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Communiquer avec une personne sourde

Comment communiquer avec une personne sourde ? Comment une personne sourde communique avec une autre ? Cette rubrique répond également à vos questions sur la Langue des Signes, sur le LPC, sur le bilinguisme. Mais pour respecter notre neutralité, il n’y a aucune prise de position sur l’une ou l’autre des méthodes de communication.

  • La Lecture Labiale

La lecture labiale consiste à reconnaître le phonème que le sujet est en train de prononcer, en fonction de la forme de la bouche et du visage que prend celui-ci lorsqu’il les prononce.

Entrevoyons l’enjeu : il s’agit de comprendre une conversation courante, et de faire la différence entre la plupart des phonèmes de la langue française, à quelques exceptions près, qui n’intéressent en pratique que les consonnes. Tout d’abord, la distinction entre « PA » et « BA » par exemple, ou entre « DA » et « TA », entre « FA » et « VA » n’est pas possible par la lecture labiale seule, ensuite, certaines consonnes ont une forme labiale très proche : par exemple, la différence entre BAS et BAR n’apparaîtra que grâce à une articulation lente et minutieuse du locuteur, très rarement réalisée en pratique. D’autres confusions consonantiques peuvent apparaître avec certaines voyelles, TARD avec DARD, ou disparaître avec d’autres, TIRE contre LIRE. Mais, heureusement, le cerveau pallie l’insuffisance de l’information en devinant, à coup de paris successifs, et surtout, selon le contexte de la conversation, le sens global de la phrase. C’est ce qu’on appelle la suppléance mentale.

Le sourd, s’il a une bonne lecture labiale, pourrait avoir une compréhension parfaite. Mais ceci exige qu’il voie bien les lèvres de son interlocuteur – les moustaches, lèvres fines ou cicatrices sont redoutés – et qu’il n’y ait qu’une personne qui parle à la fois. Il faut donc reconnaître que la pratique de la lecture labiale est assez souvent difficile à acquérir.

  • La Langue Française Parlée Complétée (LPC)

Outil au service d’une communication en français, le code LPC permet de visualiser la totalité du message oral et de lever ainsi les ambiguïtés dues à la lecture labiale. Utilisée de façon adaptée en fonction de chaque personne, dans des situations de communication riches, la langue française parlée et codée facilite l’acquisition de la langue française orale par l’enfant sourd et surtout, la maîtrise de la langue française écrite.

La lecture sur les lèvres ne donne au sourd que des informations incomplètes ou ambiguës du fait de l’existence de sosies labiaux. Dites devant un miroir « je mange des frites  » et « je marche très vite » ou plus simplement « papa » et « maman » vous constaterez que les mouvements des lèvres sont identiques : des sons tels que « p_b_m », « t_d_n », « f_v », ont la même apparence sur les lèvres. D’autres sont invisibles tels « k_gu_r ». De plus l’image labiale varie selon le locuteur.

Le LPC a été conçu pour aider d’abord l’enfant sourd à percevoir visuellement la langue parlée. Il permet une meilleure réception de la parole tout en demandant à l’enfant sourd une attention moins grande et un effort moins important que s’il n’avait à sa disposition que la lecture labiale et les informations auditives (communication dite « oral pur »), cf paragraphe précédent.

La technique peut être acquise en deux heures, mais seule une utilisation quotidienne garantit la spontanéité et la fluidité qui deviendront peu à peu nécessaires lorsque l’enfant grandira. Et entre eux, les adolescents et adultes sourds continueront à pratiquer le LPC.

Le principe consiste à associer à chaque phonème prononcé un geste de complément effectué par la main près du visage. La combinaison de la forme des doigts (8 configurations représentant les consonnes) et de la place des mains auprès du visage (5 positions représentant les voyelles) permettent une représentation complète de la langue parlée. C’est donc l’association de l’image labiale et de la clé manuelle qui permet de reconnaître un phonème sans ambiguïté.

LPC et langue française : le LPC n’est pas une langue : on ne parle pas en LPC, on parle en français complété par l’aide visuelle apportée par le LPC. Stimulé de façon adéquate par son entourage dès le plus jeune âge, l’enfant sourd développe sa conscience phonologique, accède aux subtilités de la syntaxe et enrichit son vocabulaire. Dès lors que le français se construit bien dans sa tête, même si la qualité de sa voix (ou de son articulation) laisse à désirer, l’enfant construit sa pensée et se prépare à l’apprentissage de la lecture. Or pour devenir autonome dans ses apprentissages, l’enfant sourd plus que tout autre a besoin de devenir un bon lecteur.  Le LPC n’est pas semblable à la langue des signes. Les mouvements codés de la main n’ont de sens qu’associés à la parole, alors que les signes de la LSF forment à eux seuls une langue.

Le LPC a été inventé aux Etats-Unis, à Gallaudet, par le docteur Cornett en 1967. Il a été introduit en France en 1977. 

 

Créée en 1980, l’association ALPC, association pour la promotion et le développement du LPC, organise des réunions d’information, des journées d’étude et des stages de formation au LPC, à Paris et en province. Elle propose des cassettes audio et vidéo d’apprentissage.

 

 

  • La Langue des Signes Française

L‘origine des langues des signes que pratiquent les sourds est aussi mystérieuse que celle des langues parlées. Les sourds ont existé depuis l’aube de l’histoire humaine ; et depuis que les sourds se rencontrent, notamment dans les villes, ils ont développé entre eux cette langue – des témoignages en font foi dès l’Antiquité. De nombreuses études montrent que le son n’est pas la seule base de la compétence linguistique, et que l’adaptation biologique d’un enfant né ou devenu sourd très jeune, lui permet, d’utiliser immédiatement et efficacement un moyen de représentation et de communication sous forme de signes.

Les premières tentatives connues d’éducation des enfants sourds datent du XVIe siècle (1560) et s’adressaient exclusivement aux familles nobles. En 1710, Etienne de Faye sera le premier professeur sourd à enseigner en langue des signes. L’abbé de L’Épée ouvrit la première école destinée aux jeunes sourds en 1760 à Paris, et devint célèbre à travers l’Europe. Pour la première fois, on reconnaît que les gestes peuvent exprimer la pensée humaine autant qu’une langue orale ; ses résultats surprennent la Cour et de nombreux dignitaires Européens. La langue des signes est également exportée aux U.S.A. : Laurent Clerc va enseigner dans ce qui deviendra la célèbre Université GALLAUDET (Washington). L’essor de la langue et l’accès à l’enseignement permettent alors aux sourds d’entrer sur la scène sociale et, accédant à de vrais métiers, se regroupant en associations, ils deviennent de véritables citoyens.

La langue des signes est une langue vivante et complexe, de structure iconique, utilisant la modalité visio-gestuelle dans les 4 dimensions de l’espace/ temps. Elle possède sa propre grammaire, sa propre syntaxe. La langue des signes est une langue dont la structure est intimement liée avec le système de perception visuelle, puisque cette langue répond à une logique visuelle et non auditive. Les signes sont basés sur l’utilisation des mains, du regard et de l’espace : les configurations des mains, leur emplacement, leur orientation et leur mouvement forment des signes, équivalent des mots, disposés devant soi comme sur une scène de théâtre. La disposition de ces signes, ainsi que la direction du regard, permettent de visualiser les relations (agent, patient…) et le temps (signes tournés vers l’arrière, le passé ou l’avant, le futur). Le visage et le mouvement des épaules servent aussi à l’expression de la modalité et à distinguer les différents plans d’énonciation. La grammaire de la langue des signes n’est pas identique à celle du français : par exemple, les compléments circonstanciels sont généralement signés en premier, et l’objet précède souvent le verbe.
La dactylologie – l’alphabet en langue des signes – sert surtout à épeler les noms propres.

La langue des signes n’est pas une langue universelle : le vocabulaire diffère d’un pays à l’autre. Cependant, la grammaire étant sensiblement la même, les sourds du monde entier peuvent se rencontrer et échanger rapidement.

  • Le bilinguisme

Le bilinguisme consiste à donner deux langues à l’enfant sourd : la langue des signes et la langue française. Le but est de lui permettre de disposer à la fois de la langue des signes, avec laquelle il s’exprime plus facilement, et de la langue française, qui lui permet de trouver sa place dans la société.

De nombreux spécialistes, comme Françoise Dolto, recommandent d’utiliser le plus rapidement possible la langue des signes avec les jeunes enfants sourds : seule cette langue, adaptée à la perception visuelle de l’enfant sourd, lui permet de communiquer sans efforts et sans difficulté, et surtout sans retard. Au même âge qu’un enfant entendant, il forme ses premiers signes, puis ses premières phrases ; il rentre dans le dialogue, dans l’expression aisée de ses désirs et sentiments… Il peut ainsi avoir un développement affectif, psychologique, intellectuel et linguistique parfaitement normal. De plus, toutes les études sur le bilinguisme montrent que les enfants disposant de deux langues ont un développement intellectuel et cognitif généralement supérieur. De même, le Comité national d’éthique et le Conseil de l’Europe conseillent d’utiliser la langue des signes, même avec les enfants ayant reçu un implant cochléaire : une prothèse ne supprime pas les besoins de l’enfant sourd.

Ainsi, donner la langue des signes à un enfant sourd, en plus du français, est d’abord adapter sa communication à l’enfant. Il est et sera toujours sourd, quelle que soient les techniques utilisées ; il est et sera toujours différent. Pour cela, le rôle des parents est capital : leur regard donnera à l’enfant toutes ses chances de réussite. Elle permettra également aux parents, prenant en compte la surdité de l’enfant, de tenir leur place de parents, de pouvoir lui transmettre tout ce dont ils sont porteurs, sans que l’enfant se sente exclu ou marginalisé.

Différents chemins existent pour établir une communication bilingue avec l’enfant sourd. Bien sûr, les parents peuvent fréquenter des associations de personnes sourdes, et si possible suivre des cours de langue des signes. Certains préfèrent inviter des adultes sourds à leur domicile, et apprendre ainsi comment adapter sa communication au bébé sourd. Dans certaines villes, des accueils parents-jeunes enfants sourds sont organisés avec la présence d’animateurs sourds.

En savoir plus :