silence.
« Seriez-vous capable de vivre dans le silence absolu sans sons et sans avoir à recours aux appareils ?
Personnellement, je crois que je serais incapable de vivre dans le silence absolu car j’aurais l’impression d’être invisible. C’est bien de rester dans le silence pendant quelques minutes mais toute une vie… Je crois que je ne supporterais pas ou je deviendrais folle. Entendre un peu est toute ma vie. J’ai déjà du mal à imaginer quel serait ma vie sans au moins ça. »
(EMMANUELLE)
« Personnellement, je ne pourrai pas vivre dans le silence total. Même si les sons que je perçois avec mes appareils sont bien imparfaits, ils me servent de repères. Au moins je sais qu’il y a un bruit quelque part et ça éveille ma vigilance.
Ca m’aide aussi pour comprendre les paroles, même si à choisir, je préfère passer au silence absolu plutôt que de ne rien voir.
Le problème n’est pas tellement de ne pas entendre les bruits (ça, je peux m’en passer) mais que c’est très difficile d’apprendre à oraliser si on entend pas quelque chose, aussi imparfait que cela soit… ceci dit, cela n’empêche pas une intégration réussie en milieu entendant, heureusement (et bravo aux personnes qui y arrivent) mais cela doit être encore plus dur…
Sans mes appareils, je suis perdue. J’ai toujours les anciens, au cas où ils tomberaient en panne ».
(DOLORES)
« Je ne pourrais pas vivre dans le silence absolu toute ma vie, parce que j’ai l’habitude d’entendre des bruits (aussi indistincts soient-ils) et les modulations des voix.
En tout cas, je suis capable d’enlever mes appareils pour plus d’une semaine (ça m’arrive souvent pendant les vacances, et je les considère franchement comme les VRAIES vacances, les vacances silencieuses, les vacances sans efforts) car il faut bien que je me déconnecte de la réalité de temps en temps.
De toute façon, le silence absolu, on s’y habitue ou pas. Quand j’étais petite, ma famille m’obligeait à mettre les appareils tous les jours et même pendant les vacances ! A la plage, au ski etc ! J’en pouvais plus, ca n’a pas été évident de contredire mes parents… »
(LAURE)
« J’ai fait le lycée en internat.
Un fois, mon coturne me réveille à une heure pas possible (du style 5 heures du mat’).
Je l’envoie ch… : « Mais tu m’emm… va te faire f… ! Je veux dormir ! »
Bref, pas de bonne humeur !
Heureusement il a insisté…
Il y avait l’alarme à incendie !
Cette année encore, je peux brûler en paix, ça fait 2 ans que je réclame des flashes, en vain… »
(FANFOUE)
« Je ne peux pas dormir dans le noir. Il me faut toujours une petite lumière pour m’endormir. Comme ça je suis rassurée, on voit un peu à travers le noir.
J’ai peur du noir car j’ai l’impression qu’il y a quelque chose dedans.
Les entendants n’ont pas peur du noir car ils dorment, mais ils entendent de ce qui se passe. Donc pour eux, c’est rassurant.
Ce qui est bien chez les sourds, c’est qu’ils peuvent dormir tranquillement puisqu’ils n’entendent rien. Pas d’orage ou de musique ou de bruit qui les empêchent de dormir. Alors que les entendants, ca les dérange. »
(EMMANUELLE)
La fameuse voix artificielle… et autres histoires de prononciation
« Tout sourd sait que sa voix est complètement fabriquée, artificielle, pas naturelle du tout, mais il y a plusieurs nuances. On me dit que je « parle du nez », ou alors que j’ai une voix un peu aiguë, on me demande souvent si je suis enrhumée ?
Ce n’est pas très agréable de voir son handicap sans cesse ramené sur le tapis, alors qu’on n’y pensait pas forcément sur le moment.
La voix et le fait de ne pas entendre, ce sont vraiment deux handicaps inhérents à la surdité ».
(ANONYME)
« Un jour, je me baladais dans la rue, un type avec l’air embêté parce que sa voiture était tombée en panne – ce qui avait l’air de le stresser considérablement – m’accoste et me demande de la monnaie pour téléphoner. Je lui réponds : « Désolée, je n’en ai pas » (et c’était vrai, je lui aurais bien donné un coup de patte, mais j’étais étudiante et fauchée comme pas deux), il me regarde méchamment, l’air hyper frustré, et attaque illico, tel un pitt-bull : « Qu’est ce qu’elle a votre voix, vous avez eu un accident aux cordes vocales ou quoi ?! ». Hum, gros silence, et moi, au lieu de lui coller un mégapain (très hyperprimitive comme réaction… mais je l’ai sentie venir, je l’avoue !) je lui ai fait mon plus beau sourire et suis repartie sans un mot, en le regardant droit dans les yeux : il devait se sentir sacrément frustré pour avoir réagi aussi agressivement.
Je sais que mes amis me diraient : « T’aurais dû lui dire ce qu’il en était, pas te laisser faire comme une carpette ! », mais j’ai senti qu’il n’était pas à un moment d’ouverture d’esprit et de disponibilité pour écouter ce que j’avais à lui dire, il se serait encore plus braqué et m’aurait davantage agressée, je pense.
Et je crois que ce ne sera ni la première ni la dernière fois de ma vie terrestre que je tomberai sur ce type de réaction violente et démesurée : même si c’est agaçant de sentir son impuissance face à l’étroitesse d’esprit de certaines personnes, les sourds ont l’habitude de ce genre de situation, ils font avec. »
(ANONYME)
« Je parle fort partout avec ma voix assez grave… et ca résonne de tous les coins !!
Trop souvent ma famille me disait » ccchhhhhtttttt !! tu parles super fort » heureusement gentiment… Je recontrôle ma voix ce qui n’est pas une tâche facile pour moi…
J’ai du mal à stabiliser ma voix… »
(AURCHEVALLIER)
« Le truc avec sa propre voix, c’est qu’on ne s’entend pas parler, c’est assez stressant, on ne sait jamais si c’est compréhensible ou pas, trop fort ou pas assez. Ca s’apprend en orthophonie, avec du travail sur les cordes vocales.
Mais il suffit de voir la tête de son interlocuteur pour s’adapter : s’il recule ou regarde partout avec gêne, on baisse aussitôt d’un octave, mais s’il se penche en fronçant les sourcils, c’est qu’il n’entend pas bien, parce qu’il y a trop de bruit autour, ou qu’il ne s’habitue pas à la voix, on articule donc davantage et parle plus lentement.
On s’adapte automatiquement. »
(ANONYME)
« Je déteste quand on me dit que je parle fort, c’est comme une censure, comme si on me disait : « toi, tais toi ! ».
Heureusement c’est rare car je dose assez bien bien ma voix je crois. Bizarrement ce sont toujours les quelques mêmes personnes qui me font la réflexion à tel point que j’en arrive à douter, est ce vrai ? hum … pas très sympa en tout cas …
Et les gens qui nous crient dessus, beurk ! Inutile et carrément humiliant parfois ! La surdité est un handicap qui ne se voit pas, c’est pas pour attirer l’attention par des hurlements en public pas vrai ?
En revanche vous avez déjà essayé de converser en tête à tête à la terrasse d’un café juste avec la lecture labiale ? C’est rigolo et s’il y a des voisins ils sont tout intrigués. »
(ALINE)
« Encore et toujours, il y aura des mots que je ne prononcerai jamais correctement.
Je me souvient encore qu’on m’a appris qu’un mot se terminant par « ..tion » se prononcait en fait « ..ti-on » et pas « ..si-on » comme j’ai si souvent pris l’habitude de le faire.
En fait, il y a encore forcement plein de mots que je prononce plus ou moins correctement et qu’on ne me corrige pas pour une raison très précise : les gens ne s’en rendent pas compte. Suppléance mentale. Auto correction. Même à nous ca nous arrive de comprendre correctement un mot mal prononcé, ou de ne pas apercevoir une immonde faute de français dans un texte écrit. »
(HUGUES)
« Je parle bien mais mon seul problème est le « k ». Je n’arrive pas à le prononcer. Ou plutôt si mais j’oublie tout le temps de le faire.
Par exemple, quand je dis coucou : cela fait ouou ! Ca fait rire les autres ! »
(EMMANUELLE)
« Je sais que j’ai eu beaucoup de mal à dire « je » car je disais « cheu » ! Mais maintenant, je me suis amélioré !
Il y a des mots où je bute comme « spectacle » ! Je disais : « on va voir le spetacle ». Un autre mot aussi : « Aéroport » car je disais « aréoport ».
Mon orthophoniste me corrigeait souvent aussi entre le « s » et le « che » ou le « c ». Un exemple, au lieu de dire cerise, je disais cherise !
(VIVIEN)
« Moi mon problème c’est le chochotement, je prononce les ’s’ ’ch’ !! « chalut cha va quoi… !!! » Et sinon je m’aperçois qu’au bout de 21 ans, il y a encore des mots que je prononce mal ! Alors est-ce que c’est parce qu’on ne m’a jamais reprise dessus ou… ??
Allez quelques exemples de mauvaise prononciations qui m’ont foutu la honte :
« clebs » je le prononçait cleb et non pas cleps
« gars » je disais « garrr » et non pas « ga »
« klaxon » je disais klaxon et non pas « klaxone »
Et y en a plein d’autres et c’est effrayant !!!
Et ne parlons pas des noms des stars américaines ou autres….
(ANONYME)
Lire sur les lèvres… faire semblant de comprendre…
« J’ai un oncle qui parle très près de moi ! (on dirait qu’il veut m’embrasser ! J’exagère, bien sûr). Mais bon, c’est désagréable. Alors quand je recule, il se rapproche encore. Et en plus, il parle fort mais ça c’est dans sa nature. Du coup, ça me fait loucher : sa bouche est multipliée par deux ! »
(VIVIEN)
« Je m’écarte pour pouvoir lire sur les lèvres, je n’ai que ça, et parfois ça vexe la personne qui croit schlinguer de la g… »
Mais depuis longtemps déjà, je dis que je lis sur les lèvres et que trop près, j’y vois rien. »
(PATPISOURD)
« Il faut avoir en tête, d’une part, que chacun d’entre nous a une façon de parler qui est spécifique et unique (comme un code génétique), de ce fait, je dois à chaque nouvelle personne rencontrée, m’adapter à sa « gestuelle labiale ». Et cela me prend plus ou moins de temps pour m’y faire. Il existe donc toujours une appréhension en arrivant dans un environnement encore inconnu.
D’autre part, comme je n’entends absolument rien, lorsqu’une personne parle, je suis confrontée aux sosies labiaux, je dois donc avoir un contexte en tête pour l’adapter à ce qui m’est dit. Ce qui signifie que plus j’aurai de contexte (et donc de vocabulaire afférent) plus j’aurai de chance de saisir exactement ce qu’on me dit.
Sinon je peux être carrément « à côté de la plaque » en toute bonne foi. Ce qui est légèrement embêtant dans le cadre de la vie professionnelle …
En sus du contexte, je m’appuie également énormément sur la suppléance mentale, ce qui signifie que selon les personnes, je comprendrai 30 ou 40 % de leurs propos et devinerai les 70 ou 60 % restants. De même que je peux deviner les questions à partir des réponses, le début d’une phrase à partir de la fin de ladite phrase, etc.
On apprend aussi à lire sur les lèvres de profil, à s’habituer aux accents régionaux, à comprendre l’anglais et l’espagnol, …
C’est une sacrée gymnastique intellectuelle ! »
(ANONYME)
« A mon travail par exemple, j’essaie d’aller jusqu’au bout, de faire répéter, de leur demander d’écrire, en informatique par exemple, il y a beaucoup de termes techniques…
Par contre, quand on me parle de choses plus ou moins futiles, genre : « Mon fils Hyacinthe a une chiasse carabinée parce qu’il a mangé des bonbons au troupalomigel… », si je me rends compte que ça ne m’apporte rien de comprendre, je fais : « Ah ok, la vache, alors ! »
Et cela m’arrive souvent.
De quoi on a l’air devant une personne qui répète inlassablement ?
La vie du sourd est une aventure quotidienne ! »
(PATPISOURD)
« Je fais répéter une ou deux fois, et si vraiment je n’y arrive pas, tant pis, je fais semblant d’avoir compris et j’essaie de m’éloigner pour éviter les questions gênantes du style : « Alors t’en penses quoi de ce que je t’ai dit ? ». C’est dangereux, ces questions-là !
Par contre, une personne que je connais, au lieu de lui faire croire que j’ai compris (ce qui, de toutes façons, ne passerait même pas), je lui dis que c’est pas la peine d’insister et qu’ellle m’expliquera plus tard si ca en vaut la peine.
C’est tout, quoi.
Faut pas se faire ch***. »
(HUGUES)
« Des fois on fait semblant de comprendre, mais on répond un peu par hasard par oui ou par un non, puis des fois on me regarde avec des yeuuuux, je vois que j’ai pas répondu correctement !
Il faut éviter ce type de situation, sinon on nous prend pour des c***. »
(ALPHAJET)
« La personne qui nous raconte une blague, ou qui nous dit quelque chose de drôle, et qui rigole… et si on n’a pas compris… on doit se forcer à rire… à se taper sur le genou… pour pas faire répéter… sinon ça ne serait plus drôle ! »
(EL CORDOBES)
« Ca me rappelle…
Une horreur.
Les profs qui vous demandent si vous avez compris.
« Oui » (en fait non mais je m’en fous, je suis en train de prendre les notes de mon voisin).
« Bon ben explique moi ca »…
Devant tout le monde en plus… pfff ! »
(HUGUES)
« Ouuui ça m’est aussi arrivé et je n’en suis pas très fière…
Je le fais quand je vois que la personne en face me prend pour une imbécile car je ne comprends pas…
Je le fais car je n’ai pas envie de lasser la personne en face de moi…
Je le fais parce que ca me fatigue aussi de demander de répéter…
Bref ça irait mieux si si si je n’étais pas sourde !!
Bref, parfois dans les conversations je prends un sourire poli et je ris avec tout le monde !!! La hhhooonnte !
Et si et si…
Tant pis, le ridicule ne tue pas ! »
(ANONYME)
« Il m’est souvent arrivé de demander de répéter ce qu’on venait de dire et on me répond : « C’est rien »…
Dans ce cas je répond : « Ah oui ! Qu’est ce que je suis bête ! Je suis sourd mais c’est pas grave… »
Et là, ils sont… »
(TOF)
« En général, les personnes lassées de répéter finissent par dire : « laisse tomber, c’est rien ! « , ça a le don de m’exaspérer, je ne me laisse pas faire et j’insiste, même en gueulant !
Ainsi, j’arrive à comprendre, non sans mal ! »
(SNOP)
« Ah ce « laissez tomber » !!! Comme il revient innombrablement ! Le plus important, c’est de ne pas se laisser aller. C’est ainsi qu’on se rabaisse nous-même. Alors qu’il faut montrer comment on peut suivre et comment ca peut devenir passionnant quand on participe malgré tout. »
(AURCHEVALLIER)
La spontanéité, ça s’apprend ?
« Avez-vous le sentiment d’être une personne spontanée ? Je veux dire, est-ce que vous avez l’habitude de participer rapidement à une conversation, sans jamais avoir un train de retard ? Ne souffrez-vous pas trop de comprendre trop tard le sujet et de vous faire dévancer par quelqu’un d’autre qui vient juste d’exprimer ce que vous aviez souhaité dire à l’instant ? Comme si tout allait trop vite pour vous et que vous ne rentriez pas vraiment dans le rythme…
J’ai tellement pris l’habitude de m’adresser finalement en tête à tête à une personne précise, que je me suis toujours senti exclu des conversations entre plusieurs personnes. »
(VIGUEN)
« Lorsque je me retrouve avec les sourds que je comprends plus facilement que les entendants (en groupe !), eh bien, j’arrive à peu près à être spontanée alors qu’avec les entendants, c’est trop rapide ou alors c’est trop tard : « oui je sais, untel me l’a aussi dit ! » GRRRRRRRR.
Ca dépend également du nombre de personnes entendantes avec lesquelles je suis. Si ca dépasse 3-4 personnes, eh bien, je deviens un objet décoratif… y a rien à faire, surtout avec ces personnes-là qui sont égoïstes sans même s’en rendre compte… »
(LAURE)
« Il faut lancer soi-même la discussion, avoir des idées en premier et être constamment inspiré pour pouvoir être au coeur de la conversation… Il faut être extraverti, c’est obligé, quitte à se faire remarquer à tout prix… Mais le problème, c’est que je ne trouve que rarement ce courage de me lancer ainsi devant plusieurs personnes qui vont tous se tourner vers moi en même temps… J’ai une sorte de blocage, c’est bête ».
(VIGUEN)
« On n’est pas obligé d’être extraverti, ca dépend aussi de notre caractère ! Il y en a qui préfèrent le silence, se cacher derrière leur timidité et d’autres qui ont besoin d’être regardés, besoin d’attention ! La surdité, c’est autre chose, il y a des sourds qui arrivent très bien à la surpasser en groupe (mais c’est très rare).
En cours, j’ai ce blocage, mais cette année, on m’a surtout encouragée à parler en Communication (présenter un exercice toute seule) et petit à petit, on arrive à maîtriser ce foutu blocage…
Par contre, avec des amis, ca dépend… Plus on est nombreux, plus j’ai du mal et je commence à rêver ou à lire.
Avec des sourds LSF, c’est différent, j’arrive souvent à imposer mes idées, puisque la LSF est visuelle et je peux interrompre la personne qui parle. Ca n’a pas été facile au début, car j’avais l’habitude de ne RIEN dire en groupe !! Et surtout de ne rien faire pour que ca aille mieux.
Même avec les sourds LPC, je retrouvais le même blocage qu’avec les entendants mais la dernière fois que j’en ai rencontré, ca s’est bien passé, j’arrive à peu près à suivre puisqu’il suffit de lire sur les lèvres mais bon, ce n’est pas non plus évident, je suis aussi timide. »
(LAURE)
« Cela dépend du contexte, si tu arrives à suivre, la spontanéité vient plus facilement, sinon, on est dans une situation d’exclusion.
C’est vrai que ce n’est pas facile de s’imposer dans le milieu des entendants, c’est un effort supplémentaire à faire pour prendre la parole et être entendu ! »
(ALPHAJET)
« La spontanéité c’est une condition mentale, un comportement, des réflexes, attitudes, une maîtrise de la culture et de la langue…
As-tu déjà vu des bègues participer spontanément à une conversation ?
Il faut savoir que dans un groupe il y a le ou les meneurs qui sont capables d’orienter les conversations et les autres qui suivent…
Comprendre trop tard et voir que tes idées sont dites par un autre…
C’est des choses qui arrivent tout le temps et il faut alors chercher de nouvelles idées…
Emettre des pensées originales…
N’oublions pas que vivre dans un groupe, c’est la compétition « amicale » mais omniprésente, où il faut être le plus rapide, le plus original, le plus amusant etc…
Même avec ma très bonne maîtrise de la lecture labiale, je suis toujours largué dans les conversations entre entendants (même avec mes meilleurs amis à 3 ou 4…).
C’est lié au fait qu’ils oublient parfois que je suis sourd… »
(ALPHAJET)
« Etre spontané, c’est être sur le qui-vive, à l’affût de chaque parole et idée… Suivre alors la conversation et vite trouver une réponse, un apport…
C’est cette spontanéité qui nous permet d’être écouté par les amis, les profs, les collègues…
Mais comment l’être lorsque l’on ne comprend pas la conversation ? Comment trouver le temps de comprendre-réfléchir-répondre, lorsqu’on perd déjà une toute petite minute du train qui est en fait la locomotive ?
Une façon d’y remédier, qui semble pour moi être un bon moyen…
Action n°1 : montrer que l’on s’intéresse à la conversation. Interrompre les interlocuteurs et les faire répéter (et si ils t’ignorent, bon vent ! Pars, ça ne sert à rien de rester).
Action n°2 : re-faire répéter en mettant l’accent sur l’opinion de l’autre : « Si je comprends bien, tu penses que … ? ».
Action n°3 : donner son avis ! (Contraire ou non, peu importe ! Le dire et rajouter quelque chose !)
Evidemment, je ne le fais pas à chaque fois, je ne suis pas lourde à ce point, mais quand je le fais, les entendants sont surpris car ils m’entendent enfin !
Mais surtout, c’est une question de caractère… nous l’avons ou pas. Mais elle se trouve… en prenant CONFIANCE ! »
(MADELEINE)
« Je suis assez frappé par certaines réflexions concernant la spontanéité.
Je ne comprends pas pourquoi on s’efforce de dire que c’est un problème de tempo, je ne suis pas d’accord la spontanéité n’est pas un moyen pour être « compétitif » dans une discussion.
Ca n’a rien à voir, pour pouvoir être compétitif dans une discussion, il faut surtout être un esprit agile et rapide, et surtout entraîné à faire des répliques. Mais je déteste ça, ça me fait penser à l’ambiance cynique du film « Ridicule »…
Pour moi être spontané, c’est surtout l’être au niveau de l’amour, de l’affection qu’on porte pour les amis avec qui on parle. Je parle souvent très peu, mais cela ne m’empêche pas d’être spontané avec eux, dans mes actes, dans ma pensée. La parole ne peut pas toujours vouloir tout dire.
Je pense que l’on se focalise, encore une fois, trop sur le handicap… On est sourd, mais cela ne nous empêche pas de dire ce que nous voulons dire… Et puis, tout le monde n’a pas l’esprit rieur, il m’est très difficile d’entraîner le public dans une histoire.
C’est avant tout un problème d’écoute de la part du public mais aussi d’estime envers la personne qui parle. Pour qu’on estime la personne qui parle, je pense qu’il est plus important pour cette personne de montrer son coeur et surtout son amitié.
Et pour finir : pour être spontané en pensée et en parole, il faut l’être avant tout dans le discours intérieur que nous constituons en nous-mêmes.
C’est à dire, savoir ce que nous sommes et savoir ce qui peut faire plaisir à autrui (entre le Moi et le Prochain, il y a un lien évident, ça s’appelle de l’empathie) ».
(MAX)
Avoir « le cul entre deux chaises »
» Personnellement, je me sens comme tout le monde, je n’ai donc pas à choisir un monde ou l’autre, puisque je fais partie du monde des entendants. Je suis très bien intégré, je réagis et me comporte comme un entendant, et le contact que j’ai eu avec les malentendants en 3ème et l’AFIDEO cette année m’ont fait me voir comme ce que je n’avais jamais voulu admettre : un handicapé. Du coup, je me rends vraiment compte des difficultés que j’ai dans la vie de tous les jours…
Je ne supporte pas cette facon de me voir, et pourtant… Du coup, je préfère largement rester dans le monde que tout le monde partage, qui n’est en fait ni celui des entendants, ni celui des sourds, mais celui de tout le monde ».
(HUGUES)
« On est toujours partagé entre le monde des entendants – où j’ai toujours été intégrée – et la communauté des sourds où l’on s’identifie aux autres… Je sais combien il est difficile d’avoir « le cul entre deux chaises », mais c’est forcé lorsqu’on recherche l’intégration. »
(RIANE)
« J’ai entendu dire qu’il y a des sourds LSF qui déploraient que nous ayons été « obligés » de nous soumettre à l’oralisme, mais, en ce qui me concerne, je ne regrette pas du tout le choix de mes parents. Je ne crois pas le leur avoir un jour reproché (sauf peut-être à l’adolescence, dans les périodes de remises en question). Aujourd’hui, je considère que je suis bien dans ma peau, et, comme beaucoup d’autres, je sais que pour tout ce qu’elle m’a donné, je resterai toujours attachée à mon intégration ».
(ANONYME)
« Je me souviens de mes années collège/lycées où j’en avais ma claque du monde des entendants et c’est à ce moment là que j’ai commencé à m’intéresser aux sourds gestuels et à apprendre la LSF. J’ai fait un camp avec des sourds et ce fut très enrichissant pour moi. Ayant toujours été en intégration, j’ai également de bons amis entendants.
Je ne pense pas qu’il faille choisir son monde d’appartenance car pour moi, tout le monde a quelque chose à apporter, que ce soit du côté des entendants que celui des sourds. Je remarque quand même qu’une conversation avec des sourds oralistes est plus riche pour moi puisqu’on a vécu quasiment les mêmes situations, qu’on a le même mode de communication… Mais ceci ne veut pas dire que je n’ai pas d’échanges intéressants avec les entendants (à condition d’être en petit groupe !) ».
(ANCLAIRE)
« Aberrant, absurde, pour moi….
Il n’existe qu’un seul monde ici…
Il ne faut pas faire un monde des sourds et un monde des entendants…
Pour mon propre cas, je n’ai aucun mal à jongler entre les prétendus « monde des sourds » et « monde des entendants »… Nous vivons dans le même monde non ?
Je fais avec mon handicap mais je ne vois pas pourquoi je choisirait un « camp »…. Nous somme entourés d’entendants, non ?
La plupart des personnes que je fréquente sont toutes entendantes, et je ne m’en formalise pas… Evidement y a des difficulté de compréhension en groupe et des abrutis qui peuvent très bien prendre les sourds pour des débiles (mais bon je ne les fréquente pas…) enfin beaucoup moins lorsqu’on fais des études supérieures.
Donc nous vivons dans le même monde, nous respirons le même oxygène, nous avons la même composition de cervelle en principe, non ?
Nous sommes juste sourds…
Est qu’il ya un « monde des binocleux » aussi ???? »
(YOHAN)
Surdité et niveau de vocabulaire
« Je remarque que la plupart des sourds oralistes ont en général un bon niveau de français, et tant mieux pour leur intégration !
Tous les oralistes sont d’ailleurs unanimes : la meilleure manière d’améliorer son français, c’est de lire, lire, lire.
Pour ma part, je pense que le fait d’avoir baigné dans le LPC (Langue Française Parlée Complétée) depuis l’âge de trois ans, et appris à lire avant le CP, grâce à une maîtresse qui est venue en vacances chez mes grands-parents l’été précédant mon entrée en CP, et d’autant apprécier la lecture expliquent l’aisance de mon vocabulaire.
Durant la période primaire et collège, je dévorais des dizaines de livres par semaine pendant la récré, lisais tout le temps, n’importe où et n’importe quand. Encore aujourd’hui, même si j’ai moins de temps du fait de mon activité professionnelle, je lis toujours beaucoup dès que je le peux.
Lorsque je ne comprenais pas un mot dans les livres que je lisais, j’interrogeais mes parents, mais comme leurs explications prenaient un temps fou, j’ai fini par prendre le dico. Vive l’autonomie !
C’est ainsi que j’ai acquis un vocabulaire correct, et surtout une parfaite orthographe (ce qui m’a permis de passer les Dicos d’Or de Pivot jusqu’en finale, au lycée) ».
(ANONYME)
« On dit tous que la lecture est primordiale pour bien construire le français… Mais on a manqué l’essentiel : c’est l’écriture ! La lecture même intensive ne suffirait pas, il faut beaucoup d’exercice pour construire soi-même les phrases et réfléchir aux mots qui correspondraient à nos pensées… Voilà qu’on enrichit le vocabulaire en écrivant beaucoup et régulièrement… j’ai tenu un journal intime à l’adolescence et j’écrivais beaucoup aux amis …
On écrit, on corrige, on rectifie ses fautes de français, on se pose des questions, etc….
Il faudrait donc pousser les jeunes à écrire … pas seulement à lire ».
(LAURA)
« Profiter » de son handicap ? Et autres histoires d’allocations
« Au lycée ou au collège, il m’arrivait souvent de couper mon système HF pour pouvoir bavarder avec mon voisin, et du coup, je me suis vu accusé de profiter de mon handicap pour ne pas écouter le prof. Evidemment, c’était à prendre au second degré
Sinon, dans d’autres situations, comme par exemple quand le téléphone sonne chez moi, alors que tout le monde sait très bien que je peux y répondre – vu qu’ils sont presque tous adaptés pour moi – je laisse toujours les autres prendre le soin de se deplacer pour décrocher même si j’en suis à 2 mètres. Pourtant, pour ça, on ne me l’a jamais reproché, et j’en abuse énormément. C’est tellement agréable de laisser faire les autres sur certaines choses !
Une dernière, lors des batailles d’eau, je profite honteusement du fait que j’ai mes appareils pour ne pas me faire arroser… genre « pas pour le moment ».
Ca me rappelle même une fois, ou, tellement confiant dans cette « protection », je ne réagissais pas du tout alors que mon grand frère me tenait en équilibre sur le bord d’une piscine. Mal m’en a pris, un ami a eu la bonne idée de le pousser, heureusement, j’avais pied ».
(HUGUES)
« Le pire, c’est qu’au lycée, une copine m’a ouvertement accusée devant tout le monde, de profiter de ma surdité pour ne rien foutre en cours !!
C’est gentil de sa part non ?
Je ne voulais jamais parler en anglais… et elle n’a jamais été d’accord avec moi. Disant que c’est trop facile pour les sourds de se cacher derrière leur handicap.
A l’école, je fais les exposés et tout ça comme tout le monde mais plus jamais à l’oral en anglais, point barre ! »
(LAURE)
« A l’oral d’anglais, d’après mon prof, je suis dans la meilleure moitié des étudiants. Je fais certes beaucoup répéter, et on me fait beaucoup répéter (quelle horreur, cette langue), mais au moins, comme je le fais, je progresse. C’est toujours en surmontant ce genre de considérations qu’on finit par s’en sortir, non ?
Je trouve dommage que beaucoup de sourds et malentendants aient profité de leur handicap pour pouvoir être dispensés de seconde langue, ils s’en mordent un peu les doigts après.
Enfin, chacun fait son choix, non ?
Ou que sous prétexte de subir des moqueries, on n’a pas envie de se produire en public, pour les oraux de langues par exemple. Or, la meilleure arme contre la moquerie, c’est leur montrer qui a tort. Quand on me prend pour un con, je me délecte comme pas permis en leur démontrant la réciprocité devant tout le monde. Mais encore, tout ça remonte au collège.
Au lycée, beaucoup moins (la maturite fait bien les choses). Mais je préfère justement profiter de ma surdité pour exiger que les élèves fassent un effort pour parler en anglais, ou faire répéter au possible (pas écrire au tableau, car je VEUX comprendre a l’oral.). En guise de « remerciement », je participe. Ainsi donc, on pourrait parler de profiter de son handicap pour être mieux intégrés ! Non ? Ca n’est-il donc pas beau à ce point ?
(HUGUES)
« Certains entendants seront toujours jaloux de notre surdité. Le mieux est de se défendre et de montrer que tout n’est pas toujours possible.
Je profitais souvent de ma surdité lorsque j’étais jeune et que je me disputais avec la famille. Quoi de mieux que de fermer les yeux ou de regarder autre part pour ne pas comprendre ce qu’ils disaient ?
Par contre, je trouve aberrant de profiter son handicap pour passer devant les autres avec sa carte d’invalidité dans des parcs d’attractions ou musées… On n’est pas invalides à ce que je sache !! »
(ANCLAIRE)
« Je vais me peut-être me faire lyncher mais je profite à fond de ma carte d’invalidité pour les musées. Je m’explique : du moment que la carte d’invalidité donne droit à la gratuité de la place pour deux personnes, pourquoi faire la queue pour un billet dont on n’a pas besoin ? Par contre, dans les parcs d’attraction, je trouve ça normal de faire la queue comme tout le monde puisqu’on la fait pour la même chose ! Donc, je double les queues pour les expos… J’en profite car on nous permet pas de voir les pièces de théâtre comme tout le monde, ni les films français au cinéma donc je considère cela comme une compensation.
Au début, je trouvais ça immoral (je me disais « mais je ne suis pas invalide ») maintenant je me dis que c’est bête de faire la queue alors que c’est gratuit, alors j’en profite… »
(ANONYME)
« Dans la classe de mon frère, les élèves ont fait une pétition contre les sourds qu’ils jugeaient favorisés par rapport à eux !!! …. C’est un cas extrême mais de toute façon il y a des cons partout !!! On va leur demander s’ils seraient contents de ne plus entendre, et on verra après !
Sinon, pour les exposés ça dépend des personnes… Il est vrai que cela demande beaucoup plus d’efforts pour certains donc ce n’est pas comparable… »
(ANONYME)
« Je n’accepte pas qu’on me dise que je « profite » de mon handicap, je réponds que je « compense » mon handicap !! Nuance … »
(LINDA)
« On accepte tous plus ou moins bien notre handicap, et on subit tous ses conséquences. En profiter est une facon de voir le bon côté des choses !
J’ai horreur de subir sans rien faire, alors quitte à être malentendant toute ma vie, autant faire en sorte que ca m’apporte quelque chose (ça m’a déjà apporté de nouveaux amis, avec l’AFIDEO).
Je parle bien sûr de profiter de son handicap pour compenser ce petit quelque chose que les autres ont, et moi pas, en faisant des choses que les autres ne pourront jamais faire. Par exemple, je ne manque jamais de dire : « t’avais qu’a être malentendant » à ceux qui me disent qu’ils n’ont pas dormi de la nuit à cause d’un bruit quelconque.
Evidemment, il faut connaître l’interlocuteur et le second degré ».
(HUGUES)
« Je suis d’accord qu’on est pas vraiment invalides mais du moment que c’est légal quand on a une carte d’invalidité, rien ne m’empêche d’en profiter… Et tant pis pour ceux qui disent que c’est pas « éthique » par rapport aux vrais invalides.
Pour ma part, c’est une compensation vu que les sourds ont une charge importante pour les appareils et les piles, et qu’ils doivent faire systématiquement des efforts pour la communication dans la société. Je trouve donc normal qu’on ai des compensations.
Tant pis si les autres sont jaloux mais eux justement préféreraient-ils prendre notre handicap ?
Donc je trouve cela débile que certaines personnes disent que c’est pas bien ! Mais je respecte leurs opinions, moi aussi avant je trouvais que ce n’était pas très bien, mais vu que tout le monde profite… alors j’ai arrêté de me poser des questions ».
(SNOOPY)
« Je profite beaucoup de ma surdité, principalement à l’école car du travail en retard j’en ai souvent, et je fais croire aux profs que j’ai pas saisi les dates, je crée des quiproquos pour des hausses de notes, aussi…
Partout mes amis envient le fait que je sois sourd car j’étais tout le temps indifférent et cool, mais attention, ce n’est pas lié à la surdité, c’est à ma personnalité ! »
(ALEKSI)
« Le handicap doit être pratique dans certains pays.
Par exemple, quand je suis arrivé aux USA, à l’immigration, le flic me posait tellement de questions avec un chewing gum, avec un accent terrible !
Je lui ai dit : « I’m deaf !!! »
Tout de suite il m’a dit : « OK OK OK ! »
C’est pratique ! On moins on nous emmerde pas avec des questions idiotes… »
(ALPHAJET)
« Au risque de passer pour Madame Morale, je mets toujours un point d’honneur à ne jamais utiliser mon handicap, sous quelle forme que ce soit, car d’une, j’ai choisi d’être intégrée dans la société : je dois donc en assumer les conséquences, qu’elles soient positives ou négatives.
Et de deux, ça peut se retourner contre soi : comment oser demander le droit à l’intégration si par ailleurs, on joue sur son handicap ? Les messages auprès des gens qui nous fréquentent (notamment au travail) ne peuvent qu’en ressortir brouillés.
En revanche, cela ne m’empêchera pas de prétendre aux compensations auxquelles j’ai droit, mais sans en abuser. J’ai utilisé l’AAH durant mes études, mais ça ne m’a pas incitée à ne pas chercher de travail comme tout le monde lorsque j’ai eu fini mes études. De même que j’utilise ma carte d’invalidité pour l’abattement sur les impôts, car je dois, du fait de mon handicap, assumer des dépenses que les « valides » n’ont pas. »
(ANONYME)
« Apparemment à partir de 20 ans, les handicapés à 80% d’invalidité peuvent recevoir l’AAH. J’étais surpris par cette allocation, c’était, du jour au lendemain, comme de l’argent qui tombait du ciel alors que je n’ai jamais rien demandé !
J’avais 21 ans depuis 6 mois, la caisse m’a donné les mois de retard d’un seul coup, big, pouf, « je devais riche », alors que j’avais travaillé dur pendant les vacances d’été pour avoir un peu d’argent de poche…
J’ai trouvé très utile pour pouvoir changer mes vieux appareils, car au-delà de 16-18 ans ils ne sont plus pris en charge à 100%.
Il y a une anomalie dans cette mesure : on distribue la même somme à tous les handicapés, alors que nous n’avons pas tous les mêmes problème de handicap, il est plus judicieux de répartir équitablement en fonction des besoins de chaque handicap.
De l’autre côté, l’AAH favorise une société assistée, beaucoup de personnes m’ont dit : « Ah ! ce n’est même pas la peine de chercher un boulot, on a de quoi vivre ! » Ce n’est pas très encourageant tout ça…
Comme certain le disent, c’est le « RMI des handicapés » !
(ALPHAJET)
« Je trouve ça NUL-ISS-ISME que certains sourds considèrent cette allocation comme de l’argent de poche…
En principe l’AAH sert au sourd à subvenir à ses besoins auditifs (appareils, piles, aides…) et non à s’acheter divers objets ou faire des placements quelconques…
Mais bon, il ne s’agit que d’une somme inscrite sur la colonne « crédit » de la feuille bancaire et apparement chacun est libre de le dépenser comme il le sent.
Pour ma part, je me sert de mon AAH pour pouvoir me payer quelques soutiens (anglais, car les profs d’un hauts niveau ne veulent pas toujours se déclarer…), orthophonie (j’ai eu un probleme de discorde entre la mutuelle de mes parents et mon assurance étudiante, ce qui fait que je ne suis pas remboursé à 100%… »
(YOHAN)
« Je pense qu’après nos naissance (moi et ma soeur) nos parents ont dû faire une gigantesque campagne de communication (digne d’un vrai marketing) et ils ont dû réussi à « vendre » notre surdité…
Ce qui fait qu’on n’a pas eu trop de problème de communication…
Je ne me rendais pas compte jusqu’à présent… je vais interroger ma mère. »
(ADRIEN)
« Au sujet des parents qui se contentent d’un minimum pour l’enfant handicapé et qui mettent la pression au max sur les autres (façon de rattrapper le coup ?) : je ne sais pas si je suis un cas à part, mais mes parents m’ont EMM… JUSQU’AU TROGNON au moins jusqu’au bac, autant pour les études que pour tout ce qui concernait le travail orthophonique !
En revanche, pour mes frères et soeur, c’était : cooool coool max… Un de mes frères a même eu le culot de redoubler, mais moi non !
J’ai été menacée de pensionnat catholique pour jeunes filles (cours donnés par des Jésuites et internat dirigé par des bonnes soeurs avec messe tous les matins, etc) si je « continuais à faire ma mauvaise tête pour passer le bac, après tout ce que mes parents avaient fait pour moi ». Et c’est ainsi que je me suis retrouvée à 17 ans au bac, complètement larguée, sans savoir ce qui m’attendait derrière, je ne savais pas encore ce que je voulais faire, je me trouvais un peu jeune pour décider de la direction à prendre pour la plus grande partie de ma vie…, j’avais l’impression de pédaler dans le vide avec une crevasse au bout de ma route…
Enfin, c’est du passé tout ça, je me dis que tant qu’à faire, c’était pas plus mal de me forcer à passer ce fichu bac une bonne fois pour toutes et à me laisser ensuite faire ce que je voulais dans le supérieur !
Et bon, j’ai su, avec le temps et le recul, que mes parents n’étaient pas des sadiques, mais des angoissés ! »
(ANONYME)
« Mes parents ont appris simultanément (comme moi) le LPC et la LSF. Ils ont vite arrêté la LSF car les profs de LSF leur disaient des conneries qu’ils ne supportaient pas (comme par exemple, que je devais abandonner ma famille biologique pour entrer dans la Famille des Sourds, lamentable…). Maintenant ils oralisent avec moi.
Quant à mon frère et à ma soeur, ils ne savent pas coder ni signer d’ailleurs. Il paraît que quand j’étais petite, ma soeur faisait parfois l’interprète pour mes parents car j’ai commencé à bien m’exprimer oralement que vers l’âge de 6 ans (je parlais déjà avant mais pour me comprendre, bonjour !).
Les réunions de famille, je m’ennuie fermement et je n’aime pas, comme beaucoup de sourds non ?
Mais sinon, le problème familial de mon côté, ce n’est pas tellement la communication mais la jalousie de ma soeur. Elle est plus jeune d’un an et demi et mes parents s’occupaient beaucoup de moi, et ma soeur a été (et est toujours) très jalouse. Elle voulait absolument avoir une orthophoniste pour elle et qu’on l’aide dans ses devoirs comme moi. Maintenant elle est d’un naturel très jalouse. Je pense que son caractère vient en partie de ma surdité… »
(CAMILA)
« Mes parents avaient appris la LSF (un petit peu) et le LPC quand j’étais petite… Mais j’ai toujours oralisé avec eux et ma foi, je les comprends très bien. Il arrive, certes, qu’ils oublient parfois ma surdité et parlent vite ou cachent leur bouche… Je les rappelle à l’ordre de temps en temps !
Mon frère et ma soeur ont été jaloux quand j’étais petite…
Ceci est dû au fait que mes parents s’occupaient souvent de moi et pas assez d’eux… mais maintenant c’est passé. Quand j’ai commencé à apprendre la LSF, ils ont fait les stages avec moi. C’était super !
Mon frère fait toujours attention à moi. Lors de repas de famille ou autre (situations où je ne comprends pas), il me demande toujours si j’ai compris ou pas et me répète dans le cas échéant. Pourquoi il se dirige vers des études de communication, sinon ? »
(ANCLAIRE)
« Lorsque mon petit frère était dans le même collège/lycée que moi, je savais depuis longtemps quelles personnes valaient le coup d’etre classées comme « inintéressantes » du fait de m’avoir choisi comme bouc émissaire à toutes leurs railleries à deux balles. Je n’y ai jamais réellement prêté attention, ca me faisait même rire, parfois.
Un beau jour, une de ces stupides personnes, connaissant mon petit frère, a singé un « Comment ? J’entends paaaas… » en tirant son oreille vers lui. Ca l’a profondément blessé, au point qu’il est venu me retrouver en larmes. Quand j’ai compris de quoi il retournait (c’est pas facile à comprendre, quelqu’un qui parle en pleurant !) je lui ai dit une chose qui l’a tellement bouleversé qu’il en a oublié la mesquinerie précédente : « Aah, mais je m’en fous, moi, faut pas y faire attention, c’est tout. »
On va dire que c’est le revers de la médaille de ma force de caractère, car il a mal pris le fait que je le prenais bien et que lui, ça l’avait touché !
(HUGUES)
« Quand on a découvert ma surdité, ma mère a appris le LPC, pour certains mot elle utilisait la LSF parce que quand les enfants sont petits, c’est plus simple en « imagé ». Elle utilise encore le LPC pour me parler aujourd’hui, elle en a pris l’habitude.
Mon père n’a jamais appris (faut dire qu’il est pas très patient et pas pédagogue du tout) je pense que pour cela, il y a un manque de communication entre nous. Quand j’étais petite et qu’il voulait me dire quelque chose que je ne comprenais pas, il passait par ma mère. Aujourd’hui je le comprends très bien, mais je ne suis pas dans le même rapport avec lui qu’avec ma mère.
Mon grand père (qui est génial) avait appris pour me coder « la petite maison dans la prairie » à 60 ans devant la télé !!!! Maintenant je pense qu’il a oublié, mais je lui dois beaucoup.
(ASTRID)
« Mon frère (sourd) sait coder ainsi que ma soeur (entendante). On se code entre nous… Par contre pour les discussions en groupe, on ne se code pas, seulement pour répéter ce qu’on n’a pas compris…
Je déteste les grandes assemblées familiales et ce qui me fait le plus mal c’est de ne pas comprendre mes petits cousins…. Petite anecdote : je râlais contre ma tante une énième fois pour qu’elle me dise ce qu’on racontait, et elle me dit « tu sais, les conversations, c’est 90% de conneries ! » et je lui ai répondu « mais comment savoir que la conversation fait partie des 10% intéressantes ? » De toute façon, je revendique le droit aux conneries ! »
(ANONYME)
« Je suis entendante, j’ai une soeur et ma mère qui sont malentendantes et mon père est sourd profond.
Mes rapport avec ma famille se passent très très bien. Je n’ai jamais vraiment eu de problèmes de communication avec eux, et je suis surtout très très proche de ma soeur qui a deux ans de moins que moi. Par contre, pour moi cela a été très dur de voir certaines réactions des gens par rapport à sa surdité. Les gens sont parfois mesquins et méchants. Et ça me blessait beaucoup. Elle a toujours fait toutes ses écoles avec les entendants et elle vient de finir son apprentissage d’assistante médicale avec succès. je suis très fïère d’elle.
J’ai parfois peur que lorsque je présente ma famille à quelqu’un de nouveau, que cette personne ne comprenne pas dans quel milieu elle se retrouve, et qu’elle s’en distance au lieu de faire l’effort de s’intégrer et de comprendre.
Fête de famille dimanche du côté de ma mère, ils sont 13 en famille et seules elle et une de mes tantes ont des problèmes de surdité : fiasco.
En fait mon père n’y vient même plus car c’est assez pénible et frustrant pour lui de venir et de ne pouvoir participer à aucune discussion.
Ca me rend tellement triste de voir que mes tantes et oncles ne font pas l’effort de les intégrer davantage dans leur discussions !
Ma mère est donc restée un peu dans son coin durant toute la journée en essayant de comprendre de quoi les gens parlaient.
Du coup ça m’a énervée, on n’a pas fait long feu.
L’année passée, nous n’y étions carrément pas allés pour cette raison, on s’est attirés les foudres de la famille car on jouait soit-disant les associals !!
De qui se moque-t’on ??
(JOSETTE)
« Chef de famille, et malentendant depuis une bonne dizaine d’année, j’ai moi même rencontré des problèmes de communication avec le reste de ma famille…
Heureusement que ma douce femme est toujours présente à mes côtés pour tout me réexpliquer. Mes enfants quant à eux, ils ne me disent plus grand chose, à part : « Laisse tomber Papa… »
Et mes petits enfants, je dois faire face à de plus en plus de difficulté de compréhension face à leur langage. Faut dire que la génération actuelle n’utilise pas la même langue qu’avant, ou du moins une version, hélas !, très modifiée. »
(ALFRED)
« Je crois que nous subissons presque tous les mêmes frustrations avec notre famille… Quand j’étais plus jeune, ma mère venait me voir à la fin de la réunion familiale pour me dire : « Je suis désolée, je sais que tu t’ennuyais, que tu ne comprenais rien, etc » !
Impossible de suivre les conversations des groupes différents quand on est plus de 20 personnes dans la famille !
Mais j’adore mon petit-cousin (5 ans), car je le comprends bien. Si je le comprends pas, eh bien, il répète tout de suite ! _ Alors que c’est pas souvent le cas auprès des autres personnes. C’est fou, ça ! »
(LAURE)
« C’est vrai que les réunions de famille c’est pénible, ça demande de l’attention, de la concentration, rien n’est spontané !
Sinon, ma famille fait attention, il y a toujours une personne qui me répète les conversations, un oncle tante, cousin, père etc… Génial !
Surtout ne jamais hésiter à rappeler et à expliquer ce qu’on ressent !
Ma famille fait attention mais elle peut oublier de temps en temps, alors hop, un petit vaccin de rappel !
Cela me rappelle un fait : il y a quelques jours de cela, ma soeur de 10 ans racontait un truc mais très vite et de manière très incompréhensible. Bon. Je luis dis que je n’ai rien compris, elle me répond : « Mais toi c’est normal » avec un petit geste de la main…
Les boules ! Alors je la rappelle et je lui explique.
La gueule qu’elle faisait après ! Mais elle a compris.
Il ne faut jamais baisser les bras ! »
(MARTIN)
« Ma mère a été le pivot central de mon enfance et de mon adolescence, en plus de s’être chargée de notre éducation, c’est elle qui servait d’interprète lorsqu’à table, nous parlions tous les six en même temps, et que je ne suivais pas.
Je pense qu’elle aurait dû, dès le départ, dire à mes frères et sœur : « Articule davantage (ou : code !), ta sœur n’a pas compris » ou « Répète lui toi-même ce que tu as dit, je ne ferai pas l’interprète toute ma vie ».
Il faut laisser la communication s’installer entre les frères et sœurs sourds et entendants sans que les parents se sentent obligés d’intervenir systématiquement.
Du coup, nous avons tous les quatre aujourd’hui entre 22 et 28 ans, et lors des conversations avec de grandes tablées de dix, quinze personnes, je suis complètement larguée. Concernant les amis de mes frères et sœurs, c’est normal qu’ils ne fassent pas spécialement attention à moi, ils n’en ont pas l’habitude. Mais mes propres frères et sœur n’articulent pas, parlent très vite, m’oublient complètement.
Alors bien sûr, je dois remettre les choses à leur place, leur demander de s’imaginer avec un niveau de 6e en japonais à une table d’une vingtaine de Japonais autour d’eux, ils capteront quelques mots par-ci par-là, mais au final, ils ne comprendront quasiment rien et décrocheront très vite, pour regarder ailleurs, ou penser à autre chose.
Ma situation est donc radicalement différente de celle des familles où il y a par exemple deux enfants sourds : là, tout le monde code tout le temps, c’est un vrai confort ! Déjà qu’on passe la journée à lire sur les lèvres des profs, des copains, des collègues, si en plus, le soir, on doit encore faire l’effort de lire sur les lèvres des parents, frères et sœurs, pfiou, elle paraît longue la journée ! »
(ANONYME)
« La phrase qui tue ! « Laisse tomber… ! » Ca m’agace…
Il y aura toujours des problèmes de communication en réunion de famille, notre plaie à tous, hélas… »
(LAURA)
« La dernière fois que j’ai piqué un coup de gueule en famille : mes frères se moquaient de moi sur un truc, je ne sais plus trop quoi, mais ils marmonnaient pour que je ne comprenne pas ce qu’ils disaient, et ce devant moi ! J’ai complètement halluciné et crié un bon coup : « C’est vraiment un manque total de respect, OK si tu te moques de moi, j’en rigolerai même peut-être avec toi, mais aie au moins le courage de le faire en articulant en face de moi, ne profite pas de la situation, c’est comme si tu baissais ton froc devant un aveugle par jeu ! ». Mes frères ont compris le truc, mais ce n’est pas encore ça, on n’efface pas 20 ans de mauvaises habitudes en quelques instants.
Et je sais très bien qu’ils ne sont pas les seuls à avoir cette attitude, pas mal d’entendants finissent par le faire, hélas.
Je me dis que c’est à moi, maintenant que je suis adulte, de prendre les choses en main, mais j’ai horreur d’imposer mon handicap aux gens, s’ils ne veulent pas le voir. »
(ANONYME)
« Bien qu’étant chef de famille, et malentendant depuis une bonne dizaine d’année, j’ai moi-même rencontré des problèmes de communication avec ma famille…
Heureusement que ma douce femme est toujours présente à mes côtés pour tout me réexpliquer. Mes enfants, quant à eux, ils ne me disent plus grand choses à part : « Laisse tomber papa… »
Et mes petits-enfants, je dois faire face à de plus en plus de difficultés de compréhension face à leur langage. Faut dire que la génération actuelle n’use pas la même langue qu’avant, ou du moins une version, hélas !, modifiée ».
(ALFRED)
« Pas de problème avec ma famille, tout le monde est au courant de ma situation, je suis le seul sourd. Pas toujours évident de suivre les conversations, souvent mon père me dit : « Tu entends quand tu veux », c’est vrai, car, on ne peut pas tout le temps se concentrer sur les conversations, alors on se « débranche » de temps en temps… »
(ALPHAJET)
« Pour ce qui est du restau ou des repas en famille, c’est très simple : pour moi, c’est l’horreur. Et encore plus quand on me demande : « Ca va pas ? ». Crotte, Zut, Flûte. Je peux pas suivre, alors laissez moi tranquille, ca ne servira à rien d’insister. Et ca me fatigue encore plus d’essayer d’expliquer ou d’écouter les consolations de fortune qu’on essaie de me prodiguer… »
(HUGUES)
« Mon ortho et certaines personnes m’ont considérée et me considèrent toujours comme une sourde « exceptionelle » parce que j’arrive presque toujours à obtenir ce que je veux malgré ma surdité profonde. Moi aussi, je refusais vivement l’étiquette de « handicapée » pendant très longtemps (ou trop), et sérieusement, j’en ai bavé… C’est-à-dire que je ne voulais pas du tout qu’on me prenne pour une sourde. Et pourtant…
Je n’ai jamais eu d’aide en cours, mes amis acceptaient de me laisser copier sur eux, c’était pas évident pendant toutes ces longues années et ça continue encore…
De plus, ma famille n’a pas envie de faire des efforts pour ne plus du tout s’énerver quand je ne comprends pas ce qu’ils disent !!! Mais oui, ils s’énervent encore !! Comment j’ai pu les supporter toutes ces années ? Evidemment que j’en ai carrément souffert mais maintenant, je me dis (et ce, depuis 2/3 ans) que j’attends de partir de chez moi pour m’installer ailleurs. A ce moment là, je me sentirai mieux. Je n’ai pas honte de le dire tout haut parce que c’est vrai. Parfois je suis épuisée quand je rentre chez moi car j’ai fait trop d’efforts dans la journée avec les entendants… alors en plus, mes parents le soir…
Mon père n’a jamais accepté mon handicap et je ne sais pas s’il l’a enfin admis aujourd’hui. »
(LAURE)
« Comment vos parents vous ont-ils élevés par rapport à votre surdité ? Sévèrement ? Possessivement ? Indifféremment ?
Les miens, avec sévérité mais plein d’amour…
Quoique très sévères et un peu trop présents puisqu’ils ont perdu ma sœur, leur attention s’est alors tournée vers moi… d’où le fait que ma mère a consacré son temps à s’occuper de moi : lecture tous les soirs, par électrophone, ça m’a vraiment aidé avec les prothèses !
Quand elle me grondait, ce qui l’irritait fortement, c’est que je tentais tout pour éviter de regarder ses lèvres, elle enrageait ! Gnégné j’étais assez chipie quand je ne voulais rien « entendre » !
Mon père ne s’occupait pas de mon éducation labiale mais était très présent. Quoique la communication ne passait pas, c’était difficile pour lui. Mais maintenant ça va mieux, malgré le manque de communication toute petite entre lui et moi, on se sentait très proches.
Acceptent-ils ma surdité ? Au fond de moi, je crois que non mais si je réussis dans ma vie, ils sont fiers de moi…
(LAURA)
« Ma mère me couve peut être trop, par exemple : si une personne me parle, elle va tout de suite lui dire qu’il faut faire attention car je suis malentendant…blablabla. Parfois elle répond à ma place, cela m’énerve… ou alors elle me réexplique ce que les gens me disent surtout les médecins, audioprothésistes…. Comme si je ne pouvais pas lire sur les lèvres tout seul… Mais je pense que ce genre de problème peut se retrouver pour un enfant entendant.
Enfin bref, j’ai quand même de la chance d’avoir mes parents comme ils sont… »
(TOF)
« A ma naissance, mes parents se sont comportés comme s’ils avaient eu un enfant entendant. Puis ils ont eu un choc quand ils ont appris que je ne répondais pas à leur appels. On devine donc ce que dans leur esprit, le mot surdité leur évoquait !
Le choc passé, ma mère pensait me mettre dans une institution, mon père etait pour l’intégration. Alors va pour la seconde soluce.
Ma mère a donc arrêté son emploi pour se consacrer à moi : elle a été formidable et j’ai eu de la chance d’avoir été l’élu spermato pour avoir des parents qui ont été une école d’amour !
Ma mère était mon coach de tout les jours jusqu’à ce que j’aie 15 ans. Mon père a été le supporter de maman même si je l’ai senti un peu en retrait.
Mon frère est né quand j’avais 3 ans, on a découvert qu’il était dyslexique, du coup maman, telle un coach, a dit à son poulain : « Tu peux te débrouiller dans la vie, tu en es capable mais fait gaffe ! ». Puis elle s’est occupée de mon frangin. Ce qui m’a a obligé à partir plus souvent en vacances chez mes grand-parents, aussi une école de liberté, d’amour, de nature et musique !
A 15 ans, je vous dis pas quand mon frère a trouvé un bon spécialiste pour son problème, maman était devenue possesive, étouffante, j’ai compris pourquoi : la peur de voir son fils sans emploi, ou de vivre seul … des peurs que d’autres mamans se font également.
Il y a peu de temps, j’ai dit à Maman : « Tu peux me lâcher STP… je suis assez grand, j’ai 28 ans, je peux et veux vivre comme un adulte ! ».
Elle l’a mal pris et je crois que pour elle, c’est tout les 28 ans qui sont parti en fumée, ces 28 ans où elle m’a aidé. Finalement j’ai dit à Maman : « Tu es la maman la plus formidable que j’aie » et avec mon père, on essaie de devenir plus proches aussi car il devient sourd à cause de son travail. Moralité, je me fâche avec lui quand il m’entend de travers !
Maman a été très forte, résistant aux menaces d’un directeur d’école pour sourds qui me trouvait malheureux avec les entendants. Dix fois, il lui avait dit que : « Votre fils serait mieux avec les sourds gestuels », elle lui répondait : « Non, mon fils est très bien intégré et vous verrez le résultat ! »
Résultat en 2002 : l’école pour sourds se vide à petit feu car les jeunes veulent imiter les jeunes adultes sourds qui sont très bien intégrés ».
(ANTZY)
« Les sourds sont nés avec un grande curiosité car la surdité fait de nous des avides d’avoir le maximum d’informations possibles et l’envie d’être égal aux entendants.
J’ai été un enfer pour mes parents en leurs posant des tas de questions comme :
« C’est qui qui a téléphoné » ? « il a dit quoi ? » , etc. « Qu’est-ce qu’il se passe, pourquoi frérot pleure ? » etc…
Je voulais être tout le temps au courant de tout, quand ma mère était occupée par mon frère, j’étais jaloux car je n’avais momentanément plus d’affection maternelle alors je me débrouillais pour m’occuper seul !
Et puis j’étais jaloux de mon petit frère car il allait au quartier avec ses copains, il pouvait faire des tas de chose alors que moi avec mon handicap, ça se limitait à la cour de la maison, j’avais que deux copains. Alors un jour, j’ai voulu faire ma loi pour essayer d’être le leader du quartier. Peine perdue ! »
(ANTZY)
« Quant j’étais petit, j’étais un vrai moulin à questions…. un vrai inspecteur et à force, cela saoulait mes frères, soeur et parents…
Je me souviens que souvent quand je les embêtais avec mes questions « Keskispass ? », « Il a dit quoi ? », » De quoi vous parlez ? » etc.. mes parents me forçaient à manger tout seul dans la cuisine voire dans la cave pour avoir la paix… »
(SNOP)
« Ce que je pourrais dire, c’est que mes parents m’ont toujours élevé comme un sourd, mais jamais comme un handicapé.
Cette nuance, j’y tiens, elle fait toute la différence. »
(HUGUES)
« Mes parents étaient sévères avec moi. Ils n’ont jamais totalement accepté ma surdité mais ce que j’ai réussi dans ma vie, ils en sont très fiers… une dame m’a dit en cachette : « ton père est malheureux parce-que tu es sourde mais il t’adooooooooooooore ! »
Depuis que je suis en école d’ingénieur, liberté totale !!! Incroyable… bien sûr, après le bac, j’étais libre comme les autres étudiants mais mes parents avaient quand même peur que je n’atteigne pas l’école d’ingé.
Sinon depuis qu’ils savent que je suis sourde, ils font beaucoup d’efforts pour moi, ils refusent la LSF, et c’est vraiment grâce à eux et à mes orthophonistes que je réussis mon intégration malgré leur sévérité qui m’en avait fait baver une tonne quand j’étais ado !!!
Et maintenant, ils me laissent aller où je veux. Ils ne disent plus rien sur la LSF qu’ils critiquaient méchamment. Ils ont enfin compris que je peux assumer mes choix en tant que sourde. »
(LAURE)
« Je suis bien dans ma peau, mais… L’angoisse me ronge souvent quand je vais voir mes parents, quand je pense à ma mère, quand elle se fait silencieuse…
C’est-à-dire que bien qu’ils m’aient donné tout l’amour possible, toute leur disponibilité pour m’aider à m’intégrer vers l’oralisme, j’ai toujours le sentiment qu’ils n’acceptent pas ma surdité, qu’ils en sont désolés, même s’ils disent toujours très fort être fiers de moi, je n’y crois qu’à peine et cela me coupe un peu les ailes. Je me pose souvent des questions : dois-je faire plus d’efforts pour qu’ils soient encore plus fiers de moi, et là je fais quoi ? Dois-je me marier pour que j’apparaisse à leurs yeux une personne comme les autres ? Afin de me rattraper.. Je me disais souvent que faire des enfants, leur offrir des petits-enfants me débarrasserait de ce défaut à leur yeux : la surdité.
Quand je vais les voir, j’ai un sentiment de culpabilité… J’ai toujours senti que mon père regrettait qu’on ne communique pas assez tous les deux…
Ca dépend des parents, les miens laissent transparaître le « manque » chez moi. Quand je les vois, je me sens si « sourde » ! C’est leur grosse faute envers moi…
Un jour lors d’une dispute avec ma mère parce qu’elle était énervée par les administrations au téléphone, après que je lui dise que je suis COMME LES AUTRES, elle voulut me mettre dans la tête que je ne le serais JAMAIS ! D’où la dispute.
J’avais bien compris qu’elle voulait dire que j’aurai toujours des épreuves à subir liée à ma surdité mais inversement, elle n’a pas compris ce que je voulais exprimer : qu’elle me voie en tant que personne. Qu’elle oublie un peu ma surdité !
C’est le miroir… Je ne m’en débarrasserai jamais de ma vie, j’aurai toujours une boule à l’estomac quand je vais les voir. Dehors je me sens bien en tant qu’une personne normale, avec eux paf je suis sourde…(je veux dire en me culpabilisant)
Vos parents à vous, quel sentiment avez-vous quand ils sont avec vous ? Sentez-vous qu’ils regrettent quelque chose, qu’ils se sentent coupables ou inversement ?… »
(LAURA)
« On a découvert la déficience auditive (elle n’est pas sourde puisqu’avec les appareils, on réussit à remonter à environ 50 DB dans les basses et les mediums, donc j’aime pas trop dire qu’elle est sourde) de ma fille il y a 2 mois.
Ca ne change pas pour elle, elle sourit tout le temps, rigole. La claque a été pour nous.
Et j’avoue que même si on s’occupe d’elle au maximum, même si on lui donne tout l’amour que l’on peut (sans pour autant oublier sa grande soeur), il y a des fois où j’ai des petits coups de cafard et ou je culpabilise vis à vis d’elle.
Elle n’aura jamais une vie « normale » d’entendant. Tu ne peux pas accepter que ton enfant, ton bébé puisse avoir un handicap quel qu’il soit.
Ca se comprend quand on a des enfants.
Une maman ou un papa veut le meilleur pour son enfant et même si tu obtenais le meilleur des boulots existant, si tu faisais le plus beau de tous les mariages et que tu avais les plus beaux enfants du monde (cela dit, pour chaque parent, son enfant est le plus beau du monde) ta mère serait bien évidemment fière de toi (comme elle l’est aujourd’hui) mais elle aura toujours ce petit pincement au coeur concernant ton audition ».
(JULIEN)
« Julien, ne serais-tu pas pessimiste en écrivant : « elle n’aura jamais une vie normale d’entendant » ? Je vois très bien ce que tu veux dire, on ne va pas se voiler la face, ta fille va en baver, elle va devoir surmonter des obstacles, et vous aussi par extension.
Mais n’oublions pas que la société évolue depuis une quinzaine d’années, les appareillages aussi, ainsi que les techniques de démutisation, sans oublier les formations des orthos, des instits, et les processus d’intégration en milieu entendant aussi bien scolairement que professionnellement parlant, bref tout cela évolue à une vitesse de croisière telle que tout est fait pour pallier le handicap qu’est la surdité.
Je disais donc que ta fille aurait à braver des obstacles face à la société et à tout ce qui la compose, mais justement, elle développera un super mental et une faculté d’adptation supérieurs à la moyenne, qui lui feront contourner intelligemment les obstacles pour en faire éventuellement des atouts et non plus des objets de déprime. Non ?
Bien sûr, y aura des coups de cafard, quand elle réalisera qu’il y a des choses qu’elle ne pourra jamais faire, mais c’est pas mal aussi quand elle verra qu’elle développe certaines capacités.
Les moindres réussites seront multipliées par 100, par 1000, les échecs serviront d’expérience, elle sera plus mûre que les gens de son âge (si elle n’est pas surcouvée bien sûr) bref elle deviendra quelqu’un d’original, en tout cas, elle sera pleine de surprises, et sera moins « banale » (je ne sais pas si le terme est approprié … mais je n’en vois pas trop, heu … « classique » … « lambda » … ?) qu’un enfant dit « normal » (et encore, qu’est-ce la normalité … ? Mais je ne me lance pas dans ce débat !).
Enfin, ces écrits n’engagent que son auteur … »
(ANONYME)
« AnnLo, j’ai eu envie de réagir à tes propos : ok, tes parents n’acceptent pas ta surdité, et ça, ça ne changera pas, on fait avec. Mais TOI ils t’acceptent telle que tu es et t’aiment telle que tu es, c’est ça qui compte, non ? La surdité, c’est un détail !
Et c’est surtout de toi-même que tu dois être fière, et si tu l’es, alors automatiquement, ça rejaillira sur eux (enfin, j’espère …).
Parce que faire des trucs qui t’emmerdent ou inavouables rien que pour qu’ils soient davantage fiers de toi, non merci, tu ne vas pas te pourrir la vie ?! Et tu passerais à côté de ta personnalité propre, de choses que tu aurais envie de faire, rien que parce que tu voudrais être conforme à un critère de « fille parfaite » pffff.
Et sur ton lit de mort, tu te dirais : « mais kesske j’ai foutu de ma vie » ?!!
La surdité n’est pas un défaut, c’est une CARACTERISTIQUE (enfin, je le vois comme ça) qui fait de toi quelqu’un de différent, mais de différent en bien, dans le sens où ça peut te rendre originale, mais dans le bon sens, tu as des manières de penser et de voir les choses qui sont différentes des autres, et on t’appréciera pour ces points de vue différents dans cette société avide d’homogénéisation…
J’sais, je simplifie à l’extrême mais c’est ma façon de voir les choses !!
Pour ma part, mes parents m’ont éduquée, j’ai fait des études très intéressantes, j’ai un job avec de l’avenir (a priori !), un toit, une vie perso passionnante, et c’est en très très grande partie grâce à eux, et je les en remercie. Now, ils ont fait leur part de boulot, et moi aussi, j’estime donc que je ne leur dois plus rien (c’est imagé ça aussi bien sûr…), la reconnaissance du ventre ça va un moment ! Surtout quand, par exemple, on te dit sans arrêt : « Après tout ce que tes parents ont fait pour toi, gna gni gna gna » sans même te demander ce que tu en penses, et sans penser que toi aussi, tu y as mis du tien pour que ça marche ! Et j’en passe ! pffff. »
(ANONYME)
« Je me souviendrai toujours du moment où ma mère et moi avons regardé l’émission Ca se discute (le reportage sur les sourds). Les sourds y disaient qu’ils avaient souffert petits à cause de leur handicap ou des moqueries des entendants. Ma mère me demande alors : « Toi aussi ??? ».
Elle ne le savait pas, ce qui était normal. Je n’en parlais jamais. Et depuis, on est plus proches, car je sais que je peux lui dire que ca ne va pas à cause de ma surdité (quand ca m’arrive).
Par contre, pour mon site Internet, je n’en parlais jamais à mes parents. Ce n’est que lorsque ma première orthophoniste m’a contactée après avoir vu mon site, que j’en ai parlé à mes parents. Peu de temps après, ma mère m’a envoyé un mail de son bureau, me disant que mon site était très bien et surtout que c’était dommage que je ne lui en aie pas parlé plus tôt…
J’étais mal à l’aise, mais depuis, j’en parle plus facilement ».
(LAURE)
« J’aimerais bien dire à ma mère que cette surdité est bien un don qui m’a permis d’avoir une ouverture vers les autres, un regard plus large sur le monde et une sensibilité hors-norme.
J’oubliais aujourd’hui que ce dont ma mère est plus fière de moi est d’avoir réussi à me transmettre son amour et la générosité transmise de génération en génération…A ses yeux, ça doit être ça l’important dans ma vie…
Elle doit s’y faire depuis bien longtemps sans doute depuis que je suis partie vivre seule. Elle est convaincue que je me débrouille bien sans eux dans la vie, et m’a dit un jour un truc qui m’a fait plaisir : « Bon on peut partir en retraite tranquillement, sereinement…. »
Parfois il y a des contradictions…
Je tiens à préciser que j’avais de quoi à me culpabiliser car, suite à la mort de ma sœur et la découverte de ma surdité, la situation de mon père s’est dégradée pendant des années (problème d’alcool) – mais c’est fini depuis 12 ans. Alors… C’est un sentiment injuste parce qu’ils n’avaient rien à se reprocher !
Vous avez tous raison mais inconsciemment, bourdail, je me sens coupable et cela sera ancré en moi, à moins que j’aille voir un psy !!
Ah. Cette fameuse phrase mortelle : ma mère me l’a sorti assez souvent, ce refrain : « Ma fille, tu te rends compte , on a tout fait pour toi, tout sacrifié pour toi ! Et toi tu nous donnes quoi en retour ? » Hum c’était blessant, elle m’en a sorti souvent des méchancetés, je l’avoue et voilà pourquoi il y a des contradictions chez ma mère. Au secours je veux un psy !!! Culpabilisant à mort, elle avait ce don, et tant d’amour elle avait ce don aussi ! Vous suivez ?…
Je n’ai pas pu vraiment partager ces problèmes de surdité avec ma mère car je le redoute : Elle dit savoir tout sur la surdité et je ne peux placer un mot avec elle….
(LAURA)
« Lorque mes parents ont découvert ma surdité, ils n’ont plus parlé pendant une semaine !
Mais ils se sont repris !
Je ne pense pas qu’ils se sentent coupable, en tout cas, je n’ai jamais éprouvé ce sentiment.
Ils ont su accepter entièrement ma surdité et à me pousser d’être autonome. Ils demandaient juste d’être moi !
En fait, on a eu souvent des discussions sur la surdité et sur tout.
Ils savent le prendre avec humour oh làlà les piques reçues ! »
(MARTIN)
Communiquer avec d’autres « marginaux »
« Ca me frustre depuis un certain temps : quand on a un problème pour comprendre l’autre, on reste impuissant, sans pouvoir l’aider vraiment.
L’année dernière, un homme d’une cinquantaine d’années s’est mis à faire la manche au métro Kléber chaque matin, il était propre, en costume, l’air sympathique avec un air malheureux, ça me faisait drôle, je lui donnais de temps en temps un ticket de resto, sa façon de me remercier était trop émouvante. Mais maintenant, il s’habille de plus en plus mal, sa mine plus fatiguée que jamais chaque matin me fend le cœur !
Ce n’est pas un ivrogne et j’ai bien peur qu’il penche vers l’alcool s’il se sent désemparé, sans espoir, il a l’air d’un homme bien et moi je me sens impuissante, j’aurais voulu lui parler, parler, l’aider, le remonter au moins le moral mais ma surdité me bloque : et si je ne le comprends pas ?…
Cela vous arrive de se sentir frustré, impuissant devant quelqu’un désespéré avec qui la communication serait difficile ?
Je donne un autre exemple : le week end dernier chez mon copain, en face, un voisin au rez-de-chaussée très très vieux et seul, semblait ne pas pouvoir beaucoup marcher.
On voudrait tant lui parler, si on pouvait comprendre ce qu’il dirait (dur de lire sur les lèvres d’un très vieux), de l’aider à faire des courses, le ménage etc… Peut-être qu’on devrait faire l’effort mais je suis sûre que ça n’irait pas plus loin. Or ce vendredi soir, les pompiers sont arrivés et on l’a vu sur le brancard, épuisé (sans doute à cause de cette canicule qui a tué plein de vieillards)…
Voilà où notre surdité nous mène : on ne peut pas faire grand chose côté communication !
Alors qu’on voudrait lui parler pour adoucir sa solitude… Peut-être avec le temps… Mon copain lui disait bonjour mais il était hyper méfiant même après 3 ans…
Alors les sans-cœur ? »
(LAURA)
« J’ai plusieurs fois voulu participer à des actions caritatives (Samu Social, Soupe Populaire, Restos du Cœur, etc), car mon truc c’est pas seulement porter des cartons, gérer la logistique ou l’intendance, mais bien écouter les histoires de ces gens qui sont tombés très bas après avoir eu une vie comme nous tous, ça m’intéresse de savoir comment ils le vivent, s’ils se voient un avenir, etc. Car je me dis que ça pourrait m’arriver aussi, personne n’est à l’abri de ce genre de truc !
Mais plusieurs fois, dans la rue, j’ai essayé de parler avec des SDF, en dépassant les banalités d’usage, c’est hyper dur, ils bougent dans tous les sens, marmonnent, n’articulent pas, ils sont parfois édentés, ou leurs lèvres sont couvertes de pustules ou de cicatrices ou encore d’une moustache et tout cela déforme la lecture labiale. Je ne me vois pas hocher la tête avec un air compassé, en faisant semblant de comprendre ce qu’ils disent… Ca se trouve, ils pourraient me poser une question, et moi continuer à hocher bêtement la tête ! Là je comprendrais qu’ils s’énervent car ils pourraient croire que j’en ai rien à faire de ce qu’ils me racontent et que je vais les voir juste par acquit de conscience…
Galère ! »
(ANONYME)
« Si tu ne peux pas écouter, entendre que le « malheureux te raconte », fais lui un sourire, un geste, c’est ce qu’il y a de plus beau !
Un jour, je m’en suis voulu car j’ai voulu parler avec un SDF et il a commencé à me parler, j’ai rien compris à ce qu’il m’a dit ! J’ai juste perçu quelques mots… Et quand je sentais qu’il posait des questions, j’étais un peu dans la mouise… Je lui faisais un sourire désolé.
Et je lui ai dit « au revoir » en lui souhaitant bonne chance ! (hem !) »
(VIVIEN)
« J’ai aidé un jour un aveugle à traverser une rue… mais je ne comprenais rien à ce qu’il me disait… J’ai fait « euh, désolée, je ne vous comprends pas »…
Qu’est ce que je pouvais faire ? Dire que je suis sourde, il aurait cru que je racontais n’importe quoi et j’aime pas raconter ma vie privée à des inconnus. »
(RIANE)
« Hier, une personne m’a demandé où se trouvait une certaine rue. Je comprends mal ce qu’elle me dit, et je lui réponds donc comme à mon habitude : « Non désolé je ne sais pas du tout où c’est ». Là elle me réplique : « Je suis malvoyante, je vous demande si vous voulez bien lire les plaques des rues alentour pour moi… »
Un tout petit peu plus tard, elle me redit autre chose que je ne comprends pas très bien, j’en profite alors pour lui expliquer que je suis malentendant.
C’était vraiment formidable de voir son sourire ».
(HUGUES)
« Je me suis toujours méfié des soi-disant sourds qui proposent des portes-clés dans le train… Je m’amuse à examiner ces personnes pour voir si elles sont réellement sourdes… Je signe en disant « je suis désolé et merci »… ils ne me répondent rien, même pas une mimique… Je les sens pas… Je suis allé plusieurs fois à Grenoble cette année, et à chaque fois je tombait sur la même personne « sourde » dans le train… Je me dis « bon sang ! Il ne pourrait pas faire autre chose… ? » Il y a quelques années, j’ai entendu dire aux infos que ces personnes sont des étrangers qui imitent une personne ne pouvant comprendre… surtout qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils sont pas payés cher… Ceux qui organisent ça m’écoeurent… »
(TOF)
« Je ne sais pas pourquoi, mais souvent les aveugles dans la rue, cela me met mal à l’aise, et du coup rapidement je les aide souvent à traverser la rue ou à rentrer dans le métro… puis je repars sans rien dire sauf un : « courage pour la suite m’sieur ».
Une fois, je me suis assis a côté d’un SDF, sans chercher à m’éloigner de lui. J’étais en rollers, et ca a permis de débuter un brin de conversation : c’est lui qui a commencé à me parler : « Ce sont des rollers, ca ? ». De là, j’ai continué a parler avec lui, sans chercher à abréger la discussion, et en surmontant mon dégout côté odorat.
J’ai toujours eu peur de ce genre de situations du fait de ma surdité, et en fait, tout se passe bien… Il suffit de faire preuve de patience et de parler doucement, ca incite la personne à faire de même. Si on ne comprend pas, ne pas hésiter à lui dire, ca montre même qu’on s’intéresse à lui.
C’est, en tout cas, ma seule expérience en la matière, et j’avoue que je la tenterais volontiers à nouveau. »
(HUGUES)
« Pour info, j’ai cotoyé de nombreux aveugles. Je peux dire que j’oublie carrément qu’ils le sont, alors que ca se voit bien qu’il sont aveugles…
Et pourquoi ils s’entendent bien avec moi ? Parce que je ne les considère nullement comme des aveugles. Je les charrie même comme n’importe qui.
Je ne cherche pas à éviter le vocabulaire de la vision (ça, c’est une véritable horreur, les gens qui cherchent à éviter les termes ou expressions comme : « Oh, tu as vu ? » ou « Oh, tu entends ? ». Ca se remarque tout de suite et c’est frustrant au possible…).
Et on continue de se fréquenter… Alors dites moi où est la différence ? Ben un petit coup de main pour pas qu’il marche dedans, pour lui indiquer la couleur du feu piéton, etc etc… Ca ne les empêche pas d’être comme Monsieur tout le monde.
Les gens qui aident les autres comme le ferait mémé-pleine-de-bonne-volonté, excusez moi, j’ai horreur de ca. Cette aide, je suis plus a même de la fournir a ceux qui en ont vraiment besoin que de la recevoir.
J’ai des revendications, certes, mais je n’ai JAMAIS demandé l’assistanat ».
(HUGUES)
« Quand ma mère avait découvert ma surdité quand j’avais 2 ans, elle ne s’est pas posé de questions, elle a dit : « De toute façon il parlera comme tout le monde ». Pourquoi ? Parce qu’elle avait la foi. »
(ALPHAJET)
« Le catéchisme ? C’était mon cauchemar, évidemment en tant qu’enfant sourd, je ne comprenais rien, puis on me prennait pour un débile, je croyais que la solidarité chrétienne existait et bien non, il y aussi des andouilles chez les chrétiens.
Bien que l’on comprenne rien à la messe, mais la foi, elle sera toujours là, c’est là le mystère ! »
(ALPHAJET)
« J’ai été dans une école catholique pendant tout le primaire… je voulais aller au cathéchisme comme tout le monde. Je ne comprenais pas tout car il n’y avait pas de codeuse… Par exemple je marmonnais toujours au moment de la récitation de la prière !
Bref, j’essayais d’y croire mais finalement j’ai abandonné… Déja ma famille n’y croit pas, on ne va jamais à la messe donc ca n’aide pas ! Et puis j’ai été déçue par ce Dieu qui ne répondait pas à mes demandes (ne vous moquez pas de moi !).
Bref au contraire, la surdité m’a fait comprendre que la religion ca ne servait à rien !
Sinon mes amis entendants trouvent que les sourds sont beaucoup plus optimistes qu’eux, ont plus l’envie de vivre… Qu’en pensez vous ? »
(ANONYME)
« Les sourds sont souvent plus « vivants » que les entendants…
Je me demande s’il y a des traditions sociales (comme la religion) véhiculées par le langage qui influenceraient la mentalité des gens ?
Et puis, est-ce que la surdité nous a rendu plus sensibles en ce qui concerne la vie en général ? J’ai remarqué qu’il y a pas mal de sourds qui ont une approche assez mystique avec la nature, notamment chez mes élèves.
D’un autre côté, je répète, que pensez vous des concepts de la culture sourde, de l’identité sourde, est-ce que cela sous-jacent l’idée d’un Dieu Sourd ?
Est-ce qu’il y a une mystification de la surdité (au lieu de la reconnaître comme telle, comme un handicap) chez les militants de la culture sourde ?
C’est une question que je me pose et je n’ose pas trop y répondre, mais j’aimerais beaucoup que l’on m’aide.. même si c’est très philosophique comme réflexion ! »
(MAX)
Il peut y avoir un Saint des sourds, mais il n’y a pas de Dieu sourd.
Dieu est universel ! »
(ALPHAJET)
« La religion a une influence très très forte sur la culture sourde ! Faisons allusion à un homme de culte : l’Abbé de l’Epée.
En effet « tu aideras ton prochain » …
Mais il faut se rendre compte que c’est grâce à la religion chrétienne que les sourds ont pu accéder à la société tout en restant en retrait, c’est ainsi qu’ils ont pu accéder aux idées des Lumières (Rousseau, Diderot…) par la langue des signes, ils ont pu débattre, s’exprimer en toute liberté. Tout cela grâce à la religion.
Simplement car en Europe, la culture chrétienne est ainsi. Les sourds étant trop souvent laissés dans des institutions religieuses et enfermés toute leur vie !
Mais dans notre monde contemporain, ce n’est plus le cas. La religion, invention de l’homme, a permis de contenir l’humanité grâce aux croyances et à une foi. Aujourd’hui, la société a évolué, le monde s’émancipe, qu’on peut dire que la religion est morte (intégrismes et négations) cependant je m’étonne encore qu’elle soit présente dans le coeur des handicapés.
J’en ai moi même fait les frais en allant un an dans une école privée mais j’ai toujours refusé de participer au caté, je restait bouche cousue. Athée et nihiliste forever. »
(ALEKSI)
« Quand je ne comprends ce que dit un lecteur, je prends tout simplement le missel du dimanche et je suis !
La messe est juste une occasion de prier en communauté avec le Seigneur devant l’Eucharistie ! Comprenne qui pourra !
Quand l’homélie me semble longue et que je ne comprends pas le prêtre, je décroche et je pense à autre chose !
Mais pour les messes, il faut bien choisir une paroisse dynamique, un prètre vivant (et non un prêtre radoteux, avec tout le respect que je leur doit).
Pour les mariages, on fait en sorte que les micros marchent bien ainsi que les baffles et que les mariés sourds puissent être en communion complète avec l’union du mariage et ce, avec la foi ! »
(VIVIEN)
Le Net a t-il changé notre vie ?
« Un p’tit truc vient de traverser mon crâne…
Je me rends compte que le net est carrément le centre de ma vie.
Grâce à lui, je communique comme jamais je n’avais communiqué auparavant.
Grâce à lui, je garde le contact avec mes amis.
Grâce à lui, je peux soutenir un débat animé…
Grâce à lui, je peux m’exprimer en toute clarté et sans fatigue…
Grâce à lui, je peux suivre une conversation sans queue ni tête.
Franchement, sans le net, je vois ma vie comme restreinte à la moitié des amis que j’ai actuellement, en train de m’ennuyer chez moi sans avoir rien à faire de la journée…
En tout cas, je pense franchement que le mail, la messagerie instantanée et le web m’ont vraiment beaucoup apporté en confort et facilité de communication.
Je crois très franchement que le net est le meilleur moyen de permettre aux sourds de s’épanouir… (et pas forcément qu’aux sourds).
D’autant plus que ca revient incroyablement moins cher que le téléphone, et que ça n’est pas limité à la seule communication ».
(HUGUES)
« Je pensais au début que l’internet isolerait de plus en plus les gens chez eux, mais non, grâce au net et aux différents forums dévolus à une passion ou à un sujet particulier, on arrive à rassembler des personnes d’intérêt commun qui finissent un de ces jours par se rencontrer en vrai.
La société vit et va vivre une mutation très profonde grâce aux forums, avant on se regroupait dans les associations, maintenant les gens se regroupent par l’intermédiaire des forums, ce qui dans un sens n’est pas si mal puisque cela permet de tâter de l’ambiance et du niveau d’intelligence et même de l’humeur des personnes ».
(COWBOY)
« C’est vrai difficile de vivre sans le net ! Je crois même que sans le net ma vie aurait sûrement pris un autre chemin. Depuis très longtemps je n’ai toujours été entouré que d’entendants et j’ai parfois eu le sentiment d’être seul au monde avec ma surdité. Et c’est grâce au net que j’ai pu me faire aussi des amis qui me comprenaient car ils sont eux-mêmes malentendants.
Donc MERCI M. le Net ! »
(SUBWAY)
« Je pense que je vais m’orienter dans une filière où l’on travaille par correspondance, par exemple, correcteur de livres : l’écrivain vous envoie son manuscrit par le Net, vous le lui retournez par le même moyen.
Ou encore Webmaster ? En tout cas, Internet a changé ma vie en me permettant de communiquer aussi bien avec les sourds perdus de vue (j’ai déménagé de la Capitale) qu’avec de nouveaux amis entendants. Ca, c’est vraiment bien ».
(CIVILI)
« Vous savez que vous, les parents d’enfants sourds, avez beaucoup de chance avec toutes les informations qu’on peut avoir sur le Net !
Mes parents en 1970 n’en avaient que prou ! Le LPC on ne le connaissait pas et je viens de le découvrir il y a 5 ans seulement à la TV « Ca se discute ».
Les parents s’inquiètent beaucoup moins maintenant et savent mieux où aller…
N’est-ce pas… ? »
(LAURA)
« C’est vrai que c’est plus facile avec le net d’avoir des infos un peu plus claires que le charabia des médecins (faudra que je pense à embaucher un traducteur de résultats d’examens d’ailleurs).
Mais, même avec un enfant sans handicap, on s’inquiète pour lui alors pour un enfant avec handicap…
Mais c’est vrai que « merci le Net ».
C’est clair que quand on a appris la surdité de Loan, on s’est pris une énorme claque (et encore, le mot est faible).
On avancait dans l’inconnu.
Et grâce au net on a trouvé quelques sites et l’AFIDEO, où on a pu avoir des infos, du vécu.
Ca soulage. On se sent moins perdu ».
(JULIEN)
Les relations avec les enfants, sourds ou entendants.
Je sais que je peux transmettre le gène de la surdité à mon « futur » enfant … Je me pose toujours la même question : je prends le risque ou non ?
Je ne suis pas viscérablement attachée à la « culture sourde » et vouloir à tout prix que son enfant soit sourd me semble une aberration … C’est comme si tu mutilais ton enfant pour qu’il soit à ton image.
Si mon enfant naît sourd, eh bien, je le prend comme il est : dans le meilleur des cas, mon frère et moi (voire tous les membres de l’AFIDEO !!!), nous partagerons notre expérience pour faire en sorte qu’il soit heureux dans la vie. Mais ce n’est pas une raison qu’il soit rejeté parce qu’il ne représente pas l’image de l’enfant de mes rêves ».
(RIANE)
« Personnellement, ca ne me fait vraiment pas peur. Je sais pertinemment qu’à l’approche de leur naissance ou à leurs débuts d’expression orale, je me poserai toutes ces questions tellements pénibles du style : « Est ce que j’arriverai à le comprendre ? », mais très honnêtement, un enfant qui vit avec un parent malentendant considèrera cela comme normal, et de toute facon, naturellement, il aura appris avec moi (en l’occurrence) à me parler. C’est vraiment comme ça que je le concois.
Par contre, la seule chose qui me fait peur, c’est que je me suis vraiment rendu compte, il y a peu (quelques semaines à vrai dire), que j’avais vraiment une facon de parler un peu spéciale. Ca n’aurait pas dû me mettre dans cet état, mais quelque part, je me suis senti profondément blessé dans ma fierté de malentendant intégré. Ce qui me gêne un peu plus par contre, c’est que je me demande si je ne risque pas de contaminer la facon de parler de mes enfants… Rien que ça ».
(HUGUES)
« Il est exact que l’enfant entendant fait des efforts pour se faire comprendre, très tôt et prend l’habitude donc d’articuler à ses parents sourds. Ne vous posez pas trop de questions, je vois que vous essayez d’imaginer comment vous serez parents, vous vous souciez déjà donc du fait que vous vouliez être de bons parents, s’efforçant d’avoir de bonnes relations avec vos futurs enfants.
J’ai deux enfants entendants, ils sont habitués et ça m’arrive ne pas comprendre le plus jeune, mais je n’en souffre pas, la surdité n’est jamais à excuser, ah non. Ca vient peu à peu, le plus jeune articule et accompagne spontanément sa parole par des gestes pour clarifier. Le plus âgé se fait comprendre à 100 %. Cela m’enchante car mes neveux et nièces n’ont pas fait ces efforts du fait, simplement, que je ne les fréquente pas tous les jours, alors que je vois quotidiennement grandir mes enfants.
Il est utile d’aller voir les parents sourds d’enfants sourds et parents sourds d’enfants entendants. Il existe des associations qui préparent la fête de Noël où se trouvent pêle-mêle ces parents. Les enfants entendants jouent avec les enfants sourds ; les premiers sont rassurés d’avoir découvert qu’ils ne sont pas les seuls à avoir les parents sourds et qu’ils ont donc des problèmes communs, du coup ils perdent leurs complexes vis à vis de leurs camarades d’école.
Mais mon aîné ne se complexe pas, il dit toujours tout de suite « Mes parents sont sourds ». Ses camarades ne se moquent pas, ils sont souvent fascinés et lui posent des questions sur nos relations, etc. Ouf, la honte ne fait plus partie des moeurs d’entendant.
Cela s’est bien passé depuis la maternelle jusqu’au lycée pour mon aîné, aucune moquerie ne m’est rapportée, mais tout est possible quand elle reste inavouable. Enfin, il m’a déjà dit : « tu n’es pas une mère comme les autre ». Je lui ai répondu : « Je m’en fous » (voilà la façon dont j’éleve mes enfants : non je plaisante, mais c’est rare) car je ne vais pas m’apitoyer comme ça – après avoir subi des réflexions plus désagréables durant mon enfance si vulnérable – la vie étant trop courte.
Bah voilà. Reste mon plus jeune. Peut-être que ce sera différent, je verrai bien ».
(ANONYME)
« Je me souviens de la toute première fois quand j’ai gardé trois enfants entendants. J’allais les voir souvent pour savoir s’il n’y avait pas de problèmes ou s’ils m’appelaient. Et j’avais peur de ne pas les entendre surtout le plus jeune.
Comment pouvais-je les entendre pleurer ou quelque chose comme ca ?
Alors j’allais les voir souvent.
Des fois, ca me stresse et m’inquiète que je ne puisse pas entendre les enfants quand ils sont au lit. Mais, en général, ca se passe bien ! »
(EMMANUELLE)
« Garder des enfants : le plus dur c’est de les convaincre d’aller se coucher….
Et de comprendre sur leurs lèvres, pffui ! »
(LAURA)
« Il m’est arrivé de garder des enfants en bas-âge, et j’avoue que je me sentais pas très à l’aise… je me mettais à les entendre crier et pleurer alors qu’ils dormaient comme des loirs…
A part ca pour les enfants à deux pattes, je n’ai généralement jamais eu ce genre de problèmes… »
(HUGUES)
« Au début bizarrement j’angoissais pas !
Mais une fois, persuadée que tous étaient couchés et endormis (ils étaient trois) je vais bouquiner dans le salon qui se trouvait au rez de chaussée.
La petite s’est relevée alors que j’étais déjà venue la voir cinq minutes auparavant, et je ne l’ai pas entendue. Je suis allée à la cuisine et là, stupeur ! Je me trouve face à un capharnaüm total, la sale môme avait renversé le sucre en poudre et versé de l’eau dessus. Bref la cuisine collait de partout, l’escalier par lequel elle était remontée pour se coucher aussi et la môme toute collante s’était rendormie !
Bref, nettoyage de la môme et de la cuisine… Si j’avais entendu j’aurais pas lessivé !!!
Je me suis installée dans le couloir face aux chambres, on ne m’y reprendra pas à deux fois !! »
(ANONYME)
« Sérieusement, pour moi, la vraie question du débat n’est pas comment entendre les pleurs quand on garde les enfants car on se débrouille comme on peut comme certains qui passent régulièrement voir les enfants dans leurs chambres.
Mais la vraie question est comment convaincre les parents qu’un sourd puisse très bien garder leur enfant ? Car personnellement, on a toujours préféré ma soeur (qui est entendante) pour garder des enfants, du fait de ma surdité.
Tous les parents avaient davantage confiance en elle ».
(CAMILA)
« Je suis tombée dans la piscine relativement tôt et j’ai pratiqué la natation de compétition pendant presque 15 ans. Je continue encore un peu. J’étais à un bon niveau (Championnats de France N2, CIF et tout le toutim). Maintenant, je continue la compétition sur d’autres terrains (enfin, quand j’arrive à m’entraîner pendant l’hiver….).
Aux compétitions de petit rang, c’était le départ au sifflet : je demandais à une personne de me donner le départ avec une tapette sur les fesses. En général, c’est pas terrible : soit elle tape trop fort et j’ai mal aux fesses !!!!… Soit pas assez fort, et je pars quand je vois les autres déjà à l’eau…
Une fois, je dormais carrément sur le plot du départ (la piscine était en plein air et j’étais à moitié assommée par la chaleur) et je me suis retrouvée dans l’eau sans comprendre pourquoi : en fait, la personne m’avait poussée… et le contact de l’eau froide m’a sortie de la léthargie … Le plus drôle, ca m’a drôlement aidée : j’ai rapporté trois médailles ce jour là.
Enfin, j’ai beaucoup apprécié les compétitions de haut rang, le starter utilise le pistolet (chargé à blanc quand même)… Et je ressens les vibrations du pistolet (une espèce de bang dans les os !!!) Et ca me fait bondir …
Donc, je n’ai pas eu besoin de me stresser pour organiser tout un cinéma pour un simple départ en compétition.
Pour conclure : je suis contre cette séparation entre sourds et entendants… Je trouve que ca fait ghetto… Non, je trouve que c’est contraire à l’esprit de compétition… Pour les jeux paralympiques, je comprends très bien puisqu’ils sont nettement – et physiquement- désavantagés par rapport à nous …. mais …. nous ??? On n’est pas si handicapés que ca ???
Je trouve plus gratifiant une médaille de bronze olympique qu’une médaille d’Or des Jeux de sourdingues….si vous voulez une médaille, je peux vous donner des adresses où on peut en trouver pour pas cher… »
(RIANE)
« Je fais de l’escrime, et le problème est que pour donner le départ, l’arbitre dit simplement « Prêts ? Allez ! ». Bon, ça a beau êre le français la langue internationale en escrime, je me vois mal me concentrer sur les lèvres de l’arbitre alors que j’ai un adversaire prêt à me foncer dessus en face !
La solution est très simple : l’arbitre donne le départ avec le bras, en l’abaissant au moment même où il dit « Allez ».
Maintenant, à chaque fois que je fais un assaut, j’exige que l’arbitre me donne le départ avec le bras, même si c’est en simple entraînement avec un de mes camarades. »
(HUGUES)
« Ouais ! J’ai déjà fait une petite compétition de Judo ! C’était trop drôle quand c’était le combat, comme on bougeait dans tous les sens, l’abruti d’adversaire mettait sa main sur mon appareil ! J’entendais pas l’arbitre. Je renversai méchamment l’autre et je croyais avoir gagné, mais du clou ! Il avait déjà arrêté le combat avant !
Y aurait pu avoir des sourds au Rugby ! Mais le problème encore, c’est pas le fait d’entendre ! C’est le fait d’avoir des appareils et qu’on risque d’écrabouiller à tout instant… »
(VIVIEN)
« J’ai fait du judo pendant deux ans, et je ne mettais pas mes appareils. Et je n’ai pas fait de rugby malgré mon immense envie à 14 ans, parce que je n’aurais jamais gardé mes appareils : je me suis déjà pris des coups sur l’oreille à l’emplacement de l’appareil, et ca fait suffisament mal pour ne pas avoir envie de recommencer l’expérience.
Au rugby, sans appareils, je pense fortement que j’aurai pu m’intégrer moyennant une hausse d’attention et un effort de la part de l’équipe : l’intégration, c’est dans les deux sens ».
(HUGUES)
Ce que nous apporte la surdité ?
« Des supers pouvoirs !
Une vue perçante comme un oeil de faucon
Un odorat superdéveloppé
Un toucher incroyable, un feeling remarquable
Non je dirais plutôt une meilleure écoute des autres
Une plus grande sensiblité aux problèmes quotidiens ».
(MARTIN)
« Pour moi : une sensibilisation plus forte, un altruisme plus fort aussi. Mais aussi une meilleure écoute de l’autre. J’ai une amie entendante qui me dit qu’elle n’a pas peur de me confier des trucs qu’elle ne confierait pas à ses autres amis. Parce que ses amis ne sont pas les miens, et je n’entends pas ce qui se passe et je peux donner un avis à peu près objectif. »
(CAMILA)
« Quand on est sourd, on sent davantage l’air et son déplacement. Je suis capable de me réveiller le matin avant même que ma mère me réveille, je sens déjà le tout petit courant d’air que provoque une entrée dans une pièce.
Le toucher est plus sensible… Et la vue est plus développée, on le sait… Mais l’odorat je ne crois pas… on ne sent pas tous la même chose : je sens quelque chose et quelqu’un d’autre à côté de moi ne le sent pas et vice-versa… »
(LAURA)
« Si je n’étais pas devenue sourde, est ce que j’aurais été aussi têtue toute ma vie jusque là ? Est ce que j’aurais la même volonté de réussir mon intégration, de mieux communiquer avec autrui ? D’aller aussi loin que j’ai pu ?
Je n’en suis pas si sûre…
J’ignore si je serais aussi sensibilisée aux problèmes des autres, des handicapés… et avoir envie d’aider les autres ?
Ce qui est sûr, c’est que j’aurais fait autrement de ma vie…
Une amie m’a confié que si elle était sourde, elle n’aurait pas pu réussir sa vie comme moi !! D’après elle, elle n’aurait pas fait autant d’efforts que nous, elle aurait vite laissé tomber… elle ne peut pas le savoir elle non plus… »
(LAURE)
« Mes parents disent (pas vraiment tout haut, mais je le sens) que si je n’étais pas sourde, j’aurai fait les classes prépas et les grandes écoles comme beaucoup dans ma famille.
Mais je n’en suis pas sûre : ma surdité me permet d’être une vraie battante et de me battre pour n’importe quoi. Je suis très tenace et je pense que ce trait de personnalité est dû à ma surdité. Je suis également têtue comme beaucoup de sourds.
Peut être que si je n’étais pas sourde, je me découragerai beaucoup plus facilement ? Voilà la première raison qui montre que ce n’est pas sûr que j’aurai fait des études plus brillantes que si j’étais sourde.
Mais d’un autre côté, un conseiller d’orientation au lycée avait « insisté » pour que je passe les concours de Sciences Po.
Je n’ai pas voulu car j’avais peur de rater, et en plus comment suivre à Science Po quand on est sourd ? (il y a des cours entièrement en langues étrangères là-bas, gloup !). En université, j’ai eu la possibilité d’aller passer une année d’études au Québec, mais je n’ai pas voulu car je n’étais pas sûre qu’une Française puisse bénéficier des aides du sytèmes québécois comme les preneurs de notes ou autre. Et sans ça, je n’aurai pas réussi. Je regrette de ne pas être partie au Canada, car les étudiants de ma promo qui y sont allés m’ont dit qu’ils étaient très bien encadrés là bas et en plus les profs donnent beaucoup plus facilement de très bonnes notes.
Donc mon avis est mitigé ! La surdité nous a apporté une force et une volonté de réussir ».
(CAMILA)
« Avec des « si »…
Mais franchement, quand j’y pense, c’est comme essayer de donner une explication à mon univers à l’aide de mon cerveau trop étriqué pour en appréhender l’infinité..
Cependant, je me demande, si je n’étais pas malentendant :
- je ne m’intéresserais probablement pas du tout à la surdité
- je ne regarderais peut-être pas autant de DVD ?
- je ne serais peut-être pas informaticien ?
- je serais plus timide car je n’aurai pas eu de handicap à surmonter ? Moins timide car comme j’entends, je n’aurais pas de blocage ?
- je n’aurais peut-être pas de bras ?
- je serais peut-être déjà mort depuis longtemps ?
Histoire de dire que tous les grands et petits tracas de la vie quotidienne apportent leur lot d’expérience, de vécu, et tout ce genre de choses. Il est absolument impossible de répondre à cette question, ce qui fait que quand j’y pense, ca ne me fait qu’apprécier encore plus la personne que je suis.
Surtout, c’est une façon comme une autre de me dire que mon handicap n’en est peut-être pas vraiment un… vu ce qu’il m’a apporté. »
(HUGUES)
« Je suis devenue sourde à 28 ans à la suite d’une maladie (aujourd’hui j’en ai 35), je ne dis pas « SI je n’étais pas sourde », mais « QUAND je n’étais pas sourde ». Et pour moi c’est clair malheureusement, y a pas photo, c’était 100 fois mieux avant ! Et pourtant je commence à m’habituer un peu .
La musique, les spectacles, les concerts, les gentils bruits, saisir au vol toutes les conversations autour de nous, les téléphones potables et fixes qui nous permettent à tout moment d’entendre la chaleur des voix de ceux qu’on aime, les conversations rapides, animées, à plusieurs … tout cela me manque encore cruellement, même si je fais tout pour ne pas y penser. Moi ce qui me manque le plus, ce sont les grandes discussions entre amis, les soirées animées chez les uns ou les autres, où tout le monde parle dans tous les sens. Je me sens exclue.
Mais bon, je suis devenue-sourde une fois adulte, ça a tout foutu par terre dans ma vie. J’ai déjà pas mal fait de chemin depuis 7 ans en essayant de reconstruire un peu quelque chose et je pense que plus ça va aller , plus je vais encore m’habituer et m’adapter.
Ce que m’a apporté la surdité ? Mmmmmhh, pas grand chose il est vrai, mais je porte désormais indéniablement un regard différent sur la vie. Je travaille moins. J’ai plus de temps.
Je relativise davantage, j’ai tendance à compatir davantage.
J’ai envie d’aider les autres, d’être « à l’écoute » (ah ah ah !). Bien des choses ont désormais à mes yeux tellement moins d’importance qu’avant (comme la mauvaise humeur de mon patron par exemple).
Je ne vois plus du tout mes amis d’avant. C’est un autre monde pour moi maintenant. On ne se comprenait plus . Mais le monde sourd au sens large (AFIDEO compris) m’a permis en revanche quelques rencontres intéressantes, chaleureuses, peut-être un peu moins superficielles qu’avant ( ?) , en tous cas, empreintes d’une certaine forme de solidarité. »
(ALINE)
« Dans le cas de la surdité, être exigeant envers le handicap, c’est surtout avoir la volonté de la dépasser, or la surdité touche tous les aspects de notre vie.
Parce que nous vivons avec la surdité et si on se laisse aller, c’est la déprime, on pense trop à la surdité, on l’accuse de tous les maux.
Mais je le prends dans le bon sens comme étant le truc qui nous fait avancer dans la vie sans refuser à prendre des plaisirs. C’est typiquement stoïcien et je peux vous assurer qu’être exigeant ce n’est pas se rendre malheureux, de se culpabiliser, mais de ne pas faire de la surdité une mauvaise excuse. »
(MAX)
« Jje suis plutôt pro-intégration individuelle (j’ai connu que ça, je sais…). En effet, voir le niveau des entendants, et parfois leur mépris envers nous, sourds, ça nous donne envie de leur en faire voir, de prouver qu’on est capables, qu’on est pas l’abruti qu’ils croient. Avec l’intégration, on est plus « armés » pour plus tard, on ne se referme pas sur nous, on ne se lamente pas vraiment de ne pas avoir tout ce qui nous est utile à disposition.
C’est sûr, il y a une part de volonté, mais il y a aussi de l’exigence… avec la volonté on peut pas tout faire, on a besoin d’encouragement, de soutien, et aussi d’exigence, justement. La volonté seule ne fait pas tout. Elle s’émousse si personne vous demande vraiment des trucs à votre niveau, ou vous motive. Ça me fait ch*** parfois quand des abrutis me disent : « Tu seras capable de faire ça ? » et doutent quand je dis « oui oui, aucun problème ! » Ces types là je me booste un max pour leur fermer le clapet !
Il faut se reconnaître comme sourd, en être fier, ne pas se cacher. Il faut aussi que les parents n’aient pas honte de se montrer avec leur gamin et de lui coder ou de lui signer. Avec l’acceptation de la surdité, vient l’exigence envers soi et la volonté de se battre…
Quels que soient nos origines et nos horizons, nous nous battons tous, et nous sommes tous plein de volonté et d’exigence envers nous même et envers les autres… Bravo à tous ! »
(MEYA)
« On se bagarre.
On s’adapte en permanence.
On aime le silence total.
On regrette parfois de ne pas mieux entendre.
On lui met tout sur le dos, malheurs comme bonheurs.
On s’est accoutumé.
On ne peut pas s’en passer.
On a un petit plus.
On a un petit moins.
Bref, c’est pas mal !
Paf ! Du jour au lendemain, on devient entendant !
Trop facile et trop triste.
Non, je préfère « le vin d’ici que l’eau de là »
(MARTIN)
« Depuis quelques mois, je suis au point mort question travail. Je m’en prends à moi-même, aux études en général, et même trop souvent à ma surdité qui s’avère être un boulet que je me traîne. D’un côté, je suis persuadé que ce n’est qu’une facon pour moi de justifier l’injustifiable, mais de l’autre… je me dis que ca n’est peut être pas des conneries, c’est vraiment le fait de devoir subir les mêmes pressions que mes camarades en plus des problèmes liés a ma surdité qui fait qu’au bout d’un certain temps, je lâche.
Il m’arrive, depuis la 1ere, de songer a redoubler une année, comme ca, pour pouvoir souffler. Car je vois le redoublement comme un soulagement physique et mental. Et plus j’y pense, plus j’ai l’impression que ca m’aurait fait du bien. Mais d’autre part, ma fierté d’avoir atteint les études sup sans avoir redoublé une seule fois, notamment vis-a-vis de ma famille et de mes amis, est la plus forte…
De l’autre côté, j’ai comme qui dirait l’impression que c’est plus le fait d’en arriver au terme de mes études (plus que 8 mois !!) que le fait de devoir travailler m’énerve. J’ai envie de me retrouver dans la vie active, notamment après mon stage de trois mois, très concluant, en fin d’année dernière. Car ça m’a surtout appris que je suis parfaitement capable de me débrouiller en entreprise… »
(HUGUES)
« J’ai remarqué un truc chez les sourds, c’est la tendance à se limiter au niveau des choix professionnels. On en est encore à se dire, de nos jours : « ça, je ne pourrai pas le faire » ou « ça, ça serait mieux que je le fasse, c’est plus adapté pour moi » etc. »
(ANONYME)
« Mon premier vrai échec, là où ma reponsabilité était en jeu (et non ma surdité), c’est lorsque j’ai raté mon premier exam de code de la route… parce que je n’avais pas assez révisé. Du coup, j’ai fait des efforts comme tout le monde et j’ai eu le code la deuxième fois !
J’ai ensuite fait attention au bac et lors des examens universitaires, j’ai ainsi passé des étés tranquilles sans réviser pour la session de septembre, ouuufff. Il m’est arrivé de ne pas être reçue à des concours, et j’ai vu cela comme une opportunité d’aller voir ailleurs, ce qui peut se révéler un choix finalement plus judicieux.
Car pour moi, un échec (ou ce qui est vu comme tel) n’en est pas un à partir du moment où on en tire un enseignement profitable par la suite. »
(ANONYME)
« C’est vrai que dans mes moments de découragement, je mets tout sur le compte de la surdité. Je me dis « si je n’étais pas sourde, tout serait tellement plus simple et surtout plus facile » et j’enchaîne sur des questions existentielles…
Pour moi, j’ai toujours pensé que c’était un fardeau que je traînais, un boulet… Et pourtant, je suis une battante, comme la plupart d’entre nous.
L’échec ? je n’aime pas tellement ce mot, car pour moi, rien n’est un échec, car les erreurs permettent de progresser et de tirer des leçons… »
(DOLORES)
« Mon handicap : je déteste « l’imposer » dans le sens où j’estime que personne n’a demandé à l’avoir dans son entourage, et que ceux qui font le choix de faire avec, eh bien, ce sera mieux pour tout le monde, mais sinon, tant pis.
Ca rend mes copines dingues que je ne me manifeste pas plus souvent, par exemple, au resto avec des amis entendants, si on me demande : « Ca va, tu suis la conversation ? » et moi, voyant tous ces regards braqués sur moi – surtout si ce sont des amis d’amis que je ne connais pas encore – je rougis et réponds très très vite : « Oui oui t’inquiète pas, tout va très bien » alors que je n’ai absolument rien suivi du tout ! Je n’ose pas les culpabiliser ou leur donner l’impression que je veux les culpabiliser du fait de ne pas avoir fait attention à moi alors qu’ils avaient pourtant été mis au courant de ma surdité.
C’est un cercle vicieux dans lequel on peut très vite tomber. »
(ANONYME)
« Voilà un sujet qui me tient à cœur… Vous savez qu’il y a des enfants qui ne sont pas tous cruels, comme ces enfants qui se moquent des autres…
Avec ma meilleure amie d’enfance – qui l’est toujours à présent – ça a commencé avec le coup de foudre de l’amitié : je suis entrée la première fois dans une école pour entendants en CM2, j’étais perdue et Nathalie (c’est elle !) l’a remarqué tout de suite, elle était en face de moi sur un autre pupitre, alors pour me mettre à l’aise et me faire rire, elle s’était mise à faire le pitre, ses clowneries me pliaient en deux, malin ça !! Avec elle, pas besoin de mots. On se quittait plus.
Mais auparavant, à 6 ou 8 ans, j’avais un petit amoureux entendant, il me défendait rudement bien contre les autres : quand je l’avais rejoint à l’école, les autres me questionnaient : « C’est quoi ton truc ? » (appareil autour du cou), lui, était intervenu leur dire que j’écoutais une radio.
Mais quand ils m’avaient entendue parler (on parlait pas très bien tout petit), ils demandaient à mon copain pourquoi je parlais comme ça, il avait répondu que je parlais breton. Et toc.
J’en garde des souvenirs très nets.
(LAURA)
« Mes souvenirs… J’ai retenu Véronique ma copine de classe, Je l’aimais comme un fou…
C’était en 1ere année de primaire (7 ans) on a fait classe ensemble durant 6 ans. Mais bon, elle m’aimait pas mais moi si ! Elle m’aidait beaucoup. Quand j’ai eu un accident qui m’a plongé dans le coma, elle est venue à mon chevet et donné des devoirs.
Et puis il y a Carole, également copine de classe, elle m’aimait elle sans que je le sache. Elle s’était occupée de moi comme une soeur. Elle était toujours inquiète pour moi.
Ah il y a Christophe qui était mon garde du corps… Il se disait Goldorak au cas où un gus venait m’embêter ».
(ANTZY)
« Avec un regard extérieur je me dis que c’était plus facile en maternelle de se faire des copains copines : on joue à cache cache, au chat, à la marelle, à l’élastique… Après c’était plus difficile de s’intégrer dans un groupe (sauf avec les sourds), j’avais plutôt une amie intime à qui raconter des secrets… »
(ANONYME)
« Ma première amie entendante fut Allisson, je la revois depuis quelques mois, on s’était perdu de vue il y a environ 12 ans car elle a dû déménager lorsque nous étions en CM1. Nous nous connaissons depuis la maternelle… J’ai jamais pensé qu’on allait se revoir régulièrement, elle a cherché à nous remettre en contact car elle voulait absolument que je sois son témoin de mariage au mois de juin : tout simplement parce que j’étais son premier ami d’enfance. C’est pas beau ce geste ? En tout cas j’étais touché.
J’ai eu d’autres amis mais sans plus… Juste avant de rentrer au Collège, j’ai rencontré Hervé, entendant. Nous nous sommes devenus les meilleurs amis depuis. Il est plus vieux que moi et il me considère comme son petit frère car il m’a toujours défendu quand les autres me critiquait car je comprenais pas bien… il se sentait responsable de moi comme un grand frère… »
(TOF)
« J’ai eu des copines « marginales » (une petite, une assez forte, une black, …). Bref, vous comprendrez pourquoi : quand les autres connaissent la différence aussi, c’est facile de les repérer ».
(ANCLAIRE)
« Etant sourd, on a plus de difficultés pour communiquer et comprendre les entendants. Or, en séduction et drague, cela est très important. Est-il plus difficile pour un gars sourd d’aborder une fille dans la rue et de la draguer ?
D’autre part, pour tomber amoureux, il est essentiel de connaître l’autre, c’est-à-dire de faire connaissance. Or, personnellement, j’ai du mal à cerner le caractère des gens qui ne me sont pas proches, car beaucoup de choses se découvrent à travers la parole. Lorsque quelqu’un parle, il se dévoile et en dit long sur sa façon de voir les choses.
Suivre des conversations à plusieurs est vraiment difficile, et je n’ai qu’un accès tronqué aux informations, il m’est donc difficile de me faire une idée précise sur une nouvelle personne, à part mes repères visuels. L’avantage, c’est que je supporte plus facilement les gens, puisque je me rends moins compte de leurs défauts !
N’a t-on pas peur de rebuter l’autre avec sa surdité ? »
(DOLORES)
« Quant à comment aborder une personne entendante quand on est sourd… Ben comme tout le monde au début… Et après s’il (ou elle) se montre intéressé par ta surdité et s’il (ou elle) te pose des questions dessus ou sur toi, comment tu as fait etc.. c’est bon signe !!! Et ça peut être une bonne tactique pour l’aborder !!
Malheureusement (pour moi !) j’ai l’impression que les filles entendantes sont plus sensibles là-dessus que les mecs… ça m’est déjà arrivé qu’un mec me lâche à cause de ma surdité parce qu’il disait qu’il fallait tout le temps faire des efforts, bien articuler, regarder en face etc… un c** quoi…
Mais bon ça a été quand même une bonne expérience…
Je reste toujours admirative face aux personnes entendantes qui ont un conjoint sourd, ils font des tas d’efforts pour leur conjoint, par amour… je trouve ça génial !!
(CAMILA)
« Je ne me suis vraiment pas posé la question, c’est marrant sauf une fois ! La dernière fois que j’ai été amoureux, je me suis complètement fait avoir parce que j’avais mal entendu/compris ce qu’elle m’avait dit. Et je me suis emballé pour rien.
Bref, je préfère attendre et aimer vraiment une fille qui m’aimerait aussi ! Et qui serait malentendante comme moi ! Mais en fait, je m’en fout, tant que cette fille m’aime.
C’est vrai que c’est gênant quand une fille « m’aborde » et que je ne comprends pas ce qu’elle me dit. Je n’ose pas lui dire que je suis malentendant !
C’est un défaut je sais ! »
(VIVIEN)
« Disons que depuis quelques mois, mon coeur est pris mais ça n’a pas été facile au début, j’avais carrément l’impression de le faire ch*** avec ma surdité. Mais il s’est avéré que c’est moi qui me prenais la tête pour rien ! En effet, il me posait très peu de questions sur ma surdité mais il m’a dit plus tard que mon handicap ne le dérangeait pas du tout, qu’il avait deviné que ça me préoccupait de ne pas savoir exactement ce qu’il en pensait. Bref qu’il m’accepte telle que je suis. Alors là, il me fait complètement craquer !
En attendant, moi aussi, un mec m’a lâché parce qu’il en avait marre de tout me répéter pour que je comprenne !!! Bref un c**, quoi…
Pas mal d’entendants m’ont demandé si je préférais sortir avec un sourd ou un entendant. Je m’en fous totalement !! C’est vrai, la communication peut être plus difficile avec les entendants, et alors ? Les sentiments, seuls, comptent dans le couple !
Nous avons souvent peur que notre conjoint nous lâche parce qu’il commence à en avoir marre d’être « notre » oreille. J’ai parfois cette peur quand je vais à une soirée à plusieurs (c’est pas facile de suivre !). Mais je l’emmène aussi à des soirées avec des sourds, il est aussi perdu que moi avec les entendants. Une façon de lui faire comprendre l’isolement. »
(LAURE)
« Bah en fait, pour les relations amoureuses… c’est vrai que des fois j’ai le sentiment d’être pris pour un con qui fait répéter parfois la gente féminine, et avec mes appareils si visibles, c’est pas terrible non plus….
Mais j’utilise une parade (je ne sais pas si ca marche pour tout le monde et elle n’est pas forcément recommandée) : en boîte de nuit, j’enlève les appareils, et comme personne ne pige que dalle (les entendants comme les sourds) avec le bruit ambiant, tout le monde communique par gestes…
Des fois je préfère enlever mes appareils car j’ai l’impressions que ca rebute les gens… j’ai remarqué que j’ai beaucoup plus de succès sans.
Mais bon c’est tout de même c** que l’on soit beaucoup moins accepté lorsqu’on a nos appareils. »
(YOHAN)
« Je vis depuis deux ans une vraie histoire d’amour avec une sourde. Je ne savais rien de la surdité en général et d’elle en particulier. On s’est rencontrés par hasard, et on reste ensemble par envie, désir, et amour ….
Je pense vraiment qu’il ne faut pas s’arrêter au problème de communication sourd/entendant. Pour moi, le plus compliqué c’est la communication homme/femme.
Du point de vue de l’entendant, je n’ai jamais été si bien compris que par quelqu’un qui ne comprend pas toujours mes sous-entendus, et qui m’oblige du coup a être plus direct, plus clair, plus franc tout les jours que notre amour nous accorde.
La volonté macho/freudo protectioniste ou son stéréotype féminin de désir séduction/sécurité ne suffit pas à expliquer l’envie de deux personnes de vivre ensemble.
L’alchimie est certes dure à trouver, mais la difficulté à communiquer tient plus dans celle de se dévoiler à l’autre et de faire comprendre ses intentions, pour peu qu’on les ait soi-même comprises.
Bref, je l’aime, et je retrouve dans ses yeux cette envie de continuer à partager ses moments, et jusqu’à ce que bonheur s’ensuive… »
(OXYMORE)
« Je ne vois absolument aucune relation entre la surdité ou n’importe quel autre handicap, et l’amour.
Oui, ca gêne souvent, mais en fait, même les entendants sont souvent complexés par un problème plus ou moins quelconque, plus ou moins visible vis-a-vis de l’amour. Il y a plein de gens qui n’ont pas encore trouvé de partenaire, et beaucoup (trop à mon goût) ont tendance a rejeter la faute sur le bon vieux bouc émissaire qu’est la surdité.
Tout simplement, je considère que je n’ai pas encore croisé LA personne qui me convient. D’autant plus que je suis persuadé que LA fille idéale n’existe pas, mais que mon âme-sœur existe en plusieurs exemplaires. Suffit que je tombe sur l’un d’eux.
J’ai même beaucoup plus tendance à croire qu’être sourd me permet de trouver plus facilement (oui, je sais, c’est assez contradictoire) une fille : car ca privilégie beaucoup plus l’intimité.
Quand je regarde les (rares) histoires amoureuses que j’ai eu, tout ce qui clochait là dedans… c’était la fille…
En tout cas, jamais je n’ai eu souvenir d’avoir été rejeté pour mon handicap, d’aucune forme que ce soit. Ou alors je ne me suis même pas posé la question. »
(HUGUES)
« Peut-être que certains sourds croient qu’ils sont complexés ou plus timides du fait de leur surdité. Ca m’est arrivé quand j’étais au collège (période noire pour moi), je ne sortais pratiquement pas parce que les gens dans ma classe pensaient que ça ne servait à rien de m’inviter si je n’entendais pas la musique, j’avais donc moins d’occasions de rencontrer un mec… _ Et j’étais complexée par ça : le manque de sorties à cause de ma surdité…
Mais maintenant que le type de relation a changé (un couple au collège est complètement différent d’un couple d’étudiants !), je ne suis pas trop complexée par ma surdité pour trouver des mecs…
Et même je trouve que la surdité n’a rien à voir… Si un mec vous lâche parce qu’il se dit : « Mais euh je vais devoir faire l’interprète, passer les coups de fils etc.. à ta place et ça me barbe ». Laissez tomber, c’est qu’il n’est pas vraiment amoureux… Enfin perso, je préfère avoir une vraie histoire d’amour plutôt que pleins de petites histoires où il n’y avait que du c…
Ce que je reproche aux garçons justement : de ne pas savoir dire pourquoi on veut larguer, ou pire de ne rien du dire du tout par peur de blesser… Les filles sont comme ça : elles ont besoin de savoir pour mieux digérer la rupture… La vérité, même si elle blesse, est mieux que le silence… La dernière fois j’ai dû harceler mon ex pour qu’il me dise pourquoi il voulait me lâcher, il me disait que c’était à cause de ma surdité pff n’importe quoi, puis il a fini par avouer qu’il était tombé amoureux d’une autre fille et qu’il avait passé de supers moments avec elle… Bien sûr ça ne m’a pas fait plaisir de savoir ça mais au moins je connais la véritable raison et j’ai ainsi pu mieux digérer la rupture… »
(CAMILA)
« Pour ma part, je suis d’accord pour dire que c’est vrai que la majorité des filles rechignent à sortir avec des sourds pour deux choses : les appareils (les filles ont des exigeances physiques) et la communication (les filles adore bavarder et entretenir une conversation sans avoir à répéter) donc la plupart (je dis pas la totalité !) se sentirait mal à l’aise si un sourd voulait sortir avec. Il faut dire que les filles sont très pointilleuses là dessus, même si le sourd plaît physiquement.
J’en sais quelque chose car je suis sorti avec quelques filles entendantes, et j’ai eu des râteaux tout simplement parce que j’étais sourd, mais je pense qu’il ne faut pas se focaliser sur la surdité uniquement !
Avant de sortir avec un mec, la fille réfléchit souvent, et pèse le pour et le contre du mec en question, et la balance pencherait plus vers le contre si on ajoutait la surdité dedans.
Tandis que la plupart des mecs entendants se foutent complèment si la fille est sourde et porte des appareils, ils ne se focalisent pas sur ce détail, pour eux le plus important est que la fille soit charmante, plaisante etc… »
(SNOP)
« Pour ma part, je sors avec un entendant et je suis sortie avec des sourds aussi… Ce que je vais dire va peut-être sembler très naïf ou très sentimental, mais le but c’est de trouver la bonne personne qui t’accepte comme tu es…. Moi j’oublie que mon homme est entendant et pour lui c’est pareil, il oublie que je suis sourde ! Après dans les réunions de famille, à part avoir une famille de sourds, ça change pas grand chose et la petite copine/petit copain entendant peut répéter un peu ce qui se dit… Comme quoi ya des avantages et des inconvénients dans les deux cas ! On va pas cibler nos futures proies : je veux qu’il/elle soit comme ça !! Après c’est vrai que ce n’est pas forcément la même relation mais je pense que toutes les relations sont différentes ! »
(ANONYME)
« Message mâle :
Un truc classique, quand tu vas au bar et que tu rencontres une belle femme, elle te parle ou tu lui parles. Français d’abord, puis elle remarque que t’as un acccent et dit « Where are you from ? » ….
« Prague, République Tchèque »
« Oooh Prague, I know ! »
Remarque : on ne sait pas pourquoi elle parle anglais, mais c’est symptomatique lorsque on est devant quelqu’un d’étranger.
« Ya… pouvez parler français, pas de problème, je suis difficile avec anglais seulement… »
Et voilà, la conversation tourne autour des voyages et des cultures (il faut avoir un bon niveau culturel, et bien choisir tel pays telle nationalité)…
PS : pas besoin de metttre un appareillage, avec le bruit ambiant trop fort, on est perpétuellement comme dérangé, et on n’entend que dalle.
Si elle se doute de quelque chose, vous lui dites : « En fait je suis sourd, vous voyez, alors quelle est la différence ? » elle sera forcément épatée, contente d’avoir suivi une bonne dose de linguistique, elle garde contact. »
(ALEKSI)
« Jusqu’à il y a quelques années, je ne suis sorti qu’avec des entendantes, non pas par discrimination, mais parce que tout simplement je suis passé à côté de mon monde (comprendre : celui des sourds). Depuis deux ans, je sors avec la première sourde de ma vie, que j’ai rencontrée chez un ami commun et sur qui je suis – encore – sous le charme. Il s’agit d’une personne implantée, oralisant et signant.
Globalement, c’est pareil, il faut dire qu’une femme entendante ou une femme malentendante reste toujours une femme.
Si on aime vraiment sa moitié, alors on doit faire fi des différences. D’ailleurs, je crois même qu’une bonne relation est basée sur la différence souvent culturelle, et le fait de ne pas forcément avoir les mêmes goûts… en vue de les partager. La différence vient du fait que dorénavant je fais davantage attention au thème de la surdité, je questionne sur le pourquoi du comment, je découvre le langage des signes, le mode de vie d’autres couples « mixtes » ou non… Il faut dire que c’est enrichissant pour moi.
Rencontrer une femme c’est comme faire les soldes. Quand on cherche un certain type de truc pendant les soldes, on ne trouve jamais car il n’y a pas la bonne taille, la bonne couleur, la bonne marque etc… Il faut y aller sans aucune idée préconçue en tête, et là on peut avoir de bonnes surprises, acheter quelque chose à laquelle on s’attendait pas et qui fera plaisir longtemps. Ainsi rencontrer une femme relève du pur destin, tomber sur une personne par hasard est forcément plus percutant que d’en cibler une. Enfin, il faut dire que le plus important en amour est de trouver la bonne personne et d’être soi-même sûr d’être la bonne personne pour l’autre.
En ce qui concerne la drague, il n y a pas de recette miracle, il ne faut pas rêver. Toutes les filles sont différentes (heureusement), tout dépend des personnalités en jeu. Pour ma part, c’est très rare qu’une fille soit venue directement à moi, ça a été une action de ma part d’aborder le dialogue en premier – ce qui est souvent le cas d’ailleurs en général dans une relation homme-femme. L’appareil auditif, je peux comprendre que ça puisse être un critère d’exclusion chez certaines filles, recherchant un profil bien déterminé (homme beau, riche, présentable, de préférence PDG etc…), passez votre chemin, c’est une relation complètement superficielle.
Enfin, concernant les discussions de groupe, c’est vrai que parfois on peut se sentir largué. Ce n’est pas la peine de complexer dessus, ca arrive aussi pour un entendant. Il faut faire preuve de volonté pour réintegrer la discussion et savoir s’en détacher quand on en a marre ou quand on en est fatigué, on n’est pas obligé de tout savoir. »
(TWINSEN)
« Pfff….. En amour, on ne choisit pas !….. Tu tombes amoureux de quelqu’un avec qui tu es bien, tu communiques bien, tu t’entends bien, tout quoi.
Je trouve ça nul de vouloir d’un(e) entendant(e) pour s’occuper de soi. Ah je connais des amis qui ont choisi ainsi : un malentendant pour téléphoner, un sourd pour ne pas se sentir trop seul, UNE entendante pour s’occuper de TOUT (c’est un mec peinard !)…
J’ai horreur de ça. »
(LAURA)
« Moi, je ne fais pas de distinction avec les filles. Sourde ou pas, entendante ou pas, bah je m’en bats les parties à coup de tatanne. Une fille c’est un être humain donc je n’ai pas à juger selon les apparences. L’intérieur de la tête me suffit amplement si la fille est bien ou pas.
Ca me parait un peu débile ces clichés du style « les sourds avec les sourds », « les entendants entre eux », « un sourd et une entendante » mais après, ses copines lui demandent si elle n’en a pas marre d’être avec un mongol, et gna gna gna tous ces conneries de ce genre. »
(ACOUPHENIX)
« Une des raisons de l’échec de ma relation avec mon ex, c’est que je ne lui ai pas assez parlé de ma surdité… Quand on était avec des entendants, elle était parfois gênée pour moi car j’avais du mal à suivre.
Elle savait que j’étais sourd mais elle n’avait pas vraiment mesuré les conséquences que ça pouvait avoir sur ma personnalité.
C’est pas évident ».
(VIGUEN)
« Je ne vois pas trop en quoi parler de la surdité avec quelqu’un lui donnera envie de faire plus d’efforts.
Généralement la plupart des gens que je rencontre savent que je lis sur les lèvres et ça me suffit. A eux de juger s’ils veulent faire l’effort d’articuler plus, pas la peine de leur en raconter davantage. D’ailleurs dans ma classe l’an dernier, on a fait une information sur la surdité et ça n’a rien donné concrètement. Les élèves ont été contents d’apprendre des trucs sur la surdité, ils m’ont questionné un peu après l’information mais dès le lendemain c’était le retour à la vie d’avant, pas plus d’efforts.
Pour moi, si quelqu’un veut vraiment faire des efforts pour mieux m’intégrer (surtout si je suis sa moitié) avec les copains entendants ou dans les soirées, il le fera dès le début, sans avoir à lui parler de la surdité et tout. »
(CAMILA)
« Si je vivais avec une sourde LSF, il y aurait trop de choses que je voudrais partager mais que je ne pourrais pas, comme par exemple mon amour des blagues subtiles, et de la musique…
Et je crois que aussi merveilleuse que cette femme puisse être, cela finirait par me miner…
Je vois bien le dialogue : « chérie, tu te souviens de cette musique la, qui vibrait comme ca *brroum* *brroum*… »
(MJBEN)
« Je ne me sens pas handicapée. C’est plutôt la société qui nous handicape : pas d’affichage dans les lieux publics, manque d’infos sous-titrées, etc.
Et le regard des gens. »
(ANCLAIRE)
« Je suis devenu sourd à l’âge de 20 ans… il y a donc 26 ans de cela… J’étais entendant… puis l’accident et réveil a l’hôpital… totalement sourd… bien sûr que c’est dur… Faut être fort… On sait ce qu’on a perdu… mais il ne faut pas se laisser abattre… et heureusement… y a d’autres plaisirs dans la vie… moi principalement ce qui me manque c’est la musique… »
(EL CORDOBES)
« Vous êtes sourd ou quoi ? » je jubile en disant « ben oui » car ça rend la personne extrêmement mal à l’aise !
Ca arrive très souvent, comme quoi la surdité est vue comme négative…
Genre vous êtes vieux avant l’heure, vous faites exprès de ne pas comprendre etc.
Pourtant les aveugles n’ont pas ce même problème : j’entend rarement : « Mais t’es bigleux ou quoi ? » (ou alors je ne l’entend pas !)
Bref la surdité est mal percue dans la société… »
(ANONYME)
« On me dit un jour : « T’es sourd ou quoi ? ». Je me senti blessé comme si on m’avait dit : « T’es con ou quoi ? ». Quand je ne comprends rien à ce qu’on me dit, ils se disent que je suis lent à la détente… »Sourd », c’est négatif, préjoratif, presque comme une insulte ! »
(JACK)
« Je « m’excuse » hypocritement d’être né sourd !
« Eh oui ! Si je vous fait ch*** , je n’en ai qu’à m’en prendre qu’à moi même ! Je n’avais qu’à ne pas naître sourd ! » Généralement, ça refroidit direct !
Mais bon je le garde pour les « cas extrêmes » ! »
(FANFOUE)
« Quand c’est plutôt important, je ferme ma gueule.
Sinon, je gueule.
Plusieurs fois, il m’est arrivé que des personnes ayant eu connaissance de ma surdité viennent me voir et me disent « Parle ! »
Ca me gonfle, je suis pas un chien savant alors je dis rien.
Les autres insistent, que dalle je dis rien.
« Laissons tomber, il parle pas c’est un crétin »
Alors, très calme, je réponds : « Mais t’as fini de me pomper l’air p’tit con ?! »
(MARTIN)
« Ca me donne envie de pleurer… On se retrouve tous dans ces situations pénibles, parfois ça me rend furieuse devant les gens exécrables ou bien je craque et je pleure à la maison…
Cela nous rend forts dans la vie… Bien que parfois ça nous fatigue !… »
(LAURA)
« La très très grande majorité des remarques qu’on me fait sur ma surdité, je les prends au second degré. L’attitude de la personne et ma personnalité ne me trompent pas la dessus, et mieux vaut prendre à la rigolade une remarque à prendre mal que mal prendre une remarque rigolote… »
(HUGUES)
« Moi aussi il m’arrive d’avoir le blues quand j’ai du mal à participer dans une conversation avec ma famille, mes amis entendants, mais bon je me dis qu’il y a pire… et que cela ne sert à rien de se lamenter, car c’est à nous et à eux de faire des efforts pour qu’on puisse participer. A nous de leur demander de faire attention à nous, et à eux de rester attentif à nous… il ne faut pas avoir peur de relancer, de faire ch*** les autres, même si on en a marre, mais à long terme ils finiront par s’y faire, et seront peût-être plus vigilants… car les entendants oublient très vite, vu que notre handicap n’est pas visible….
Mais cela ne m’empêche pas d’être heureux, d’être bien dans ma peau de sourd, car je sais très bien que tout le monde a des problèmes… on a tous des hauts et des bas… Evitons donc de nous lamenter et de rendre la surdité responsable de tous nos maux ! »
(SNOP)
« Effectivement, les entendants oublient vite ! Je suis entendante, alors je me permet de répondre. Comme 99% (si ce n’est plus !) des entendants, toute ma communication est réglée autour des entendants : je peux tourner la tête pour regarder quelque chose tout en parlant, me ronger les ongles, baisser la tête, mettre ma main devant le bouche pour me gratter, me tripoter le visage ; bref, tous ces gestes sont fait par automatisme, sans qu’on s’en rende compte.
Ce n’est pas toujours une question de mauvaise volonté (même si il y a évidemment des gens qui ne font aucun effort).
Un truc très vrai, la surdité ne se voit pas, et elle se voit encore moins lorsque la personne oralise bien. Autrement dit, je crois qu’il ne faut pas hésiter à dire à un entendant de répéter, d’enlever sa main de devant le visage etc… parce que même s’il est au courant de la surdité de son interlocuteur, il fera des gestes sans forcément s’apercevoir qu’ils mettent en difficulté la compréhension de l’autre. Et je ne pense pas que cela puisse créer un malaise dans le dialogue bien au contraire. C’est toujours plus agréable de savoir que celle ou celui avec qui on discute comprend ce que l’on dit. »
(ANONYME)
« Nous ne nous sentons pas à plaindre car sinon on passerait le temps à se pencher sur notre triste sort ! Même chez les entendants, on ne se mesure pas tout le temps à l’aune de la « normalité », sinon ce serait invivable ! Pour nous, c’est normal tous les efforts que nous devons faire… Sinon on ne les ferait pas et on deviendrait effectivement des handicapés… Personne n’a envie de cela !
D’ailleurs, on ne naît pas sourd, on le devient ! Parce qu’on le voit, parce qu’on nous le dit… Mais au premier abord, on ne se sent pas tellement différent…. Sauf dans les moments de déprime, mais ça arrive à tout le monde… On ne peut pas tout le temps se dire : c’est anormal de porter des appareils, de lire sur les lèvres, de ne pas pouvoir téléphoner même si c’est effectivement le cas ! Nous sommes comme ça voilà ! »
(ANONYME)
« Une fois j’ai eu envie de hurler en plein cours que j’en avais marre de ce monde d’imbéciles intolérants qui n’avaient que des comportements gamins.
Je ne me demande comment j’ai fait pour être aussi forte durant ce temps là.
Les gens entendants profitent trop du fait que les gens soient malentendants. Je ne sais pas comment c’est sur le monde du travail, mais si cela se trouve, parfois ce ne doit être guère mieux ! »
(SURFERIN)
« Je souffre des fois de ma surdité ! En famille je suis souvent frustré de ne pas pouvoir tout comprendre ! Ce n’est pas toujours facile. Ca m’arrive d’en pleurer…
Alors ? Comment je fais ? Je ne focalise pas sur moi-même, je n’essaie pas systématiquement de me valoriser, ça ne sert à rien parce que justement dans ce cas là on se casse souvent les dents. On désire souvent devenir quelqu’un, on a presque tous un modèle sur lequel on essaie de copier. Mais, chacun est différent, c’est pareil chez les entendants… Je pense qu’on tombe facilement dans le piège psychologique, à savoir que tu penses que c’est parce que tu es sourd que tu ne peux pas exprimer ce que tu es au fond réellement.
D’autre part, je crois que le LPC donne à 90% les capacités de communication, ce qui signifie que bien qu’on gomme un maximum les conséquences dela surdité, nous ne pourrons jamais l’effacer entièrement, même si un jour nous entendrons grâce aux progrès de la médecine. C’est arrivé, c’est ainsi, il faut faire avec, il s’agit d’oublier le handicap pour voir ce que la vie en fin de compte nous OFFRE : il est plutôt malsain de réclamer quelque chose, comme de l’affection ou une reconnaissance parce que justement cela te donne une image d’une personne frustrée, à problèmes, mais plutôt de montrer qu’on est serein et qu’on aime la vie, qu’on aime nos passions… le reste viendra tout seul et naturellement.
Tout notre mérite en fait est d’exister et de vivre… C’est tout con mais pas évident à accepter surtout lorsque petit on a reçu beaucoup d’amour de nos parents ou lorsque nos désirs ont été comblés par eux ».
(MAX)
« Quand je tombe sur des guichetiers désagréables, je m’énerve dans mon for intérieur, je bous, je deviens toute rouge mais je me la ferme…
J’essaie toujours de rester polie devant des personnes qui n’en ont rien à péter de ta surdité et qui ne font pas d’effort pour ne PAS te parler dans ton dos et quand je vois que ça ne sera à rien, ben je l’ignore…. Parfois y a des amis qui prennent ma défense en disant qu’il/elle pourrait faire des efforts et ça fait très plaisir !
Le problème est que je n’ai pas toujours envie de tout ramener à la surdité je n’ai pas envie que les gens aient pitié de moi, du coup ce n’est pas clair dans la tête des gens que je suis sourde (surtout qu’on me prend plus pour une étrangère qu’une sourde)…
Mais un jour je m’énerverai peut-être pour de bon ! Faut dire que ça n’arrive pas tous les jours heureusement. »
(ANONYME)
« Si quelqu’un se montre peu coopérant avec moi, je deviens ironique et je jouerai à la prendre pour une imbécile à mon tour (eh oui oeil pour oeil, dent pour dent).
(ACOUPHENIX)
« Mais quand on n’entend pas, pas facile d’avoir de la repartie, il faut déjà comprendre l’autre énervé pour pouvoir avoir le dernier mot…. »
(LAURA)
« Quelqu’un nous a dit : »Votre petit est vraiment mal poli, il ne me répond pas »… Sa soeur a rétorqué du haut de ses 4 ans : « Normal, il est sourd, mettez vous devant lui et signez il vous répondra ! » et vlan….dans les dents.
Nous avons alors précisé à cette personne de se mettre devant lui pour lui parler et faire du mime.
Le petit est venu au bureau, et l’un de mes collègues lui hurlait dans les oreilles, en lui parlant n’importe comment : je lui ai signalé qu’en articulant correctement, sans crier, ca suffirait…
Les seuls regards durs sont ceux des passagers dans le train ou l’avion, car il pousse le cri de la bête (rapport au cri de la mouette…en version plus virile) de façon constante et forte. Lui apprendre à « se taire » est difficile, car il module énormement ses gargarismes : je me vois pas en train de hurler : « ’pas de panique, il est juste sourd ! »
(CYRILLE)
« Je m’étonne que le taux de suicide chez les sourds ne soit jamais évoqué. Combien d’ami(e) et d’ex j’ai perdus au cours de ma vie… Ceux qu’on a démutisé et qui n’ont pas trouvé leur place en tant que sourd ? Combien de sourds ont baissé les bras faute d’une réelle volonté sociale de les intégrer, dans ce cas, à quoi cela a servi de les démutiser ?
Combien de sourds font du déni de la surdité ?
Le chemin est encore long pour les sourds… Savez vous que sur les 100 % d’actifs sourds combien accèdent à un poste d’encadrement et de responsabilité ? Sommes-nous reconnus pour nos compétences, même en ayant une facilité de communication ? Est ce que la démutisation apporte quelque chose en ce sens ?
(XERISCAPE)
« Un de mes voisins qui parle dans sa barbe ne m’adresse plus la parole depuis que dans l’ascenseur, il tentait de m’entretenir de je ne sais quel sujet (je n’ai pas entendu donc je ne saurai jamais…) et a soudainement élevé la voix pour me dire que j’étais très impolie de ne pas lui répondre. Je lui ai répondu que je n’avais pas l’intention de m’excuser de ma surdité. Il a eu l’air outré ! Heureusement que tous ne sont pas comme lui ! »"
(MARINA)
« Ce que je trouve positif dans le fait d’être sourd : on n’entend pas ce qu’on dit sur nous, on a donc un côté un peu naïf à dire « ah tout va bien le monde ilébo » justement parce qu’on n’entend pas le sucre qu’on peut nous casser sur le dos !!
On est donc les « ravis du village », et d’éternels optimistes sur la nature humaine ! »
(ANONYME)
« Une fois j’ai eu une conversation sérieuse avec un entendant : comme je lui avais parlé de nos problèmes quotidiens de la surdité, je lui avais dit que j’avais l’habitude de tout ça puisque cela fait 20 ans que je suis sourde !
Mais il a rétorqué qu’ON NE PEUT PAS avoir l’habitude des frustrations !! D’après lui, on peut accepter un handicap mais pas les problèmes importants de communication…
Personnellement, je me suis ensuite remise en question… depuis longtemps, j’avais accepté ma surdité (vraiment tous les problèmes de surdité, communication etc) et là, je me suis retrouvée totalement perdue… et je me rends compte de plus en plus qu’il a terriblement raison… comme si avant, je ne pensais pas à l’évidence…) je ne sais pas si je suis claire… Même si on ne participe pas à une convers’ en groupe, on en a quand même envie au fond de soi !! Sachant que c’est impossible, on a quand même envie de téléphoner à son chéri, à sa meilleure amie même s’il y a Internet, les SMS… on a tous des désirs secrets même si on a totalement accepté les inconvénients de la surdité…
N’est-ce pas la vérité ?
Il est vrai qu’on le supporte plus ou moins facilement mais je suis déjà tombée dans la déprime à cause de ça. C’est inévitable !!
Je prends toujours un bouquin avec moi au cas où je m’ennuierais avec les entendants (même avec de bons amis !!). C’est cela qui n’est pas évident. Du coup, je fais davantage attention avec qui je sors (combien on est, et avec qui ?).
J’essaie de ne plus y repenser, je vois aussi des sourds, et à cet instant là, tout ça disparaît… !! OUF !!
(LAURE)
« Quand ça n’allait pas, j’avais tendance à tout lier à ma surdité, à me dire que c’était ma faute si j’étais sourde et que ça se passait comme ça. Now, c’est passé ce genre de réflexion car tout ne peut pas être lié à la surdité ! »
(ANCLAIRE)
« Je me demande si la plupart des sourds ne sont pas un poil susceptibles ? Je ne dis pas dans tous les cas, mais il m’arrive d’avoir un peu (rarement même) cette impression dans certains retours d’expérience.
A moins que ce ne soit moi qui sois trop crédule dans ma vie de tous les jours ? »
(HUGUES)
« Chez moi, je n’ai pas du tout l’impression d’être sourde. Dans le travail, il arrive parfois que je ne comprenne pas tout de suite ce que veut me dire un de ces gros pontes mais sinon la conversation se passe très bien…. Je ne me sens pas bloquée car je suis très entourée (j’ai toujours quelqu’un sous la main pour me répéter et me confirmer si j’ai bien pigé)… C’est ca qui est génial !!
En fait, je ne deviens sourde (facon de parler) que quand je suis face à des inconnus qui ne me connaissent pas (les cons qui m’accueillent avec tellement de balourdise dans les administrations) et face à des situations de groupe (soirées, boîtes de nuit)… Mais je m’adapte très vite… Parfois, je raconte mes mésaventures, et ca me permet de me défouler avec le rire …
Je devrais apporter un livre pour quand je m’ennuie… comme ca , je fais l’intéressante : « tu lis quoi ? » « Du Sartre ? Ouah, est ce que tu as lu « Les Mots » ? Qu’en penses tu ? etc » et ca fait un bon début de conversation… »
(RIANE)
« Il m’arrive souvent d’oublier de fermer un truc… mais c’est très rare que ce soit le robinet, c’est plutôt la lumière (bon d’accord ca va encore) la télé allumée, ou surtout la gazinère… Cela m’est arrivé une fois mais heureusement qu’à l’époque je vivais encore chez mes parents… J’ai eu droit à un bon savon.
Mais maintenant comme je vis seul, je fais super gaffe, avant de partir travailler pour la journée, même si je suis en retard je fais le tour de mon studio pour savoir si tout est OK. Ah la galère…. !
Souvent je fais déborder le lait sur la plaque électrique, car le matin au lever je mets jamais tout de suite mes appareils, et en plus je fais souvent un truc en attendant de chauffer le lait, donc il m’arrive très souvent de m’en apercevoir seulement par l’odeur de cramé.. pffff »
(SNOP)
Quand les prothèses s’y mettent …
« Des jeunes voulaient la coque bleue, rose, verte, jaune… Ok, mais le blème est que très souvent, au bout de 1-2 mois, le jeune revenait avec ses appareils et il voulait changer à tout prix la coque fantaisiste pour une couleur normale classique (marron en général).
Peut être que le jeune a dû se taper la honte de montrer ses appareils bleu pétant !
Quand, il n’y avait pas la couleur voulue, ben le jeune achetait une bombe de peinture spéciale, et hop, le tour était joué ».
(ACOUPHENIX)
« L’autre histoire trop forte ! C’est une mère noire avec sa fille noire qui voulait peindre la coque des appareils de sa fille de leur couleur de peau. Alors, la mère lui avait amené une bombe de peinture noire, l’audioprothésiste a failli rigoler devant elle… »
(ACOUPHENIX)
« En Allemagne, j’ai vu des appareils de toutes les couleurs ! Apparemment c’est courant là-bas… des couleurs impensables : fluo, rose, …
Les sourds allemands aiment la provocation, une autre façon de dédramatiser la surdité ! »
(ACOUPHENIX)
« Le top des tops : ce sont les coques transparentes ! On voit toute la technologie des appareils dedans… J’ai dit à mon audio que je voulais ces coques, il n’y en avait pas pour mon modèle d’appareil… grrr ! Sinon, le défaut des transparents : leur fragilité, dommage ».
(ALPHAJET)
« Moi j’aimerais une teinte « châtain », je trouve que le blond est trop blond et le marron trop marron… Pffftt ! »
(ANONYME)
« Un jour, on inventera des coques interchangeables comme pour le portable et des appareils « caméléon » qui s’adapteront en fonction de la couleur des vêtements par exemple. Je n’en serais pas vraiment étonné avec cette technologie galopante.
Le problème sera de couper la fonction caméléon le soir car, posé sur un meuble dont il prendra la couleur, ce sera galère pour le trouver ! »
(PATPISOURD)
« J’ai porté un appareil pour la première fois l’année de mes 11 ans… Je m’en souviens très bien, j’ai été surprise d’entendre une porte claquer, je ne savais pas que ca faisait un bruit, une porte ! Le moteur de l’auto, je sentais bien les vibrations avant, mais là j’ai fait le lien entre le bruit du moteur et les vibrations… La radio, j’ai sursauté ! J’avais toujours écouté de la musique sur disque ou cassette (soit avec des casques, soit je plaçais le haut-parleur de mon magnétophone sur l’oreille, avec le volume à fond) mais la radio, ca parle ! Ca m’a fait peur ça !
Depuis ma perte d’audition de 15 décibels il y a 4 ans, je dois porter un appareil gros gros gros… qui fait le pourtour de mon oreille, et je ne l’aime pas… »
(TWINSEN)
« On s’est battus pour en arriver là, il faut aussi souligner les progrès qui ont été réalisés du côté des appareillages auditifs.
Pendant le collège et lycée j’utilisais un appareil HF, je donnais l’émetteur aux profs et moi j’avais le récepteur. Une fois, c’était drôle, pendant la pause le prof de maths est parti aux toilettes et il avait oublié de débrancher le micro (mon HF pouvait émettre de très loin)… J’ai tout entendu et à son retour au cours il m’a fait la tête… Moi, je n’étais pas très rassuré, j’ai eu peur que mon émetteur ne tombe dans la cuvette ! »
(ALPHAJET)
« Quand j’étais gosse, mon père avait pris une assurance, car à l’école je me bagarrais beaucoup, et plusieurs fois, il m’a fallu racheter des apppareils !
Mes parents ont fini par me scotcher les appareils sur mes oreilles ! »
(ALPHAJET)
« Il m’est déjà arrivé d’oublier ma surdité , la preuve : en oubliant mes appareils le matin en allant en cours (et j’étais mal à l’aise le reste de la journée !).
Ou une fois, en rentrant dans ma douche, la tête sous l’eau, j’entends ce bruit, je me dis : « miracle, j’entends !!! » avant de porter la main à mes oreilles avec effarement et de sortir en panique de la douche pour passer fissa mes appareils sous le séchoir ! »
(JUJU)
« A la maison, en famille, nous sommes trois malentendantes.
Deux qui ne comprennent rien sans sous-titre (moi et ma petite soeur), et une autre qui capte tout. C’est la guerre !
Pour les films non STT, on fait toujours répéter à celle qui comprend, mais évidement, jamais contente, car elle peut pas suivre ! (on comprend…) Quand nos parents sont là, on s’appuie sur l’aide maternelle qui répète pour l’une… puis pour l’autre (évidement, on ne comprend jamais en même temps !!!) du coup, on râle, car maman est parfois incapable de répéter (il faut choisir… parler ou écouter !). Et quand on demande à notre père, on n’a que la moitié des informations… alors, on le laisse tranquille, car ça va plus vite via notre mère !
Compliqué ? oui, plutôt !! »
(MADELEINE)
« Même si on ne s’en sert pas tout le temps (puisqu’on ne va pas restés collés à la TV ou aller au ciné jour et nuit), on doit pouvoir en disposer aussi librement qu’un entendant. Un entendant n’a qu’à allumer sa TV, et il peut regarder ce qu’il veut !
Tandis qu’un pauvre sourd, lui, il doit vérifier au préalable qu’il y a au moins une émission sous-titrée, et s’il y a rien à la TV qui lui soit accessible, qu’est-ce qu’il peut faire d’autre que s’embêter devant la TV ou l’éteindre ?
Et je ne parle même pas du cinéma où on n’a accès qu’aux films en VOSTF… et encore, à Paris, les sourds n’ont pas de problèmes pour voir les films en VOSTF qu’ils veulent ! En province, ça dépend du bon vouloir du cinéma près de chez soi… on est tout bonnement réduit à attendre la sortie DVD ! »
(VIGHEN)
« Moi je regardais Tom&Jerry et j’adorais…
Pas besoin de comprendre ce qu’ils disent, de toute façon c’est toujours pareil, la souris est plus forte que le chat qui cherche à l’embêter et on voit bien ça sur l’écran !!!
Les autres dessins animés, j’aimais moins… justement parce que je ne comprenais rien !!
(CAMILA)
« Vous inventiez pas vous mêmes vos histoires ?
A partir de ce que me montrait le dessin animé, j’inventais toute une histoire ! J’étais parfois à coté de la plaque mais généralement je suivais dans les grandes lignes ! Bien sympatoche !
Et heureusement qu’il y avait les sisters à côté ! Quand je les voyais s’exclamer, tout de suite mon sempiternel : « Qu’est ce qui se passsseeee » et mes soeurs, malines : « je te raconterai à la pub » !!!
Quelle horreur, attendre tout ce temps sans comprendre ! Pour les Walt Disney, je lisais les livres avant, j’allais voir le dessin animé, je ressortais gaie comme un pinson car j’avais tout compris ! Je demandais quand même des détails sur tel ou tel moment du film pour encore mieux comprendre !
Cool la vie ! »
(CELINE)
« En classe de première, la prof de français dit qu’on va aller au théatre voir « La Cantatrice Chauve » (je retiens encore le titre, c’est dire…)
J’ai dit que ce n’est pas la peine que j’y aille, je vais perdre mon temps etc… Elle insiste en me criant dessus (pour être poli) et que je devrais me mettre en premier rang et ce sera comme ça et pas autre chose ! Je répète NON, JE NE PEUX PAS !!!
- Mais si tu pourras comprendre au premier rang, tu pourras entendre les acteurs !
- Bien sûr ! Je peux entendre les acteurs mais je ne peux pas les comprendre. Entendre et comprendre, ce n’est pas pareil !
J’entends quelque chose mais je ne comprends pas ! Même avec mes micros !
Pendant 5 minutes (avec toute la classe) j’ai insisté et puis elle a craqué.
Et elle ne saisit pas la différence entre entendre et comprendre ? Une prof de français en plus !
En Terminale, même chose (pas le même prof). Autre pièce. J’ai dit gentiment au prof que je ne pouvais pas et il s’est excusé de ne pas y avoir pensé plus tôt. Il a dit : « s’il y avait un moyen pour que tu puisses entendre (toujours ce même mot). J’ai répondu que non et il n’a pas insisté ».
(NICO)
« Ca m’est arrivé d’aller voir un film avec ma classe : par exemple, « La belle et la bête » (la vieille version) évidemment non sous-titrée mais la prof de francais avait déjà prévenu ma mère qui avait alors acheté le film pour que nous puissions le regarder ensemble auparavant »
(LAURE)
« Parfois il m’arrive de me dire que c’est ch**** de ne pas entendre dans certaines situations, et parfois (je dis bien parfois) c’est déprimant et j’ai envie de gueuler que ce n’est pas ma faute si je suis née ainsi et qu’il faut faire avec et qu’il y a pire.
C’est comme lors des soirées avec les amis entendants de mon petit ami – entendant aussi – c’est dur, car ils sont parfois nombreux, et au bout d’un moment je suis isolée, la conversation autour se fait vague, les rires font rire mais déçoivent un peu vu que je ne les comprends pas trop…. C’est dur de faire croire que nous avons compris au bout d’un certain temps, mais il est parfois impossible de dire dix mille fois que nous n’avons toujours rien compris. Avec mes amies, je ne me gêne pas, ce n’est pas pareil, elles me connaissent depuis plusieurs années et il y a de la complicité, ainsi pas de tabous ou de préjugés.
Mais c’est dur les soirées dans le noir et dehors aussi, autour d’un feu, les lèvres sont illisibles puis l’on ne sait pas à qui l’on s’adresse car l’on ne reconnaît pas la voix (surtout si nous ne connaissons pas bien les personnes). Dans ces moments je m’en vais dans la voiture et je fais autre chose, genre j’envoie des textos ou pire je prends un livre (mais c’est rare car cela fait l’intello qui se retire pour lire).
Ou même à table, c’est dur de suivre. Enfin nous ne tenons pas longtemps ou nous partons ailleurs dans nos pensées au bout d’une heure ou deux.
Ou même quand il s’agit de parler côté administratif, c’est dur c’est sûr ! Car majoritairement les gens ne sont pas tous aimables et parfois j’ai envie de leur dire que je n’entends pas bien et que l’amabilité cela existe ! Faut pas exagérer quand même.
Mais c’est vrai que maintenant il y a des moments je me sens plus forte pour pousser un coup de gueule face à quelqu’un de désagréable (un jour, une bonne femme parlait bas et elle me prenait pour une imbécile de la faire répéter !).
Ce n’est pas parce que nous parlons bien que nous sommes des « faux sourds » !
Ah une autre chose encore. Il m’est arrivé d’avoir des personnes qui me disent : « tu es allemande ? »
Bon ce n’est pas désagréable mais ils regardent plusieurs points pour me juger ainsi : 1) je suis blonde, 2) je chuinte un peu en parlant (et quand je suis timide, je bafouille un peu – enfin comme tout le monde !) et 3) parce que je ne parle pas trop dans une conversation car je ne comprends pas trop et je préfère ne pas dire de bêtises en parlant….
Là, quand des gens me parlent comme ça, cela me gonfle, j’ai envie de leur dire que si je ne parle pas c’est pour ne pas avoir justement ce genre de remarques (carrément il y en a un qui a dit à mon petit ami que j’avais une drôle de façon de parler !) et surtout que c’est une chance de parler correctement et de suivre une scolarité « classique » avec des entendants, et que je n’ai rien à me reprocher et que si j’ai soi-disant un problème de prononciation de temps en temps, eh ben que c’est comme les gens qui zozotent !
C’est dingue, mais parfois c’est agaçant. Ils n’imaginent pas que notre parcours à tous est un parcours du combattant ».
(SURFERIN)
« J’ai passé une enfance très heureuse ! L’adolescence a été très difficile question identité et relations familiales, puis on n’y pense plus….La plupart du temps la surdité est au second plan, un tracas minime au quotidien.
Ce qui me fait ressortir la douleur d’être dans un statut de « sourde », c’est pendant les réunions familiales ou amicales : ma mère oublie souvent que je suis sourde, d’articuler… Eternelle bavarde, elle parle vite, à tout bout de champ, n’arrête pas de me dire « Hein Anne-Laure, tu es d’accord ? » « Hein , tu te souviens ? » etc… alors que je ne savais même pas de quoi elle parlait et ça m’agace tout rouge ! Elle parle parfois pour moi… Quand elle veut me répéter tout ce qui a été dit, misère ! Je fais semblant de piger « ah oui » « ah bon ? » et basta ! Elle parle vachement trop vite, je le lui rappelle sans cesse, rien à faire. Et je souffre en silence, je suis irritée. Ma mère ne comprend pas mes problèmes de surdité bien profondément. En public, elle me ressort des signes alors que j’en ai pas besoin (des signes pour débiles quoi).
Parfois des amis oublient de me prévenir ou de me mettre au courant de quelque chose, au boulot surtout, là je suis en colère parfois… en dedans…
Des petits moments quand on m’oublie un peu, ça me fait mal parfois… Surtout de la part de ma mère qui ne comprend que dalle les problèmes que me posent les réunions.
Ca m’arrive de moins en moins, je suis fataliste, j’essaie de m’en foutre mais ça arrive sans y prendre garde dans un moment où on est très sensible, et paf ça touche quand même !
Je partage la douleur qu’on subit face aux gens avec leurs cruautés, mais quand on sait faire face, qu’onb a appris à le faire, ça va.
Il arrive que mon meilleur copain entendant s’énerve contre mon copain qui a toujours du mal à lire sur les lèvres, ça me fend le cœur, pas pour moi mais pour mon copain qui n’y pouvait rien… Lui ça ne l’effleure pas du tout tellement il a eu des coups durs dans sa jeunesse. Moi si ! …
Je contaste que beaucoup ont eu une envie de suicide à l’adolescence ! Je n’en ai jamais eu… J’adore trop la vie, à tel point que cette idée ne m’a pas effleurée une seconde … _ Malgré les difficultés je voulais à tout prix m’en sortir quand il s’agit de la surdité ou autre. Sachant que on s’en sort toujours quand on veut ! Ca m’agace un brin qu’un ado pense à se suicider, pour moi c’est de la lâcheté… Et les tripes ? Il faut de la colère en soi ! Enfin on est vivants c’est l’essentiel ! Ouf !
J’ai remarqué que les petits garçons subissent plus de moqueries que les petites filles…. Je n’en ai subi que rarement… Sans doute que j’étais trognon !! »
(LAURA)
« Moi jusqu’à la 4e, ça allait super bien. Famille, école, potes….
Mais après de la 3ème jusqu’à la 1èrre, j’ai très mal vévu cette époque, j’ai raté cette belle jeunesse à cause des entendants qui me raillaient.
Normal, l’âge con quand on est collégien et lycéen…
J’avais pas d’amis seulement un ami d’enfance mais cela suffisait pas…
Crise d’ado garanti, coup de folie en menaçant de tout foutre en l’air… Mes parents ont flippé grave pendant 5 ans, ma mère ne dormait pas… ils se demandaient s’ils avaient fait le bon choix de m’intégrer parmi les entendants.
Tout car à cause de ces abrutis de lycéens et de ma surdité…
Terminale à Rennes… 3-4 sourds dans une classe d’entendants… C’était mieux mais pas suffisant, le nombre de connards augmentaient sans cesse et me pourrissaient la vie…
Mais j’avais un contact plus facile avec les filles…
J’avais pas mal de copines et 2-3 bon potes…
Fac à Lannion pendant 2 ans… Un changement ! Le nombre de connards baisse brutalement mais pas totalement. Mais ma vie a changé grâce à ma première copine avec qui j’ai vécu un bon moment et elle défendait la cause des sourds.
J’étais bien intégré et j’avais des bons potes.
Ensuite les vrais potes sont venus.
Ecole d’ingénieurs au Mans… Pareil à part 10 parfaits mongols dans la promo. Je me suis senti à l’aise car j’ai découvert l’univers de la fac où on rencontre plein d’autre gens dans les soirées étudiantes.
Pas mal de gens me considéraient comme un des leurs mais faisaient gaffe à bien articuler. Mais y a quand même des gens qui ont peur vis à vis de mon handicap alors c’est à moi d’y aller…
Aujourd’hui, je bosse, je découvre un autre monde, et je suis à l’aise et j’ai envie de profiter de la vie et de profiter de ma jeunesse. Et aussi retrouver ma jeunesse perdue au collège et au lycée…
J’ai revu pas mal de gens qui étaient dans ma classe et qui se sont excusés auprès de moi pour le mal qu’ils m’ont fait et il m’ont félicité pour le parcours que j’ai fait…
Selon moi, avant 18 ans on ne pense pas ce qu’on fait, on est bête…
Ce n’est qu’en grandissant qu’on mûrit et qu’on comprend la portée de ses actes… »
(ACOUPHENIX)
« Pour ma part, je n’ai jamais eu de problèmes notables durant mon intégration scolaire, mis à part le fait que j’ai croisé une dizaine de petits cons que je prenais moi même pour des cons (retour à l’envoyeur). Je ne me laissais donc pas abattre juste parce qu’une poignée d’imbéciles se fout de ma gueule alors que j’ai plein de bons amis et qu’en plus je sais très bien que se moquer de quelqu’un sur un handicap, c’est nul et une preuve flagrante de stupidité.
Pas trop de souci donc de ce côté la.
Cependant, une fois débarqué en 3e, j’ai eu la douleur de supporter le manque total d’efforts de la part de mes camarades, ceux-la même qui étaient mes amis. L’adolescence et sa période ingrate m’ont fait assez mal, et c’est à ce moment là que j’ai rencontré pour la première fois de ma vie un groupe de sourds.
Ca m’a fait bizarre et pas forcément du bien au départ, puis petit a petit, j’ai appris à les accepter comme mes amis m’avaient auparavant accepté.
Cette période est sans doute la plus marquante de ma « jeunesse » (on dira que je ne suis pas si vieux que ca en fait).
Depuis le lycée, tout va bien dans le meilleur des mondes. Les mentalités ont complètement changé, j’ai gardé le même collège/lycée en intégration et donc les mêmes groupes d’imbéciles, mais à force de ne pas tomber dans leur jeu de moquerie, voire de bien le prendre, j’ai réussi à m’en faire des pseudo-camarades. C’est un moindre mal.
Surtout, je n’ai jamais ressenti quelque honte que ce soit à leur expliquer ma surdité, notamment en répondant à leurs questions.
Pendant mes études sup’, rien àsignaler, mis à part… mis à part mon premier contact avec l’Afideo. Ca a été le choc, et ca a marqué pour moi le début d’une période de déprime. Je crois que c’est seulement à partir de ce moment-là que j’ai appris à me considérer autrement, à accepter réellement mon handicap.
Car jusque là, je ne faisais que vivre avec, et je refusais généralement les aides proposées. Depuis cette année seulement, j’apprends à vraiment l’assumer, à m’assumer comme un sourd et non plus comme un « simple malentendant ».
Peut-être que ca ne veut rien dire pour certains, mais pour moi la différence est de taille.
Et ca n’a rien a voir vis-à-vis de la notion de handicap, mais plutôt vis-à-vis du fait que je dois reconnaître et accepter que j’ai, par exemple, un accent particulier (chose que j’ignorais royalement jusqu’a cette année seulement !?).
Toujours est-il que je ne me suis jamais bloqué quand on me demandait si j’étais étranger ou ce que c’était ces trucs dans mes oreilles. Généralement, je me souviens avoir toujours dit la vérité, sans honte ni gêne aucune. Depuis tout petit.
Et surtout, je rigole de toutes les blagues de sourds, même venant d’un entendant. je trouve ça idiot ces gens qui s’irritent parce qu’ils sont sujets à une blague : c’est stupide, d’autant plus que nous, nous faisons pareil avec les blagues de blondes, de noirs, d’informaticiens, etc. »
(HUGUES)
« Pour ma part :
1. Une enfance : extraordinaire
2. Une pré-adoléscence en remise en question
3. Une adolescence très chaotique
4. Ma crise des 20 ans difficile a gérer (suicide-idendité)
5. A 25 ans, je renie ma surdité
6. A 30 ans… Je dois accepter mon handicap et vivre avec.
A l’école : c’était des questions sans réponse dans un nouveau monde. J’étais le roi de la classe, adulé par des copines et copains mais pas tous. Etant sourd, j’étais aussi « la cible » des connards qui me rendaient la vie dure.
Lors des études sup, j’étais un gars révolté, rebelle tout en discrétion. Avec mes parents c’était genre Chien et Chat !
Epoque où je découvre les vrais amours… Je profitais de ma surdité pour avoir tous les avantages…
Une fois sur le marché de l’emploi, début de révolte face à l’injustice lié à ma surdité, les employeurs n’étaientt pas très courageux. Remises en questions sur moi-même. Je reniais toujours ma surdité.
Actuellement, en devenant entraîneur de basket avec des élèves entendants, j’affirme mieux ma surdité et j’oublie parfois que je suis sourd ! C’est génial ! »
(ANTZY)
« Keskispass’ chez les sourds cette envie de se casser la gueule, ces envies de suicide ? j’ai eu beaucoup de bas, et pour compenser tout ça je dessinais beaucoup, beaucoup trop même, ça a fait ce que je suis maintenant. Le dessin c’est le résultat de ma surdité…
Et le skate : j’ai commencé à 15 ans, époque pubère, avec des t-shirts noirs… peut -être que c’était pour me prouver, face à mes camarades d’école, que j’étais capable de choses, capable de me casser la gueule (par chance j’étais tout le temps très calme, du genre fumeur de ganja…), d’avoir des couilles en or, avec les problèmes d’équilibre c’était vraiment dur de pouvoir faire des figures, je me suis accroché…
Et maintenant, sept ans plus tard, j’en fais toujours : avant -hier, du sang sur mon genou, sur mon coude et une bosse à la tête, et récemment ( en février) je me suis déboîté la machoire, en skate sur une rampe. elle craque encore quand j’ouvre la bouche. Faut que j’aille voir un kiné…
Peut-être que ce sont des envies de suicides refoulées, ces trucs de skate… pourtant j’ai jamais pensé à cette pulson morbide. Le skate ça me plaît trop, j’ai un bon niveau et j’en fais avec des amis entendants, ça m’a beaucoup aidé, et permis d’oublier des soucis autour de ma surdité. »
(ALEKSI)
« A force de faire des efforts, de devoir tout supporter… bref de tout rapporter à la surdité pendant cette époque d’adolescence, il était normal d’en avoir marre de cette vie…
Enfin bon certains comprendront !
Fin des années collège/début lycée, j’en avais ma claque de ce monde d’entendants et lorsqu’il n’y a que des entendants autour de toi, tu ne sais pas quoi faire… Ce fut une période assez tourmentée pour moi.
Mais heureusement que la famille était là ainsi que les professionnels (orthophoniste et prof du ssefis) pour m’encourager à poursuivre. C’est à partir de ce moment là que j’ai commencé à m’intéresser aux sourds (LSF puis oralistes). Ce fut l’ouverture d’esprit total et un bonheur intérieur. »
(ANCLAIRE)
« Apparement, j’ai eu une expérience différente chronologiquement :
- une enfance difficile (heureuse avec ma famille, mais des difficultés avec mes petits camarades jusqu’à la 4e)
- une adolescence genre « bâton de chaise »
- une vie d’étudiante très studieuse
J’ai dû réaliser ma surdité à 9 ans… à cause des moqueries des garçons entendants qui n’arrêtaient pas de me harceler.
J’ai très mal vécu ce moment. Je ne suis pas fan de la violence physique. J’avais envie de mourir tellement c’était dur. Mais je ne suis jamais passée à l’acte (et c’est tant mieux !!)
Après la 4e, j’ai rencontré une copine qui a transformé ma vie : elle s’est mise au LPC et grâce à elle, j’ai pu passer le cap de l’adolescence sans problèmes (une vraie complicité, on partageait les mêmes conneries, les vacances, la musique, la photographie) jusqu’en Terminale. La surdité, je m’en foutais royalement : j’étais tellement bien intégrée grâce à ma copine.
Ensuite, elle est partie de son coté faire ses études de droit et moi de science. Je me suis assagie toute seule. Je crois avoir accepté mon handicap progressivement même si j’ai des hauts et des bas ».
(RIANE)
« J’ai toujours pensé que tout compte fait, on a plutôt de la chance d’être sourds. Entre tous les maux sur cette Terre, c’est le moindre.
J’avoue qu’en disant cela je pense notemment aux aveugles, aux handicapés moteur ou mentaux, etc…
Il y aura toujours pire ailleurs, mais autant penser positif malgré tous les combats que l’on doit mener ! »
(ENOLIA)
« Il y a les handicaps vécus par la personne et ceux vécus par son entourage. Je m’explique.
L’ « avantage » d’être handicapé mental c’est qu’il arrive que tu ne sois pas en « état » de t’en rendre compte et l’assistanat est énorme, ce qui peut convenir à quelqu’un qui ne sait pas faire preuve d’initiative. Par contre, c’est la famille qui le vit pour elle.
Dans le cas de la surdité par exemple, je suis toujours quitte à demander à ma mère de prendre mes rendez-vous téléphoniques, mais sinon, le reste du temps, je sais quoi faire et comment le faire. Là la famille t’épaule, est présente, mais te laisse vivre ta vie donc elle peut se rendre compte que tu n’es pas vraiment dépendant d’eux, c’est toujours des coups de mains ponctuels.
Le handicap le plus rude est selon moi sourd-aveugle. Ton corps fonctionne, tu raisonnes mais… aucune communication possible… quoi faire, comment se faire comprendre, comment se faire expliquer ? L’enfer ! »
(SANDRINE)
« Je ne suis pas d’accord en disant que la surdité serait le moindre mal parmi les différents handicaps car cela voudrait dire que l’on comparerait les handicaps ente eux. Dans ce cas là, comment les comparer ? Sur quels critères ?
Je pense que chaque handicap est différent et a ses propres spécificités, ses caractéristiques… Les entendant préfèrent être aveugles que sourds à cause de la peur du silence. Les sourds, certains, crèvent de peur de devenir aveugle… Puisque leur vie est majoritairement fondée sur leur vue… Et les aveugles qui perdraient l’ouïe ? Un handicapé mental, se rend-il vraiment compte de son état ? Ce sont les autres qui le plaignent car ils ont une vue extérieure de son handicap… En somme, si nous sommes nés ou avons eu très tôt un handicap ou plus, ceux ci façonneront notre vie. Un sourd-aveugle de naissance ne connaît que sa propre représentation du monde… _ _ Je pense que c’est différent pour les handicaps qui interviennent beaucoup plus tard dans la vie car ils touchent quelque chose dont on se servait beaucoup et dont l’absence se fait cruellement sentir… Comme les devenus sourds, j’imagine que, d’un certain point de vue, c’est plus dur car ils dovent renoncer aux plaisirs de l’ouïe qu’ils ont connus… »
(MARTIN)
« Pour ma part, de mon point de vue d’entendant-voyant, s’il fallait choisir, je préférerai être sourd qu’aveugle.
Non pas que la surdité soit un moindre handicap (loin de là) mais en tant que sourd, je pense que la vie est moins restreinte que si l’on est aveugle. Avez vous déjà vu un aveugle (sans mauvais jeu de mot s’il vous plaît) conduire une voiture (mis à part ce regretté Ray Charles), faire du vélo, retrouver son chemin dans un endroit inconnu, feuilleter un livre quelconque dans une librairie, etc ?
Ca vient peut-être aussi du fait qu’on peut savoir ce qu’est qu’être aveugle : il suffit de se promener chez soi la nuit dans le noir avec les yeux fermé. C’est déjà angoissant dans un lieu que l’on connait.
Tandis que la surdité, je ne peux pas « expérimenter ». Même si je me bouche les oreilles ou que je me mets des boules Quiès, j’entendrai toujours ma respiration. Une fois de plus, je ne dénigre pas la surdité, loin de là. Surtout quand je vois ma fille en ce moment qui, par mimétisme, essaye de parler mais fait juste le poisson rouge dans son bocal sans aucun son. Mais je pense vraiment que la cécité est un des pires handicaps. »
(JULIEN)
« Tout dépend dans quel sens on analyse la difficulté. Regarde la facilité pour un aveugle de trouver du travail et de la difficulté pour un sourd d’y arriver. J’ai une amie non-voyante, qui travaille constamment dans le noir absolu, elle sent les murs (par réchauffement), les retours de vibrations (comme une chauve souris), les souffles divers, etc… aucun problème pour s’y habituer.
Un aveugle peut parfaitement faire du vélo, en tandem, parler pour retrouver son chemin dans un endroit inconnu (par contre, un sourd peut avoir les pires difficultés pour se faire comprendre et aller à un point donné par manque de communication et d’information), un aveugle ne pourra pas « lire » bien entendu un livre, par contre il aura un peu plus de 27 500 livres en braille, tandis qu’un enfant sourd n’aura que 2 DVD d’histoires en Langue des Signes, et je crois 0 en LPC…. A peu près 450 logiciels et jeux informatiques en braille, contre 3 CD roms ludiques. Etc.
Conclusion : c’est pour cela que je ne veux ni peux comparer des handicaps. »
(CYRILLE)
« Je me pose beaucoup de questions sur le déni de la surdité.
Quelle forme il prend ? Car on peut affirmer accepter la surdité et la mal vivre… C’est complexe comme truc, moi-même je ne suis pas très clair dans ma tête pour traiter ce sujet psychologique.
En tout cas, j’accepte bien ma surdité, même si des fois il m’est difficile de la vivre parce que simplement c’est un frein pour avoir des amis entendants, pour apprécier la musique, pour entendre l’eau couler, pour comprendre une conversation, pour mieux parler etc.
En fait, la surdité m’a quand même beaucoup apporté sur le plan humain et philosophique. Je suis quelque part plus sensible à certaines choses parce que j’ai un handicap. C’est aussi un plus pour moi, être sourd m’a enrichi.
Aujourd’hui, la surdité ne me pèse pas du tout parce que je sais ce que je veux dans ma vie, j’ai envie d’un tas de choses !!
Et puis, la surdité en fin de compte n’est pas pour moi un gros problème parce que je maîtrise bien le français, ce qui m’a permis d’avoir un travail que j’aime beaucoup, d’avoir des amis entendants (tout de mêmes et quels amis !), de lire de beaux livres, de comprendre un tas de choses, de ne pas avoir de complexes avec un éventuel niveau de français faible. J’ai en fait de la chance aussi.
Je me préoccupe beaucoup plus de savoir si je vais bien manger demain, si mes élèves vont réussir leurs examens que de savoir si ma surdité m’a fait rater des choses. »
(MAX)
« Pour ma part, j’ai accepté ma surdité et j’en ai mis du temps !
J’en ai mis du temps car mes parents n’ont pas encore accepté ma surdité. J’essaye de me battre pour qu’ils l’acceptent et je leur dis souvent : »Vous n’êtes pas responsables ».
Pour la première fois, depuis mi-décembre, j’ai les cheveux courts et on voit sans problèmes mes appareils. Sans complexes. Alors qu’avant c’était le contraire.
C’est par un esprit d’ouverture, une volonté qu’on peut accepter sa surdité. Comme certains d’entre nous, j’en ai bavé sur le mot handicapé. Je ne me considère pas handicapé. J’aime pas ce mot. je prefère qu’on dise « différent ». La preuve que j’accepte ma surdité c’est quand j’essaie de convaincre les gens que je suis vraiment sourd. Parce que je parle bien et que « j’entends bien » qu’ils ne me croient pas… je suis parfois obligé de montrer mon appareil, et encore !
(VIVIEN)
« Je ne peux renier mon handicap, je fais face tous les jours à ces difficultés suscitées par ce handicap, donc ici, la surdité. Je peux dire que l’entourage joue beaucoup sur l’acceptation du handicap en soi. Ma famille a été très présente, elle me disait : « Tu es peut-être handicapée, mais tu peux faire les choses comme tout le monde » (j’ai schématisé, hein…). Vivien disait qu’il se considérait pas comme « handicapé », mais « différent ».
C’est pas un déni du handicap déjà rien que refuser le mot « handicap » ? Si on est différent, donc on est handicapé (que ca soit la surdité, ou un critère autre comme la taille ou la couleur par exemple). J’ai constaté,la plupart du temps, que les sourds ne se considéraient pas comme handicapés mais différents. Contradiction ?
A mon sens, pour avoir un bon équilibre, il faudrait déjà accepter son handicap, donc la surdité et que son entourage également l’accepte, et également la personne avec qui on vit. »
(CYBERBALOO)
« C’est vrai que les mots « handicapés » et « handicap » sont très proches, MAIS il existe des nuances.
Le fait d’accepter à 100% la surdité ne veut pas forcément dire qu’on accepte de se faire taxer d’ »handicapé »… Je vais essayer de m’exprimer autrement.
La surdité est un handicap, c’est incontestable, d’ailleurs, le terme « handicap » est très large et s’adapte selon les circonstances. C’est à dire qu’il nous manque un sens que nous compensons par les autres sens. Mais le mot « handicapé », pour moi, évoque le problème de dialogue.
Là, ce n’est plus une question de sens, cela touche un domaine plus profond tel que le développement de l’enfant au niveau intellectuel, culturel et sentimental. Ce que je refute, bien que j’accepte ma surdité sans problème, c’est le mot « handicapé » qui peut revêtir un autre sens au niveau de la société. Société qui nous verrait d’un regard condescendant, avec mépris, pitié, compassion, peur, préjugés. En bref, le regard négatif de l’autre est pour moi le plus dur à supporter, si on n’a pas accepté son handicap car c’est la première chose à laquelle nous sommes confrontés et qui nous y fait prendre conscience !
Paradoxalement, nous avons des cartes d’invalidité, nous touchons, pour certains, une allocation compensatrice telle que l’AAH. Ce qui voudrait dire que nous sommes bien des « handicapés », c’est à dire dans une catégorie particulière dont nous profitons des avantages…
Le fait que nous n’ayons pas accès à une forme de culture comme les émissions de télé (certes ce n’est peut être pas une bonne référence mais beaucoup d’infos sont transmises par ce biais), peut se compenser par un accès facilité à d’autres formes de culture comme les expos. Combien d’entre nous se sont adressé à une association comme Tremplin, ou au service Handicaps des entreprises pour trouver du travail ? Ou pour les études ?
En somme, les mots « handicap » et « handicapés » sont ambigus… _ Pour moi : »handicap » oui ! « handicapé » reconnu par la société oui ! « handicapé » dans le regard des autres, la mentalité des autres non ! C’est ce que je réfute car il bloque la communication et empêche d’évoluer… Vous voyez ce que je veux dire ? »
(MARTIN)
« Je suis sourd = je suis déficient auditif = j’ai un handicap
Je suis handicapé mais je ne me sens pas forcément toujours handicapé.
Je pense (je peux me tromper !) que refuser le handicap, c’est en fait nier qu’on puisse se sentir handicapé (parce que c’est refuser une certaine mauvaise image de soit ?) dans certaines situations de la vie. Moi-même, je ne rêve pas, je me sens handicapé dans certaines situations de ma vie. Je me sens handicapé lorsque mes amis entendants rigolent sans que je le sache pourquoi, je me sens handicapé lorsque je ne peux pas téléphoner, je me sens handicapé face aux beautés décrites par les musicologues, je me sens handicapé lorsqu’il se passe une superbe film français au cinéma et lorsque j’ai la frustration de ne pas pouvoir le voir, je me sens également handicapé lorsque je ne peux pas facilementengager une conversation avec une bellefille qui parle trop vite…
Je le reconnais, je reconnais mon handicap et ses conséquences. Ce qui fait, à mon avis, que je ne me sens pas handicapé pour faire face à la vie, pour en profiter à fond.
Parce qu’au fond des choses, là est la vérité, que ça fasse mal ou non, je suis handicapé. Mais ça me ferait très mal qu’on me dise que je suis un sourd … handicapé ! Et non handicapé tout court.
Ca dépend aussi de la façon dont on le dit : si on me dit que je suis handicapé dans le cadre d’une conversation relative à la surdité, ça va, mais dans le cadre où cela touche à ma propre personne, à ma propre personnalité, comme quoi cela remet en cause une capacité à accomplir quelque chose qu’on peut vraiment réaliser si on est soutenu, cela est très péjoratif et blessant !
Reconnaître par contre qu’on est classé dans la catégorie des handicapés (dans le sens médical et dans certaines situations), c’est aussi reconnaître qu’il n’est pas recommandable pour quelqu’un d’être sourd. Etre sourd, c’est pas l’idéal pour un être humain !! L’idéal étant d’être « normal ». Suit le reste, le bonheur, tout cela, cela dépend de notre capacité à accepter les réalités, souvent dures, de la vie. Cela vaut pour tout le monde, et encore plus pour les handicapés. D’où l’adage « la vie est dure mais belle ».
Je pense toujours à un mec dans un fauteuil roulant… Il n’est pas plus handicapé que moi lorsque je ne peux pas écouter un concert ou parler avec ma petite amiedansle noir… Lui au moins il peut savourer la musique ou il peut parler avec sa petite amie la nuit, moi au moins je peux marcher, je peux conduire sans problèmes pariticulier.
Pour nuancer : Il faut accepter ce qu’on est et c’est ainsi qu’on oublie notre handicap dans le quotidien, sans peut-être (je suis encore jeune !! j’ai encore des désirs de jeune !!) pour autant pouvoir effacer à jamais le sentiment qui nous arrive de temps en temps d’être handicapé.
Et pis, les entendants, eux, ils ont d’autres problèmes que nous pouvons avoir… Ils se sentent dévalorisé par un nez trop long, par des oreilles décollées… On est ainsi ! Et heureusement que la perfection n’existe pas ! Si on accepte notre différence (on est tous différents), on peut en tirer une grande force et une énergie formidable !!
Petite remarque importante, il ne faut pas non plus tomber dans la frustration permanente en se disant tout le temps : »Je suis handicapé, merde, je me sens handicapé ! » … Non il s’agit d’un autre discours, d’une autre pensée : « Oui, oui, j’ai un handicap, je ne peux pas entendre la musique.. Je me sens handicapé ! » Mais ! « Tant pis, je vais quand même profiter de l’ambiance ! Et zooooouu !!! Place à la teuf !! » Comme quoi, faut pas y penser comme si c’était la fin du monde, c’est tout à fait normal !! Y a autre chose de plus important dans la vie !!
C’est comme si j’avais un copain aveugle à qui j’aimerais montrer un paysage magnifique… Je me dis mince ! c’est dommage ! Mais on oublie cette frustration passagère car on s’y adapte. Mais là, c’est facile lorsqu’il s’agit de quelqu’un d’autre et cela est plus difficile lorsque cela nous concerne nous-même. Je pense que c’est une bonne façon de voir la frustration (comme étant une bonne frustration) parce que nous pouvons être frustrés pour une bonne cause, pour une volonté positive de faire quelque chose. Mais lorsqu’on s’aperçoit qu’on ne peut pas le faire, on se dit, « mince tant pis ! »
—>Moralité : Ce que nous ne pouvons pas faire, ben nous n’y pouvons rien, c’est comme ça. Faut pas s’entêter ! Faut laisser passer la chose !! »
(MAX)